par Matt Spetalnick et Humeyra Pamuk
Grâce à un accord-cadre conclu avec Téhéran, Donald Trump a semble-t-il trouvé le moyen d'amorcer un désengagement des Etats-Unis de la guerre au Moyen-Orient tout en mettant les marchés mondiaux sur la voie d'une baisse des prix de l'énergie.
Mais les termes du pacte paraissent très éloignés des objectifs annoncés au début du conflit par le président américain, ce qui pourrait exposer celui-ci aux critiques des faucons de son propre camp et laisser les États-Unis dans une situation stratégique moins favorable qu'avant le déclenchement des frappes, le 28 février.
L'accord-cadre négocié avec l'aide du Pakistan, qui doit être signé vendredi, prévoit notamment une réouverture du détroit d'Ormuz susceptible de faire baisser les prix des carburants aux États-Unis, qui ont bondi avec la fermeture de fait de cette voie maritime par laquelle transite normalement 20% du pétrole mondial.
Bien que les termes précis du texte n'aient pas été dévoilés, il semble toutefois exiger des concessions importantes de la part des États-Unis, en premier lieu un report des discussions sur la fin du programme nucléaire iranien, principal objectif de guerre déclaré de Donald Trump.
La recherche d'une issue s'est intensifiée sur fond de pressions croissantes pour mettre fin à une guerre qui a fait des milliers de morts, entraîné des difficultés économiques aux Etats-Unis et fait chuter la cote de popularité du président avant les élections de mi-mandat du mois de novembre, à un moment où le parti républicain aura fort à faire pour conserver le contrôle du Congrès.
L'IRAN A CONFIRMÉ SON POUVOIR DE NUISANCE
Avant d'annoncer un accord avec Téhéran, Donald Trump s'est cependant heurté aux partisans de la guerre à Washington, qui l'ont mis en garde contre le risque de concessions excessives.
Washington et Téhéran ont présenté des interprétations parfois contradictoires de l'accord-cadre, qui vise à prolonger de 60 jours le cessez-le-feu actuel afin de permettre des négociations approfondies et mettre définitivement un terme à la guerre, qui a provoqué un choc sans précédent sur les marchés de l'énergie.
Donald Trump, qui va participer au G7 débutant ce lundi à Evian-les-Bains (Haute-Savoie), est également confronté au risque d'un affaiblissement des États-Unis alors même que l'Iran, bien que durement touché sur les plans militaire et économique, semble en passe de sortir du conflit avec une influence accrue, selon les analystes.
Le régime de Téhéran a en effet démontré qu'il pouvait résister à un assaut majeur tout en perturbant fortement les approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz.
Donald Trump, qui a fait campagne pour un second mandat en promettant d'éviter d'intervenir à l'étranger et de se concentrer sur les préoccupations économiques des Américains, a assuré que l'accord conclu avec l'Iran constituait une victoire retentissante des États-Unis. Mais Téhéran a également revendiqué son propre succès.
TRUMP VOULAIT UNE "CAPITULATION SANS CONDITION"
La plupart des analystes s'accordent à dire que Donald Trump - qui avait notamment exigé une "capitulation sans condition" de l'Iran - a été contrarié dans l'atteinte de bon nombre de ses objectifs de guerre, souvent changeants.
La République islamique, que le locataire de la Maison blanche avait exhorté les Iraniens à renverser au début du conflit, reste ainsi largement intacte tandis que les dirigeants ayant succédé à ceux qui ont été tués dans des frappes américano-israéliennes semblent plus intransigeants encore.
Les autres objectifs de Donald Trump, à savoir que l'Iran démantèle son programme de missiles balistiques et cesse de soutenir ses alliés régionaux, n'ont pas davantage été atteints.
Le sort du stock d'uranium hautement enrichi de l'Iran demeure en outre incertain. Samedi, Donald Trump a affirmé sur les réseaux sociaux que les États-Unis interviendraient pour le récupérer, le "diluer et le détruire", sans toutefois fournir de calendrier. Un responsable iranien a simplement indiqué que Téhéran avait accepté de "diluer" son stock de son propre chef, ajoutant qu'aucun mécanisme n'avait été défini pour le moment.
