par Trevor Hunnicutt
Le président américain Donald Trump va se servir mardi de son discours sur l'état de l'Union pour vendre le succès des chambardements entrepris depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, alors qu'il entend convaincre les électeurs d'octroyer à nouveau la majorité au Congrès à ses pairs républicains lors des élections de mi-mandat ("midterms") en novembre prochain.
Tour d'horizon de politiques et mesures majeures décidées par Donald Trump au cours des treize premiers mois de son second mandat à la Maison blanche.
ÉCONOMIE
Si la plupart des Américains disent désapprouver la gestion par Donald Trump de l'économie, selon les enquêtes d'opinion, le président républicain va défendre mardi son bilan économique, quand bien même la Cour suprême des Etats-Unis vient d'invalider l'une des pierres angulaires de sa politique - les droits de douane dits "réciproques" contre des dizaines de partenaires commerciaux de Washington qu'il avait instaurés l'an dernier via une loi de sécurité nationale.
Ces droits de douane sont au coeur du second mandat de Donald Trump, qui s'en sert comme d'un outil pour punir des pays opposés à ses politiques ou répondre à ce qu'il présente comme des déséquilibres dans les échanges commerciaux avec des pays comme la Chine.
Désormais, ses conseillers s'affairent pour trouver de nouvelles bases juridiques permettant de préserver ses vastes droits de douane. Sans attendre, furieux de la décision de la Cour suprême, le locataire de la Maison blanche a annoncé la mise en oeuvre de taxes douanières temporaires de 15% sur les importations en provenance de tous les pays.
Il devrait devant le Congrès, et en 'prime time' devant les caméras de télévision, mettre en avant l'adoption l'été dernier de sa réforme budgétaire dénommée "Grande et Belle loi", dans le cadre de laquelle des baisses d'impôts ont été opérées, de même que des coupes dans les dépenses sociales.
Des stratèges républicains attendent de voir si Donald Trump va délaisser la rhétorique agressive adoptée lors de ses récents discours sur l'économie, durant lesquels il a blâmé son prédécesseur démocrate Joe Biden pour l'inflation plutôt que de rassurer des Américains aux prises avec le coût élevé de la vie.
La frustration des électeurs à propos de l'inflation avait contribué à la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle de novembre 2024 face à la vice-présidente démocrate sortante Kamala Harris. Mais les Américains demeurent mécontents des prix élevés et sont de plus en plus nombreux à juger défavorablement la politique de Trump en la matière.
Cela n'a pas empêché le président républicain de revendiquer ces derniers mois une victoire dans la lutte contre l'inflation, alors même que des données gouvernementales mettent en exergue des pressions toujours élevées sur les prix.
L'économie a continué de croître depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, mais le marché de l'emploi a ralenti et le taux de chômage a augmenté.
Le chef de la Maison blanche n'a cessé de reprocher à la Réserve fédérale (Fed) sa politique monétaire restrictive, menant une campagne de pressions d'attaques sans précédent contre la banque centrale et son patron Jerome Powell.
GUERRE ET PAIX
Le discours de Donald Trump devant le Congrès intervient au moment où les Etats-Unis semblent se rapprocher d'un conflit armé avec l'Iran à propos de son programme nucléaire. Prévenant que "des choses vraiment horribles se produiront" si Téhéran ne conclut pas un accord avec Washington, le président américain a renforcé la présence militaire américaine au Proche-Orient.
Conscient que la population américaine est globalement réticente à l'égard de guerres de longue durée au Proche-Orient, il a privilégié jusqu'à présent des interventions éphémères, dont une attaque contre les sites nucléaires de l'Iran en juin dernier et une opération éclair au Venezuela en janvier pour y capturer le président Nicolas Maduro. L'armée américaine a par ailleurs régulièrement mené des frappes dans les Caraïbes contre des bateaux - et leurs passagers - présumés liés au narcotrafic.
Donald Trump a également exprimé fermement sa volonté de contrôler le Groenland, n'excluant pas un recours à la force, ce qui a soulevé de profondes inquiétudes à propos de l'avenir de l'Otan, alors que le territoire de l'Arctique appartient au Danemark, partenaire des Etats-Unis au sein de l'alliance.
Se présentant comme un pacificateur sans pareil, faisant ouvertement campagne pour le prix Nobel de la paix, l'ancien magnat de l'immobilier se vante d'avoir mis fin à huit conflits mondiaux depuis son retour au pouvoir l'an dernier - des accomplissements considérés comme exagérés et, dans certains cas, contredits par la réalité du terrain.
Il a lancé le mois dernier son propre "Conseil de la paix", conçu pour préparer la reconstruction dans la bande de Gaza - qu'il a dit par le passé vouloir transformer en "Côte d'Azur" régionale - dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas chapeauté par la Maison blanche.
En dépit de sa promesse jadis de mettre fin à la guerre en Ukraine en "vingt-quatre heures seulement", Donald Trump ne parvient pas à réunir Ukraine et Russie autour d'un accord, exerçant des pressions sur Kyiv ou menaçant parfois Moscou - sans que ces menaces ne soient généralement suivies d'actes.
IMMIGRATION
Il est possible que Donald Trump utilise son discours au Capitole pour tenter de redorer sa politique de lutte contre l'immigration auprès de l'opinion publique américaine, de plus en plus réfractaire à la violence des opérations menées par l'administration fédérale - symbolisée par les agents masqués et lourdement armés de la police de l'immigration (ICE).
Au coeur de la campagne présidentielle et de la politique de Donald Trump, la question de l'immigration est devenue un point sensible pour les républicains en amont des élections au Congrès en novembre prochain, après deux fusillades controversées impliquant des agents de l'ICE lors desquelles deux citoyens américains ont été tués en janvier à Minneapolis. Plus tôt ce mois-ci, l'administration Trump a annoncé la fin du déploiement massif d'agents de l'ICE dans le Minnesota.
Désireux de mettre en oeuvre un programme de déportations sans précédent, Donald Trump a signé dès son investiture des décrets en la matière, ordonnant aux agences fédérales de mener des raids anti-immigration dans le pays. Certaines des personnes déportées ont été envoyées dans des pays tiers connus pour des violations des droits humains, et non dans leurs pays d'origine.
Les mesures frontalières décidées par le président républicain ont globalement permis d'endiguer les flux de migrants traversant la frontière sud du pays depuis le Mexique.
CLIMAT
Après avoir annoncé l'an dernier le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le climat, Donald Trump a demandé à son administration de prendre des mesures pour revenir sur des normes environnementales instaurées par Joe Biden et a invalidé le rapport scientifique sur le danger des gaz à effet de serre servant de base à la politique climatique américaine.
Sous sa houlette, ont également été entrepris des efforts agressifs contre des projets d'énergie solaire et éolienne, dont certains étaient quasiment finalisés, en ordonnant l'arrêt immédiat des travaux ou en ralentissant l'attribution de permis.
(Trevor Hunnicutt, avec la contribution de Valerie Volcovici; version française Jean Terzian)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer