(Crédits: Unsplash - Visit Greenland)
Le sous-sol du Groenland regorge de richesses, qui expliquent en partie la convoitise des États-Unis. Rien ne dit pourtant qu'il est possible pour le moment de les extraire, de les exploiter, puis de les exporter dans des conditions économiques satisfaisantes.
Les États-Unis renouent avec une rhétorique martiale concernant le Groenland. Les richesses naturelles de ce vaste territoire refont surface dans le débat, un an après que Michael Waltz, alors conseiller américain à la sécurité nationale, avait résumé l'enjeu ainsi : « Il est question de minéraux critiques. Il est question de ressources naturelles. »
Car l'île est dotée à la fois de combustibles fossiles et de matières premières essentielles. Elle possède au moins 25 des 34 matières premières considérées comme telles par l'Union européenne.
La loi européenne 2024 sur les matières premières critiques vise à améliorer la sécurité de l'approvisionnement européen pour ces matériaux. Le président des États-Unis, Donald Trump, comme l'UE souhaitent affaiblir la domination chinoise dans ce commerce. Parallèlement, d'immenses réserves de pétrole se trouvent au large dans l'est et l'ouest du Groenland. La valeur de ces ressources est difficile à estimer, car les prix du pétrole et des matières premières essentielles fluctuent énormément.
Comme pour le pétrole vénézuélien, il faudra beaucoup d'argent pour construire les infrastructures nécessaires à l'exploitation des ressources naturelles au Groenland. Les projets miniers et de combustibles fossiles sont très consommateurs de capital, nécessitant d'importants investissements initiaux avec de longs délais avant que les projets ne génèrent des bénéfices.
Un manque de logistique portuaire
En dehors de sa capitale, Nuuk, le Groenland dispose de très peu d'infrastructures routières et de ports en eau profonde capables d'accueillir de grands pétroliers et des porte-conteneurs.
À travers le monde, les entreprises privées des secteurs minier et des énergies fossiles peuvent s'appuyer sur des infrastructures publiques – routes, ports, production d'électricité, logements et main-d'œuvre spécialisée – pour rendre leurs activités rentables.
Au Groenland, en revanche, d'énormes investissements en capital seraient nécessaires pour extraire la toute première cargaison de minerais et le premier baril de pétrole. Dans ce contexte, le gouvernement est confronté à un dilemme classique : laisser des multinationales privées exploiter les ressources au risque de perdre l'essentiel des revenus, ou bien imposer une propriété étatique tout en peinant à réunir les capitaux et les capacités publiques nécessaires pour lancer l'extraction.
Mines passées et présentes
La richesse minérale du Groenland est connue depuis longtemps. En avril 2025, le radiodiffuseur public danois DR a diffusé un documentaire montrant comment le Danemark avait, historiquement, capté les profits d'une mine de cryolite au Groenland. Cette émission avait provoqué une importante crise politique et médiatique, certains estimant qu'elle remettait en cause l'idée selon laquelle le Groenland serait financièrement dépendant du Danemark.
Les minerais constituent un enjeu majeur, mais aussi sensible, dans les relations du Groenland avec le reste du monde. Depuis des décennies, des entreprises étrangères tentent d'y développer une industrie minière viable… sans résultats probants. En réalité, contrairement aux affirmations du président américain Donald Trump, les entreprises américaines ont depuis longtemps la possibilité d'entrer sur le marché minier groenlandais. L'ampleur des investissements requis, conjuguée à des conditions climatiques extrêmement rigoureuses, a jusqu'à présent empêché toute entreprise de lancer une exploitation minière commerciale.
Dépendance à la pêche
La ministre groenlandaise des ressources naturelles Naaja Nathanielsen déclarait en 2025 souhaiter que l'exploitation minière devienne un « très bon complément stable » à la dépendance écrasante du pays à l'industrie de la pêche. Pourtant, en 2021, le nouveau gouvernement Inuit Ataqatigiit (d'orientation socialiste) groenlandais a interdit l'extraction de l'uranium pour des raisons environnementales. En 2023, l'entreprise australienne Energy Transitions Minerals (ETM) a poursuivi le Groenland et le Danemark pour un montant de 76 milliards de couronnes (environ 10 milliards d'euros), soit près de quatre fois le PIB du Groenland.
