(Actualisé avec éclisse cassée sur les rails, §2-3-4)
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, s'est engagé lundi à faire toute la "transparence" sur la "tragédie" de la collision entre deux trains à grande vitesse qui a fait au moins 39 morts en Andalousie, dans le sud de l'Espagne.
Selon une source au fait des investigations préliminaires, les experts ont découvert un joint cassé sur les rails, plus précisément une éclisse - pièce métallique raccordant deux rails consécutifs - avec des signes d'usure. Un défaut présent depuis un certain temps, a dit la source à Reuters sous le sceau de l'anonymat.
L'éclisse endommagée créait un vide entre les rails qui s'agrandissait à mesure du passage des trains. Les experts, a ajouté la source, pensent que ce joint défectueux est essentiel pour la compréhension de l'accident.
Selon le ministre des Transports Oscar Puente, la voie ferrée a été entièrement rénovée en mai dernier, un investissement de 700 millions d'euros.
Le chef du gouvernement, qui a annulé un déplacement prévu au Forum de Davos (Suisse), a décrété trois jours de deuil national à compter de lundi minuit pour rendre hommage aux victimes de la pire catastrophe ferroviaire dans le pays depuis 2013.
"Nous ferons toute la lumière sur cette affaire en toute transparence", a-t-il assuré en s'en remettant au travail des experts.
L'accident s'est produit dimanche à 19h45 heure locale (18h45 GMT) près d'Adamuz, ville située dans la province de Cordoue à environ 360 kilomètres de la capitale Madrid.
La collision a également fait 122 blessés, dont 48 sont toujours hospitalisés et 12 en soins intensifs, selon les services d'urgence.
"Le bilan des victimes s'élève désormais à 39 morts et n'est pas encore définitif", a déclaré sur le réseau social X le ministre des Transports, Oscar Puente, ajoutant qu'il était en route pour Cordoue.
La Garde civile a annoncé l'ouverture d'un bureau à Cordoue afin que les proches puissent fournir des échantillons d'ADN pour aider à identifier les victimes.
"Le train a basculé sur le côté (...) puis tout est devenu noir, et je n’ai entendu que des cris", a raconté Ana, une jeune femme soignée dans un centre de la Croix-Rouge à Adamuz, qui rentrait à Madrid.
Le visage couvert de pansements, elle raconte comment d'autres passagers, couverts de sang, l'ont extraite du train par une fenêtre après l'accident. Les pompiers ont secouru sa sœur dans les décombres et une ambulance les a transportées à l'hôpital.
ANNULATIONS DE TRAINS
"Il y avait des gens qui allaient bien et d'autres qui étaient très, très grièvement blessés. Ils étaient juste devant vous et vous saviez qu'ils allaient mourir, que vous ne pouviez rien faire", a-t-elle ajouté.
Les opérations de sauvetage sont compliquées par la localisation du site de l'accident, une région vallonnée difficilement accessible. Seule une route étroite y conduit, a dit à Reuters Iñigo Vila, directeur national des urgences de la Croix-Rouge espagnole.
Plus de 200 trains reliant Madrid à l'Andalousie et ses grandes villes Cordoue, Séville et Grenade ont été annulés lundi, selon RTVE.
Un train opéré par la compagnie privée Iryo, parti de Malaga à destination de Madrid, "a déraillé à Adamuz, percutant la voie adjacente", a déclaré dimanche le groupe public Adif, qui gère le réseau ferroviaire espagnol. Le train Iryo avait moins de quatre ans et la compagnie privée a indiqué que le train avait été inspecté pour la dernière fois le 15 janvier.
Le second train, Alvia, opéré par le groupe public espagnol Renfe, se déplaçait à une vitesse d'environ 200 km/h au moment de l'accident, d'après le journal El Pais.
Plus de 300 passagers se trouvaient à bord du train Iryo, tandis que celui de Renfe comptait environ 100 personnes à bord.
Le train Alvia est entré en collision soit avec les deux derniers wagons du train Iryo qui a déraillé, soit avec des débris sur la voie, a indiqué Álvaro Fernandez Heredia. Le train Iryo a perdu une roue qui n'a pas encore été retrouvée.
La collision s'est produite environ 20 secondes après le déraillement, il n'y avait donc pas le temps d'activer le frein d'urgence, a-t-il encore déclaré.
Cette catastrophe ferroviaire est la plus importante en Espagne depuis 2013, lorsqu'un train avait déraillé dans la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle, dans le nord-ouest du pays, et pris feu, faisant 80 morts et 145 blessés. Il figure parmi les 20 accidents les plus meurtriers en Europe au cours des 80 dernières années, selon les données d'Eurostat.
Le gouvernement a été critiqué l'année dernière pour une série de retards sur le réseau, causés par des coupures de courant et le vol de câbles de cuivre sur les lignes.
L'Espagne a ouvert son réseau ferroviaire à grande vitesse à la concurrence privée en 2020 afin d'offrir des alternatives à bas prix aux trains Ave de la Renfe.
(Reportage Nina Lopez, Michael Gore, Leonardo Benassatto, Susana Vera, Emma Pinedo et Victoria Waldersee, rédigé par Charlie Devereux ; version française Jean Terzian, Kate Entringer et Sophie Louet, édité par Blandine Hénault et Benjamin Mallet)

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