par Alexandra Ulmer et Richard Cowan
Les contributeurs à la construction de la salle de bal du président américain Donald Trump et les partenaires impliqués dans des opérations conclues par des membres de sa famille devraient figurer parmi les premières cibles d'enquêtes si les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre des représentants ou du Sénat lors des élections de mi-mandat de novembre, selon plusieurs sources parlementaires et juridiques.
Le contrôle de l'une ou l'autre chambre donnerait aux démocrates le pouvoir de multiplier les assignations à comparaître et leur offrirait des moyens financiers pour renforcer leurs équipes d'enquêteurs, leur permettant de lancer des investigations dès février.
Cela pourrait aboutir au déclenchement d'intenses batailles judiciaires qui placeraient l'empire économique de la famille Trump sous les projecteurs.
Ces enquêtes pourraient d'ailleurs dominer la seconde moitié du mandat de Donald Trump après deux années durant lesquelles l'empire financier de la famille Trump s'est développé dans les cryptomonnaies, les drones, l'intelligence artificielle et les marchés prédictifs, tandis que la fortune personnelle du président a augmenté d'un montant estimé à 2,2 milliards de dollars.
"Je ne pense pas que les démocrates feront preuve de patience. Ils vont exiger des documents très rapidement. Vous ne pourrez pas recourir à l'ancienne stratégie consistant à gagner du temps jusqu'à la fin du mandat", observe Ashley Callen, avocate au cabinet Jenner & Block et ancienne conseillère juridique du président républicain de la Chambre des représentants Mike Johnson.
L'administration Trump a dénoncé cette perspective. "Les démocrates n'ont aucun programme pour améliorer la vie des Américains, seulement des projets destinés à entraver et à cibler sans fondement le programme de bon sens du président Trump", a écrit dans un courriel adressé à Reuters Olivia Wales, porte-parole de la Maison blanche.
Les entreprises constituent une cible de choix pour les enquêtes car, contrairement à la Maison blanche, elles ne peuvent pas faire valoir que leurs activités sont protégées par le privilège de l'exécutif.
Les entreprises liées à Donald Trump dans le secteur des cryptomonnaies ainsi que 1789 Capital, la société de capital-risque de Donald Trump Jr., suscitent un intérêt particulier, selon le représentant démocrate du Maryland Jamie Raskin et le sénateur démocrate du Connecticut Richard Blumenthal, bien que tous deux aient précisé qu'aucune liste définitive de cibles n'existe encore.
Les entreprises ayant des liens avec Donald Trump, ainsi que son entourage, ne s'y trompent pas et ont multiplié les contacts avec des juristes et spécialistes de la communication de crise, selon des entretiens avec des juristes d'entreprise, spécialistes de la gestion de crise, collaborateurs du Congrès et parlementaires.
Parmi les entreprises visées et personnalités visées figureront sans doute celles qui ont contribué au financement de la construction controversée de la salle de balle attenante à la Maison blanche, présentée par les démocrates comme un caprice du président Trump.
Selon le Washington Post, Apple et Nvidia, par exemple, ont chacune offert 25 millions de dollars à ce projet.
FOCUS SUR LA FAMILLE TRUMP
Adam Schiff, sénateur démocrate de Californie, a défendu les entreprises de supprimer tout document lié à des transactions avec Donald Trump et son administration.
Parmi les opérations sur lesquelles Adam Schiff concentre son attention figure le projet de vente d'une partie du parc national de Yosemite à un promoteur immobilier lié à des comités de campagne républicains. "Dans cette administration, tout est à vendre, y compris nos joyaux les plus précieux comme Yosemite", a-t-il déclaré.
Mais la cible principale des démocrates semble être la famille Trump, en particulier Donald Trump Jr., qui a multiplié les opérations commerciales depuis la victoire électorale de son père en novembre 2024.
"Le premier cercle s'est enrichi à une vitesse fulgurante", souligne Adam Schiff.
