Le Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale le 28 octobre 2026, à Paris ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Quelle alternative à Parcoursup ? Le débat sur son remplacement a opposé mercredi à l'Assemblée deux visions de l'accès à l'enseignement supérieur, la gauche plaidant pour davantage de places, quand la droite a revendiqué une sélection mieux assumée.
"Nous venons chercher des propositions et des engagements précis. Pas des slogans ou des promesses sans fondement sérieux", a prévenu le Premier ministre Sébastien Lecornu en ouverture de ce débat sans vote, qu'il a lui-même sollicité, appelant les députés à "identifier une voie de passage au Parlement" sur l'après-Parcoursup.
Après un mois de mobilisation lycéenne et étudiante, le gouvernement a annoncé lundi une "évolution forte" de la plateforme d'orientation post-bac, prélude à son remplacement annoncé en 2028.
"Le Parlement ne peut pas seulement demander la fin d'un système. Il doit aussi contribuer à définir les principes du suivant", a renchéri le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste.
"Vous venez chercher auprès de nous la solution à un problème que vous avez créé, à six mois de votre départ en sachant très bien que vous ne le réglerez pas", a rétorqué la députée communiste Soumya Bourouaha.
"Pénurie organisée"
Comme l'intersyndicale de la jeunesse, l'élue de Seine-Saint-Denis réclame 250.000 places supplémentaires dans le supérieur, bien loin des 15.000 annoncées lundi par le gouvernement, et également un retour à un baccalauréat reposant sur des épreuves terminales et un renforcement du service public de l'orientation.
À gauche, les interventions des députés ont largement convergé pour présenter Parcoursup comme un outil de gestion du manque de places.
Il faut "un droit d'accès au premier cycle pour tout bachelier, avec une priorité dans son académie", a lancé le député écologiste Jean-Claude Raux, dénonçant une "pénurie organisée".
"Parcoursup constitue aujourd'hui davantage un outil de régulation et de sélection qu'une plateforme d'aide à l'orientation. C'est un outil de gestion de la pénurie", a estimé Pierrick Courbon (PS).
Le député appelle à "un véritable plan de rattrapage" permettant d'ouvrir "au bas mot 150.000 places supplémentaires".
"Parcoursup est une plateforme de sélection au service de votre vision politique libérale", a lancé le député insoumis Louis Boyard ( AFP / JOEL SAGET )
"Parcoursup est une plateforme de sélection au service de votre vision politique libérale", a lancé le député insoumis Louis Boyard.
Selon lui, les gouvernements successifs ont affaibli lycées et universités publics tout en favorisant l'essor de l'enseignement privé. Comme les organisations de jeunesse, il a réclamé un investissement supplémentaire de 10 milliards d'euros dans l'éducation et l'enseignement supérieur.
Parcoursup "ne crée pas le problème, il le révèle", a estimé de son côté le député MoDem Frantz Gumbs. "Nous avons massifié les candidats, mais nous n'avons pas massifié l'accueil", a-t-il résumé, plaidant pour une meilleure application des heures d'orientation prévues au lycée et pour un accompagnement accru des professeurs principaux.
La députée macroniste Violette Spillebout a, elle, reconnu une "crise de confiance" autour d'un dispositif jugé anxiogène.
Tout en estimant que "tout n'est pas à jeter", elle a plaidé pour davantage de transparence. "La décision de sélection doit rester celle des établissements, mais leurs outils de classement doivent être publics".
"Assumer la sélection"
À droite, le débat a davantage porté sur l'acceptation du principe même de la sélection.
Pour Philippe Fait (Horizons), la question n'est pas tant celle de la plateforme que celle de la "méritocratie républicaine". "La sélection, on peut toujours la supprimer à l'entrée. Elle vous reviendra (...) un peu plus tard, mais plus brutale et plus injuste", a-t-il averti, en référence notamment à l'échec en première année d'université.
Même son de cloche chez l'élue LR Virginie Duby-Muller pour qui "Parcoursup n'est pas la maladie (...) C'est le symptôme d'un pays qui sélectionne partout sans jamais oser le dire."
Il faut "assumer la sélection, dire la vérité sur les débouchés, relever le niveau de l'école", a-t-elle martelé.
L'élue propose notamment "de faire des prérequis de véritables conditions d'admission" à l'université et de redonner du poids au baccalauréat dans les procédures d'admission.
Au Rassemblement national, Roger Chudeau a également souhaité renforcer la place des épreuves du bac en mettant fin au contrôle continu.
Il a également demandé la réduction du nombre de formations du catalogue Parcoursup, de l'ordre de 25.000 lors de la dernière campagne, et que les procédures de sélection mises en place par les établissements soient davantage contrôlées par l'autorité académique.

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