Malgré tout, un responsable américain a assuré que l'accord préliminaire conclu avec l'Iran répondait aux objectifs fondamentaux du président.
Interrogé sur ces sujets, la Maison blanche n'a pas répondu aux questions de Reuters.
L'ENJEU DES FONDS GELÉS ET DES SANCTIONS
"Cet accord est probablement le meilleur résultat possible pour éviter un nouveau conflit, mais il n'est pas meilleur que ce qui aurait pu être obtenu si les États-Unis avaient privilégié la diplomatie plutôt que la guerre dès le départ", a déclaré Victoria Taylor, ancienne sous-secrétaire d'État adjointe, aujourd'hui membre du groupe de réflexion Atlantic Council.
On ignore également si l'accord final constituera une amélioration par rapport à celui que l'ancien président Barack Obama avait conclu avec Téhéran en 2015 pour limiter le programme nucléaire iranien, accord dont Donald Trump a retiré les Etats-Unis en 2018, au cours de son premier mandat.
Les responsables américains insistent sur le fait que tout déblocage des milliards de dollars de fonds iraniens gelés, ainsi que tout assouplissement des sanctions, seront progressifs et dépendront du respect des termes de l'entente par Téhéran.
L'Iran a de son côté laissé entendre qu'il s'attendait à recevoir une partie de l'argent et à bénéficier d'un allègement des sanctions dès le départ.
TÉHÉRAN VEUT JOUER UN RÔLE DANS LA GESTION D'ORMUZ
En ouvrant la voie à de telles mesures, Donald Trump s'exposerait au genre d'accusations qu'il a lui-même portées contre Barack Obama, à savoir de fournir au régime théocratique iranien les moyens de financer ses ambitions nucléaires et d'autres projets représentant des menaces sécuritaires.
Donald Trump et ses conseillers présentent comme un franc succès ce qu'ils qualifient d'engagement de l'Iran à ne jamais se doter de l'arme nucléaire.
Mais Téhéran assure depuis des années qu'il respectera toujours un décret de l'ancien Guide suprême Ali Khamenei, tué lors d'une frappe aérienne au début de la guerre, interdisant le développement d'une bombe.
Bien que l'accord-cadre prévoie que l'Iran lève rapidement les restrictions sur la navigation dans le détroit d'Ormuz et que les États-Unis cessent leur blocus naval des ports iraniens, la République islamique a en outre insisté pour conserver un rôle dans le gestion de la voie navigable, alors qu'elle en était dépourvue avant la guerre.
"L'Iran a démontré que, même dans un état de grande faiblesse, il peut fermer le détroit d'Ormuz à sa guise. Cela ne va pas disparaître", estime Jon Alterman, du groupe de réflexion Center for Strategic and International Studies, basé à Washington.
NETANYAHU, UN AUTRE DÉFI POUR TRUMP
La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, où les affrontements entre Israël et les combattants du Hezbollah, soutenus par Téhéran, ont repris depuis début mars.
Le conflit a également fait 13 morts parmi les militaires américains, tandis que son coût pour l'armée des Etats-Unis de chiffre en dizaines de milliards de dollars et que les stocks de munitions du pays ont baissé.
Des tensions de plus en plus vives sont également apparues entre les États-Unis et leurs alliés européens, qui n'ont pas été consultés avant que Donald Trump ne déclenche la guerre.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, après avoir forgé une alliance étroite avec le président américain en temps de guerre mais prévenu que son pays ne serait pas partie au protocole d'accord, constitue un autre défi pour Donald Trump.
Les deux dirigeants se sont ainsi opposés dimanche au sujet de la campagne militaire israélienne en cours au Liban.
Les alliés de Washington dans le Golfe ciblés par les attaques de missiles et de drones iraniens, qui ont plaidé en faveur d'un règlement pacifique, doivent pour leur part faire face désormais à un voisin certes affaibli, mais toujours capable de les menacer.
(Reportage Matt Spetalnick et Humeyra Pamuk, rédigé par Matt Spetalnick, version française Benjamin Mallet, édité par Benoit Van Overstraeten)

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