(Actualisé avec précisions et déclarations de Kevin Warsh)
par Ann Saphir et Michael S. Derby
La Réserve fédérale américaine (Fed) a de nouveau laissé mercredi l'objectif de taux des "fed funds" à son niveau actuel, dans une fourchette de 3,50% à 3,75%, malgré la reprise des hostilités entre les Etats-Unis et l'Iran, qui fait remonter les cours du pétrole et alimente la crainte d'une inflation persistante.
La décision sur les taux été prise par neuf voix contre trois, montre le communiqué de la banque centrale américaine publié à l'issue d'une réunion de deux jours.
Les trois voix dissidentes, celles des présidents des banques régionales de la Fed de Cleveland, Dallas et Minneapolis, se sont prononcées en faveur d'une hausse des taux d'un quart de point de pourcentage.
Le statu quo décidé par la Fed pourrait raviver les interrogations quant à la manière dont son nouveau président, Kevin Warsh, tiendra son engagement de ramener l'inflation à l'objectif de 2%.
S'exprimant lors de la conférence de presse ayant suivi la décision de la Fed, Kevin Warsh a affirmé qu'il n'y avait pas d'"objectif souple" concernant l'inflation et que la banque centrale était déterminée à respecter son engagement de longue date en la matière.
"Pour certains ménages, entreprises et professionnels des marchés, cinq années d’inflation élevée ont laissé une impression erronée – difficile à dissiper – selon laquelle l'objectif implicite de la Fed en matière d’inflation serait en quelque sorte supérieur à 2%", a-t-il déclaré.
"Permettez-moi de le répéter: il n'y a pas d'objectif souple en matière d’inflation. Il n'y a pas d'objectif implicite souple, pas sous la responsabilité de ce comité. Il n'y a qu’un seul objectif, et il est de 2%", a-t-il insisté.
"DÉBAT HOULEUX"
S'agissant des voix dissidentes au sein du FOMC, le comité de politique monétaire de la Fed, Kevin Warsh a jugé que c'était le signe d'un bon processus d'élaboration des politiques.
"J'avais demandé un débat vivant, et je l'ai eu. C'est le but recherché. C'est le principe même de cette procédure", a-t-il dit.
"La décision que nous avons prise a bénéficié d'un large soutien majoritaire", a-t-il ajouté, malgré les craintes sur l'inflation.
L'indice PCE des prix de la consommation aux Etats-Unis, mesure de l'inflation privilégiée par la Fed, a accéléré sa progression le mois dernier, à 4,1% en rythme annuel après +3,8% en mai.
"L'inflation reste élevée par rapport à l'objectif de 2% fixé par le Comité", a reconnu la Fed dans un bref communiqué, qui reprend mot pour mot l'ensemble de l'évaluation de la situation économique figurant dans le communiqué publié à l'issue de sa précédente réunion le 17 juin.
Pour atteindre un taux d'inflation de 2%, Kevin Warsh a dit analyser un ensemble de données sur la dynamique des prix plus large que le seul indice PCE.
La Fed a également noté dans son communiqué que l'activité économique "progressait à un rythme soutenu", soulignant, comme elle l'avait fait en juin, que les créations d'emplois "avaient suivi le rythme de la croissance de la population active, et que le taux de chômage avait peu évolué".
Les marchés actions à Wall Street ont réduit leurs pertes après la publication du communiqué de la Fed, tandis que les gains des rendements des bons du Trésor américain ont légèrement diminué. Le dollar s'est déprécié face à un panier de devises.
En maintenant le taux directeur dans la fourchette actuelle, où il se situe depuis décembre, les responsables de la Fed souscrivent à l'idée que le niveau actuel des coûts d'emprunt crée suffisamment de frictions dans l'économie pour étouffer une éventuelle accélération de l'inflation.
TAUX INCHANGÉS DEPUIS DÉCEMBRE
La Fed avait choisi en juin de maintenir ses taux, poursuivant la politique de statu quo retenue sous la présidence de Jerome Powell lors des réunions de mars et d'avril.
Le prédécesseur de Kevin Warsh, dont le mandat s'est achevé en mai, avait été vivement critiqué par le président américain Donald Trump pour ne pas avoir baissé suffisamment et rapidement les taux de la banque centrale.
La Fed a modifié ses taux pour la dernière fois en décembre 2025, les abaissant de 25 points de base après des réductions identiques en octobre et septembre.
Une enquête Reuters, publiée le 21 juillet, montrait que les 104 économistes interrogés prévoyaient tous que la banque centrale américaine maintiendrait ses taux dans leur fourchette actuelle ce mercredi.
Les trois quarts d'entre eux notaient également qu'aucun changement sur les taux n'interviendrait d'ici la fin de l'année.
Le récent renchérissement des cours du pétrole, avec un baril de Brent au-dessus des 90 dollars, avait cependant renforcé ces derniers jours sur les marchés la probabilité d'un durcissement monétaire. Selon les données LSEG, les traders évaluaient ce mercredi, avant la décision de la Fed, à 39,90% la probabilité d'un relèvement de 25 points de base des coûts d'emprunt.
Alors que le rendement des bons du Trésor à dix ans
US10YT=RR s'affiche à 4,64%, en hausse de 4,4 points de base, le président de la Fed a dit prendre acte que les marchés financiers ont intégré un resserrement de la politique monétaire en l'absence d'indications de la banque centrale. Il a cependant ajouté ne pas être obligé de suivre ce que font les traders et les investisseurs.
(Reportage Ann Saphir et Michael S. Derby, rédigé par Claude Chendjou, édité par Benoit Van Overstraeten)

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