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Tchad: à la frontière avec le Soudan, les humanitaires et les "retournés" suspendus au manque de moyens
information fournie par AFP 14/06/2026 à 10:45

Des Tchadiens de retour au pays au poste-frontière d'Adré, le 9 juin 2026 ( AFP / Joris Bolomey )

Des Tchadiens de retour au pays au poste-frontière d'Adré, le 9 juin 2026 ( AFP / Joris Bolomey )

Les "retournés" tchadiens fuyant le conflit au Soudan continuent d'affluer au poste-frontière d'Adré au Tchad, mais sur place, le soutien crucial d'agences onusiennes comme l'OIM pourrait s'arrêter faute de financement.

Au Soudan voisin, la guerre civile qui oppose depuis avril 2023 l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 12 millions de personnes, dont près d'un million au Tchad, selon l'ONU.

Sous le vent brûlant de l'Est désertique du Tchad, le ballet des charrettes est incessant au poste-frontière d'Adré. Dans la poussière virevoltante et sous les claquements des fouets, les carrioles de fortune se retournent parfois sous le poids d'une cargaison démesurée, laissant les canassons les sabots en l'air.

Elles partent chargées de bidons d'essence ou de nourriture vers le Soudan, avec qui le pays partage une frontière longue de 1.400 km, et reviennent au Tchad transportant parfois des personnes fuyant la guerre.

"Retournés"

En visite à Adré lundi, c'est à ce poste-frontière que s'est rendue SungAh Lee, directrice générale adjointe de l'OIM.

Ce déplacement de trois jours dans le département d'Assoungha lui a notamment permis de rencontrer les populations de "retournés", ces Tchadiens de retour du Soudan à cause de la guerre.

"Il n'y a pas assez d'attention internationale sur ce qu'il se passe au Soudan et mon objectif est de porter la voix des personnes rencontrées ici pour obtenir plus d'aide pour eux", explique à l'AFP la responsable onusienne, sous sa casquette bleu électrique.

Au poste-frontière d'Adré, au Tchad, le 8 juin 2026 ( AFP / Joris Bolomey )

Au poste-frontière d'Adré, au Tchad, le 8 juin 2026 ( AFP / Joris Bolomey )

Cette visite intervient alors que le Tchad a dépassé en mai le nombre de 400.000 retournés du Soudan.

"On pensait franchir ce seuil fin juin, note SungAh Lee. Il y a une accélération des retours", affirme-t-elle.

C'est également ce que note Mahamat Issa Abakar, le secrétaire général du département d'Assoungha.

"Il y a plus de 5.000 Tchadiens qui s'apprêtent à rejoindre le Tchad depuis le Soudan dans les prochains jours", avance cet ancien travailleur humanitaire.

"Leurs représentants sont venus me demander comment ils seront pris en charge ici, mais je ne sais quoi leur répondre. De notre côté, les ressources font défaut", reconnaît le représentant de l'Etat tchadien.

Derrière les reflets bleu et violet de ses lunettes, il fixe la délégation de l'OIM alignée à sa gauche.

"Les Tchadiens du Soudan qui rentrent au Tchad ont exactement les mêmes besoins que les réfugiés et ils sont moins bien pris en charge qu'eux", accuse-t-il d'une voix calme.

Sentiment d'abandon

Selon le HCR, plus de 900.000 Soudanais ont trouvé refuge au Tchad depuis le début du conflit, ils représentent une personne sur trois dans les provinces de l'Est du Tchad.

La directrice générale adjointe de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), SungAh Lee, au poste-frontière d'Adré, au Tchad, le 8 juin 2026 ( AFP / Joris Bolomey )

La directrice générale adjointe de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), SungAh Lee, au poste-frontière d'Adré, au Tchad, le 8 juin 2026 ( AFP / Joris Bolomey )

Dans le camp de Tongori, où s'entassent plus de 13.000 personnes selon l'OIM, un sentiment d'abandon s'exprime à chaque témoignage de Tchadiens retournés.

"On manque de nourriture ! Elle n'est plus distribuée depuis six mois, s'emporte Ahmat Mahamat Hassan, 59 ans, le regard caché par des lunettes sombres.

"C'est l'OIM qui nous a amenés ici et c'est à vous d'être responsables de nous. On n'a plus rien", lance-t-il aux représentants de l'agence onusienne installés sous des tôles au milieu de plus de 300 retournés.

D'autres mettent en avant l'absence de travail et le sentiment d'être bloqué dans ce camp, sans activités ni opportunités.

"On a ici beaucoup de compétences parmi les femmes, mais sans pouvoir les mettre en pratique", regrette Saidé Yaya Abderamanou, 30 ans, un voile noir et blanc cerclant son visage.

"La majorité d'entre nous avait un travail au Soudan. Certaines fabriquent des bijoux, des parfums, des chaussures...", énumère-t-elle.

"En même temps qu'on apporte une aide d'urgence, il faut trouver le moyen de valoriser leurs compétences et créer des opportunités de travail", avance SungAh Lee.

"Car fournir continuellement une aide humanitaire à ces personnes n'est pas une solution durable. C'est la chose la plus difficile à faire, mais c'est sur quoi l'OIM se focalise", assure-t-elle à l'AFP.

La directrice générale adjointe de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), SungAh Lee, au poste-frontière d'Adré, au Tchad, le 8 juin 2026 ( AFP / Joris Bolomey )

La directrice générale adjointe de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), SungAh Lee, au poste-frontière d'Adré, au Tchad, le 8 juin 2026 ( AFP / Joris Bolomey )

Mais la directrice générale adjointe de l'OIM reconnaît des difficultés de plus en plus fortes dans la prise en charge des populations retournées.

"Le plan de réponse de l'OIM pour l'Est du Tchad n'est financé qu'à 19% sur les 21 millions de dollars (18,1 millions d'euros) requis pour 2026", rappelle SungAh Lee.

"Après octobre 2026 on ne pourra plus fournir d'assistances humanitaires si les financements n'arrivent pas", alerte-t-elle.

1 commentaire

  • 11:51

    Les colonisateurs honnis détestés ne veulent plus payer, on se demande pourquoi.


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