Jared Kushner, gendre de Donald Trump, "est un dirigeant d'entreprise à qui nous devons absolument parler", prévient Jamie Raskin, qui pourrait prendre la présidence de la puissante commission judiciaire si les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre des représentants.
Selon lui, Jared Kushner n'a pas répondu à deux courriers portant sur les activités de sa société de capital-investissement Affinity Partners avec des "monarchies pétrolières et gouvernements" du Moyen-Orient alors qu'il représente également les États-Unis dans des négociations diplomatiques.
Jamie Raskin a cité des accords conclus par Jared Kushner avec l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis alors qu'il occupait les fonctions d'émissaire présidentiel. "Il s'agit d'un conflit d'intérêts scandaleux", a-t-il déclaré.
Jared Kushner est envoyé spécial américain pour la paix mais n'est pas un employé du gouvernement. Les agents fédéraux sont soumis à des règles leur interdisant de participer à des activités susceptibles de leur procurer un avantage financier.
Chad Mizelle, avocat de Jared Kushner, a déclaré dans un communiqué que les accusations portées contre son client étaient fausses. "Et jusqu'à présent, personne, pas même les critiques de Jared, n'a identifié une seule règle ou réglementation applicable qu'il aurait enfreinte", a-t-il déclaré.
Jamie Raskin a également pointé du doigt un prêt de 620 millions de dollars accordé par le Pentagone à la jeune entreprise spécialisée dans les terres rares Vulcan Elements, annoncé environ trois mois après un investissement du fonds de capital-risque 1789 Capital de Donald Trump Jr.
"Il semble doté d'une capacité quasi clairvoyante à savoir exactement quelles entreprises vont obtenir des contrats publics et bénéficier d'un traitement réglementaire favorable de l'administration Trump", grince Jamie Raskin.
Dans un communiqué transmis à Reuters, un porte-parole de Vulcan a déclaré que l'entreprise "n'a pas demandé ni sollicité ses investisseurs pour faciliter le prêt du Pentagone" et qu'elle continuerait à coopérer avec le Congrès "de bonne foi". 1789 Capital a mandaté le grand cabinet d'avocats Quinn Emanuel pour gérer les enquêtes du Congrès et fait déjà savoir qu'il entend résister aux demandes d'information des démocrates.
Dans une déclaration à Reuters, un porte-parole de 1789 Capital a affirmé que "le représentant Raskin n'a apporté aucune preuve d'actes répréhensibles, seulement des accusations à motivation politique", ajoutant que son courrier témoignait d'"un manque préoccupant de culture financière".
RISQUES POUR LES DIRIGEANTS D'ENTREPRISES
Les entreprises devront décider si elles coopèrent rapidement aux enquêtes, au risque de s'attirer les foudres de Donald Trump, ont expliqué des avocats. Un refus de coopérer avec le Congrès pourrait exposer leurs dirigeants à des risques juridiques et à un retour de bâton de la part des consommateurs.
"Il existe toujours un risque en termes de réputation lors de toute enquête du Congrès", note Kevin Edgar, associé du cabinet BakerHostetler et ancien collaborateur parlementaire.
Un avocat, qui s'est exprimé sous le sceau de l'anonymat afin de protéger ses clients, a déclaré qu'une issue idéale pourrait en réalité être d'être poursuivi par la Maison blanche pour empêcher la transmission d'informations au motif du privilège de l'exécutif.
Dans une lettre du 1er juillet jusqu'ici non rendue publique et consultée par Reuters, l'entreprise de construction Clark Construction a répondu à une demande de Richard Blumenthal concernant les "coûts en forte hausse" du projet de salle de bal en affirmant que les termes du contrat imposaient que toutes les informations proviennent de la Maison blanche.
Richard Blumenthal, susceptible de prendre la présidence d'une commission d'enquête, a déclaré à Reuters : "Nous utiliserons notre pouvoir d'assignation à comparaître", si les démocrates remportent le contrôle du Sénat en novembre.
(Reportage Alexandra Ulmer et Richard Cowan; avec Patricia Zengerle et Erin Banco; version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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