Les parents d'Evaëlle parlent à la presse, le 9 février 2026 à Versailles ( AFP / Alain JOCARD )
La cour d'appel de Versailles a condamné lundi à un an de prison avec sursis la professeure de français d'Evaëlle pour harcèlement scolaire, une décision accueillie avec soulagement par les parents de l'adolescente, qui s'était suicidée en 2019.
La cour a également reconnu coupable Mme B., absente lors du délibéré, de harcèlement sur un autre ancien élève.
En plus de la prison avec sursis, elle a été condamnée à une interdiction définitive d'enseigner au sein de l'Education nationale et à différentes amendes.
Le rectorat devra lui aussi verser 100.000 euros en réparation de préjudices aux parties civiles.
Très émue, Marie Dupuis, la mère d'Evaëlle, a remercié la justice qui a levé "le voile sur la maltraitance des enfants par des professeurs". "Il y a des adultes qui nous ont dit qu'ils en font encore des cauchemars à l'âge de 40 ans, d'être passés dans ses mains", a-t-elle poursuivi.
Un nouveau procès s'était tenu en février dernier, après l'appel du parquet à l'issue de la première instance en avril 2025, qui avait abouti à la relaxe de l'enseignante.
Devant la cour d'appel, Mme B. s'est défendue d'avoir eu un comportement hostile envers la collégienne.
"Il m'arrivait de répondre sèchement à des élèves mais je n'ai jamais ciblé un élève en particulier", avait déclaré très calmement à la barre l'enseignante.
A plusieurs reprises, la prévenue a maintenu sa version des faits: "Mon intention n'était pas de la mettre en difficulté mais de l'aider, au contraire".
Appelée à témoigner, la mère d'Evaëlle a elle raconté à la cour le mal-être de sa fille depuis son arrivée en sixième au collège Isabelle-Autissier d’Herblay (Val-d'Oise) en septembre 2018.
- "Pire journée" -
"A l'école, elle aurait dû être en sécurité, elle aurait dû pouvoir faire confiance aux adultes. A la place, elle a rencontré l'humiliation, l'isolement et un jour, ce poids est devenu trop lourd à porter", a dénoncé Marie Dupuis à la barre.
Les parents d'Evaëlle arrivant à la cour d'appel de Versailles le 9 février 2026 ( AFP / Alain JOCARD )
Victime de violences et d'insultes de la part de ses camarades, elle faisait aussi face à des tensions avec sa professeure de français.
Elle était rentrée un jour chez elle bouleversée après une journée où l'enseignante avait demandé à tous les élèves de la classe de répondre à la question: "Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue ?". Face à ses pleurs, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions.
A ses parents, Evaëlle avait évoqué la "pire journée de (sa) vie".
A l'issue du procès en appel, l'avocate générale a demandé 18 mois de prison avec sursis à l'encontre de cette professeure de français de 63 ans.
L'enseignante "a franchi la ligne rouge, humiliant, rabaissant et stigmatisant, pas tous les élèves mais certains élèves qui sont choisis avec soin", a déclaré Soisic Iroz, rappelant la dégradation des conditions de vie d'Evaëlle au sein du collège.
- "On les a crus" -
Si le dossier administratif de l'enseignante faisait état d'une "professeur expérimentée, sérieuse et dynamique", l'enquête a brossé un autre portrait.
La majorité des élèves entendus avaient ainsi confirmé qu'Evaëlle était la cible récurrente de cette enseignante.
Cette fois, "on a écouté la parole des enfants, on les a crus et on les met dans leur rôle de victimes et non d'affabulateurs (...). C'est très important, ça ouvre des perspectives", a salué la mère de la collégienne à la sortie de la salle d'audience.
Delphine Meillet, l'avocate des parents d'Evaëlle, s'est elle aussi félicitée de la reconnaissance de culpabilité de la professeure.
"Aujourd'hui la justice a brisé le mur de béton de la violence psychologique, qui peut exister dans les établissements scolaires, dans les classes, dans un huis clos à l'égard d'un professeur dont on respecte infiniment le métier. Mais il faut savoir que parfois, il y a des comportements inadmissibles, humiliants, qui entrainent des conséquences irréparables", a-t-elle déclaré.
Depuis une loi de mars 2022 parfois appelée "loi Evaëlle", le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit.

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