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L'entreprise minière a affirmé avoir été privée de profits futurs après l'abandon de son projet d'uranium à Kuannersuit/Kvanefjeld. Les tribunaux danois ont rejeté la plupart des recours d'ETM, les jugeant infondés, et des inquiétudes ont été exprimées quant à la possibilité qu'ETM se déclare en faillite, ce qui lui permettrait potentiellement d'éviter le paiement de lourds frais de justice.
Dans un communiqué, ETM a affirmé que sa filiale GM avait « travaillé de bonne foi pendant plus d'une décennie, en étroite coopération avec les gouvernements groenlandais et danois ». L'entreprise a ajouté que ces deux gouvernements avaient utilisé GM pour promouvoir le Groenland comme une destination sûre pour les investisseurs miniers. Mais des travaux de recherche publiés en 2025 ont qualifié ce type de comportement de « victimisation feinte ». Il s'agit généralement de situations dans lesquelles des entreprises se perçoivent – ou se présentent – comme des victimes de procédures injustes, plutôt que comme des acteurs puissants avant tout soucieux de leurs profits.
Partage des profits
Forer dans le sous-sol groenlandais aurait des répercussions jusqu'à Copenhague, le Groenland ayant conclu avec le Danemark un accord de partage des profits miniers. Dans le cadre du transfert progressif de compétences du Danemark vers le Groenland, ce dernier détient désormais la propriété de ses ressources naturelles.
Toutefois, le Danemark verse chaque année une dotation globale de 3,9 milliards de couronnes (un peu plus de 500 millions d'euros) – soit environ la moitié du budget de l'État groenlandais – afin de soutenir l'économie intérieure, largement dominée par le secteur de la pêche.
Cette dotation est réduite à hauteur de 50 % des bénéfices miniers, ce qui signifie que, jusqu'à concurrence du montant de la subvention, les profits de l'exploitation minière sont en pratique partagés à parts égales entre le Groenland et le Danemark.
Récemment, le groupe australo-américain Critical Metals a obtenu l'autorisation de construire un bureau permanent pour son projet Tanbreez, destiné à fournir des terres rares – y compris des terres rares lourdes – dans le sud du Groenland.
Le lendemain, la société minière Amaroq a annoncé que les États-Unis envisageaient d'investir dans ses projets miniers dans le sud du Groenland par l'intermédiaire de l'EXIM, la banque américaine d'export-import. Si ce prêt public est approuvé, il s'agirait du premier financement accordé par l'administration Trump à un projet minier à l'étranger.
Cinq milliards de dollars
Un récent décret présidentiel de Donald Trump a par ailleurs réservé 5 milliards de dollars (4,2 milliards d'euros) au soutien de projets miniers jugés essentiels à la sécurité nationale. Cela illustre l'étroite imbrication entre les industries extractives et les enjeux militaires.
La production d'énergies fossiles, en revanche, a peu de chances de voir le jour à court terme. En 2021, pour des raisons environnementales, le gouvernement groenlandais a interdit l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures. Une majorité parlementaire continue de soutenir cette interdiction.
Compte tenu de la volatilité des prix du pétrole et du gaz, et des mêmes contraintes climatiques et d'infrastructures que pour les autres ressources naturelles, une production d'hydrocarbures au Groenland paraît peu plausible, même en cas de prise de contrôle totale par les États-Unis.
Les raisons pour lesquelles l'administration Trump pourrait chercher à renforcer sa domination dans l'Arctique sont nombreuses, notamment pour accroître son avantage stratégique face à la Russie et à la Chine. Mais l'extraction des ressources naturelles est peu susceptible d'y jouer un rôle central.
D'autant plus que les États-Unis disposent déjà de bases militaires au Groenland, en vertu d'un accord de défense conclu avec le Danemark. Les initiatives états-uniennes récentes semblent ainsi s'inscrire dans un nouvel épisode du retour de leurs ambitions impérialistes.
Auteur: Lukas Slothuus - Postdoctoral Research Fellow, School of Global Studies, University of Sussex
Cet article est issu du site The Conversation
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