Aller au contenu principal
Fermer

Tyr, cité millénaire du Liban, transformée en ville fantôme par l'offensive d'Israël
information fournie par Reuters 24/10/2024 à 23:55
Ajoutez Boursorama à vos sources préférées

Tyr, cité millénaire du Liban, transformée en ville fantôme par l'offensive d'Israël

Tyr, cité millénaire du Liban, transformée en ville fantôme par l'offensive d'Israël

par Amina Ismail

Des explosions tonitruantes, d'épais nuages de fumée dans le ciel, des ruines antiques désertées par les touristes, un littoral abandonné par les pêcheurs et les chalands: Tyr, cité millénaire du sud-ouest du Liban, est devenue une ville fantôme avec les bombardements menés par Israël.

Pendant longtemps, alors que les affrontements frontaliers entre le Hezbollah et l'armée israélienne s'intensifiaient en marge de la guerre dans la bande de Gaza, cette ville à la richesse archéologique classée au patrimoine mondial de l'Unesco était considérée comme sûre.

Mais les frappes aériennes israéliennes effectuées cette semaine font craindre aux Libanais qu'aucun endroit n'est désormais à l'abri dans le pays.

L'armée israélienne pilonne depuis fin septembre la capitale Beyrouth et ses environs et a intensifié ses bombardements à travers le Liban.

Par ailleurs, Tsahal a débuté le 1er octobre des incursions terrestres présentées comme "ciblées" dans le sud du Liban, près de la frontière avec Israël, pour en chasser le Hezbollah aligné sur l'Iran et permettre le retour chez eux des Israéliens déplacés par les tirs frontaliers depuis le 8 octobre 2023.

"PAS COMME ÇA EN 2006"

A Tyr, mercredi, au milieu des débris, des vitres brisées, près de l'un des trois blocs résidentiels transformés en décombres par les bombardements, une famille s'active pour charger des affaires dans une voiture. Huit matelas sont entassés sur le toit, attachés avec une corde.

Les façades des bâtiments ont volé en éclats. On peut apercevoir, depuis l'extérieur, des canalisations, des équipements de cuisine, tandis que des affaires personnelles jonchent le sol - vêtements, chaussures, photos, jouets d'enfants...

Il s'agit de scènes devenues habituelles, principalement depuis un mois, à travers le Liban.

Selon les autorités libanaises, la campagne militaire d'Israël a tué plus de 2.500 personnes, blessé des milliers d'autres, et contraint plus de 1,2 millions d'habitants à fuir.

A Tyr, les plages pittoresques sont désertées alors même que, le mois dernier encore, des protecteurs de l'environnement aidaient des tortues marines en danger d'extinction à pondre des oeufs le long du littoral. Depuis lors, Tsahal a prévenu que toute activité maritime pourrait être ciblée.

Khalil Ali, pêcheur de 59 ans, assis au bord d'un ponton, lance une ligne de pêche à la mer, sans grand espoir. "Nous sommes très inquiets", dit-il. "La situation pourrait devenir comme à Gaza et Israël pourrait ordonner de nouvelles évacuations qui vont me forcer à fuir ma ville natale. Ce n'était pas comme ça en 2006 (...), ils n'avaient pas détruit autant", ajoute-t-il à propos de la précédente guerre entre Israël et le Hezbollah.

"POURQUOI SERAIT-CE DIFFÉRENT" QU'À GAZA ?

Seul un quart des habitants de la ville sont restés, fait savoir à Reuters le maire de la ville, Hassan Dabouq, ajoutant que nombre d'entre eux craignent que Tyr subisse le même sort que la bande de Gaza, ravagée par l'offensive israélienne.

"Ce sont les mêmes gens, la même guerre, la même mentalité, et les mêmes représentants (israéliens), avec le même soutien de la part des Américains et des Européens. Les éléments sont les mêmes, alors pourquoi est-ce que ce serait différent pour le Liban ?", interroge-t-il.

Des dizaines de bateaux sont amarrés dans le port, zone devenue étrangement silencieuse, alors qu'elle est habituellement en effervescence entre les pêcheurs de retour du large et les marchands.

Une poignée de pêcheurs sont présents, mais seulement pour veiller sur leurs embarcations.

