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Suicide d'Evaëlle, 11 ans: 18 mois de prison avec sursis requis en appel contre l'enseignante
information fournie par AFP 09/02/2026 à 21:04

Les parents d'Evaëlle arrivent à la cour d'appel de Versailles, le 9 février 2026 ( AFP / Alain JOCARD )

Les parents d'Evaëlle arrivent à la cour d'appel de Versailles, le 9 février 2026 ( AFP / Alain JOCARD )

L'accusation a requis lundi devant la cour d'appel de Versailles 18 mois de prison avec sursis à l'encontre de l'enseignante d'Evaëlle, une collégienne de 11 ans qui s'est pendue dans sa chambre du pavillon familial à Herblay (Val-d'Oise) en juin 2019.

L'avocate générale a également demandé une interdiction définitive d'enseigner pour cette professeure de français de 63 ans aujourd'hui à la retraite, rejugée pour harcèlement après sa relaxe en première instance.

L'enseignante "a franchi la ligne rouge, humiliant, rabaissant et stigmatisant, pas tous les élèves mais certains élèves qui sont choisis avec soin", a déclaré Soisic Iroz, rappelant la dégradation des conditions de vie d'Evaëlle au sein du collège, harcelée par des camarades mais aussi par sa professeure de français.

A l'issue du procès en première instance en avril 2025, la professeure de français avait été relaxée, le tribunal de Pontoise (Val-d'Oise) ayant considéré que les éléments à charge étaient "discordants, indirects, peu circonstanciés" ou relevant de "comportements adaptés et légitimes s'agissant de l'autorité dont doit faire preuve un enseignant en classe".

Le parquet, qui avait déjà requis 18 mois d'emprisonnement avec sursis, avait fait appel.

Devant la cour d'appel, la professeure de français s'est défendue d'avoir eu un comportement hostile envers la collégienne.

"Il m'arrivait de répondre sèchement à des élèves mais je n'ai jamais ciblé un élève en particulier", a déclaré très calmement à la barre l'enseignante, vêtue d'un tailleur pantalon marron à rayures.

A plusieurs reprises, la prévenue a maintenu sa version des faits: "Mon intention n'était pas de la mettre en difficulté mais de l'aider au contraire".

Des déclarations qui n'ont pas convaincu la mère d'Evaëlle, qui a imploré la justice de reconnaître le harcèlement imputé à l'enseignante.

- "Pire journée" -

"A l'école, elle aurait dû être en sécurité, elle aurait dû pouvoir faire confiance aux adultes. A la place, elle a rencontré l'humiliation, l'isolement et un jour, ce poids est devenu trop lourd à porter", a dénoncé Marie Dupuis à la barre.

"Rendre justice, c'est responsabiliser cette professeure qui ne se remet pas en cause et qui porte une responsabilité écrasante du fait de son statut", a ajouté la mère d'Evaëlle.

Depuis son entrée en sixième au collège Isabelle-Autissier de la ville, les problèmes s'étaient multipliés pour l'adolescente, déjà victime de brimades en primaire, jusqu'à son suicide quelques mois après avoir quitté l'établissement.

Victime de violences et d'insultes de la part de ses camarades, elle faisait aussi face à des tensions avec sa professeure de français.

Elle était rentrée un jour chez elle bouleversée après une journée où l'enseignante avait demandé à tous les élèves de la classe de répondre à la question: "Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue?". Face à ses pleurs, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions.

A ses parents, Evaëlle avait évoqué la "pire journée de (sa) vie".

-"Personnalité clivante"-

"La mettre au centre de cette séance de vie de classe, vous pensiez que ça allait pouvoir bien se passer?", a interrogé la présidente de la cour d'appel, interloquée par la méthode de l'enseignante.

"Ecoutez, il y a eu des avancées je pense, le but c'était de résoudre les problèmes entre élèves", a justifié Mme B.

Si le dossier administratif de l'enseignante fait état d'une "professeur expérimentée, sérieuse et dynamique", l'enquête a brossé un autre portrait.

La majorité des élèves entendus ont ainsi confirmé que Evaëlle était la cible récurrente de cette enseignante.

Un enfant avait déclaré que Mme B. "faisait beaucoup de remarques à Evaëlle, elle lui criait souvent dessus". "C'était contre Evaëlle tout le temps, je pense qu'elle s'en prend aux faibles", avait mentionné une autre camarade de classe.

Les parents d'Evaëlle font une déclaration à la presse à leur arrivée au tribunal de Versailles, le 9 février 2026 pour le procès en appel pour harcèlement de l'enseignante de leur fille ( AFP / Alain JOCARD )

Les parents d'Evaëlle font une déclaration à la presse à leur arrivée au tribunal de Versailles, le 9 février 2026 pour le procès en appel pour harcèlement de l'enseignante de leur fille ( AFP / Alain JOCARD )

Dans l'après-midi, la cour a également entendu le témoignage d'un ancien élève qui a porté plainte pour harcèlement contre l'enseignante.

Il a raconté les brimades, les moqueries dont il a été victime en cours de français: "tu es débile", "tout le monde a compris sauf (lui)".

"Oui, j'ai pu avoir des propos peut-être un peu secs, un peu cassants. Mais ce n'était pas mon intention", s'est défendue la professeure. "Je ne voulais pas faire mal, je ne me disais pas: +chouette je vais harceler un enfant+", a poursuivi l'enseignante qui reconnaît avoir une "personnalité clivante".

Le procès se poursuivra mardi matin avec les plaidoiries de la défense.

1 commentaire

  • 17:22

    Rendre les autres responsables, cela permet aussi de tenter de s'exonérer soi-même..


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