Commerces et restaurants sont fermés. Habituellement emplis de poissons, les étales sont vides et les réfrigérateurs éteints.

Les habitants restés à Tyr sont ceux qui n'ont nulle part d'autre où aller, ou qui ressentent le devoir de ne pas quitter la ville. Une résidente dit préférer rester que mourir en réfugiée.

Waël Mroueh, néphrologue âgé de 49 ans, a choisi de rester. Il dirige l'hôpital Jabal Amel, l'un des trois qui opèrent encore dans le sud du Liban.

Il a connu plusieurs guerres et le conflit actuel lui rappelle son enfance, marquée par les bombardements, les explosions, la destruction, confie-t-il dans l'hôpital.

MORAL

S'il est resté à Tyr, il a pris la décision d'envoyer sa famille dans un endroit plus sûr, plus au nord, avec le souhait que ses trois enfants n'assistent pas aux même horreurs que lui, à leur âge.

"J'ai peur de ne jamais les revoir à cause de cette guerre brutale livrée contre nous", dit-il à Reuters, avant de fondre en larmes, visage entre les mains.

Dans l'hôpital, des matelas et des affaires personnelles sont étalés dans les couloirs. Pour convaincre certains membres du personnel médical de rester, Waël Mroueh les a autorisés à vivre dans le bâtiment avec leurs familles.

A l'image de l'ensemble de la population, seul un quart des médecins sont restés. A peine un tiers des infirmiers sont encore là.

Waël Mroueh dit être troublé de constater des schémas similaires entre les actions d'Israël à Gaza et au Liban, particulièrement le fait que les travailleurs humanitaires, les médecins et les hôpitaux soient des cibles.

Le gouvernement libanais a indiqué que 13 de ses hôpitaux avaient été mis hors-service par les frappes israéliennes, de même que plus d'une centaine de centres de santé. D'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 100 médecins et secouristes ont été tués au cours de l'année écoulée au Liban.

Aux yeux de Waël Mroueh, ces attaques israéliennes ont pour but de frapper le moral des "aidants". Mais il assure que son sens des responsabilités n'a pas changé.

"Si tout le monde part, il ne restera personne. Cela fait partie de notre résistance", dit-il.

(Reportage d'Amina Ismail; version française Jean Terzian, édité par Tangi Salaün)

1 commentaire

  • 25 octobre 00:10

    tout saccagé, plus personne, ils peuvent s'installer comme prévu dès le début des hostilités....


Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • Des proches de migrants ayant traversé illégalement la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta attendent de leurs nouvelles, dans la ville marocaine de Fnideq le 2 août 2026 ( AFP / Abdel Majid BZIOUAT )
    information fournie par AFP 02.08.2026 19:43 

    Un frère ou un fils, agrippés à un haut grillage barrant l'accès à la mer et à la frontière dans la ville marocaine de Fnideq, voisine de Ceuta: une trentaine de personnes attendent dimanche des nouvelles de leurs proches, passés illégalement dans l'enclave espagnole. ... Lire la suite

  • Un trophée satirique ciblant Trump atterrit mystérieusement à New York
    information fournie par AFP Video 02.08.2026 18:21 

    Des New-Yorkais s'arrêtent devant un mystérieux trophée doré de 3 mètres de haut, décerné au président américain Donald Trump pour son "engagement enthousiaste dans la guerre en Iran". L'objet satirique a été conçu par le collectif artistique anonyme Secret Handshake. ... Lire la suite

  • La désillusion de Marocains renvoyés de Ceuta
    information fournie par AFP Video 02.08.2026 18:15 

    Parmi les milliers de candidats à l'émigration, en majorité marocains, renvoyés de Ceuta après avoir franchi illégalement la frontière entre la ville marocaine de Fnideq et l'enclave espagnole, beaucoup reviennent dépités et déconseillent une telle aventure.

  • Grèce: les pompiers face aux flammes à Porto Germeno
    information fournie par AFP Video 02.08.2026 18:14 

    Les pompiers grecs luttent pour la deuxième journée consécutive contre les flammes qui ravagent les collines à proximité de Porto Germeno, une station balnéaire très fréquentée située à quelque 70 kilomètres d'Athènes.

Pages les plus populaires