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Réforme des retraites : l'entrée dans une économie de guerre rendra "dérisoires" les débats sur l'âge légal à 64 ans, selon le président du Conseil d'orientation des retraites
information fournie par Boursorama avec Media Services 11/03/2025 à 08:59

Le président du COR a estimé, en son nom, qu'il allait "rapidement" falloir repousser l'âge légal de départ au-delà de 64 ans.

Gilbert Cette (à droite) et l'économiste Sandrine Cazes, à Paris, le 16 octobre 2023. ( POOL / MIGUEL MEDINA )

Gilbert Cette (à droite) et l'économiste Sandrine Cazes, à Paris, le 16 octobre 2023. ( POOL / MIGUEL MEDINA )

Alors que les partenaires sociaux sont entrés la semaine dernière dans le vif du sujet, en abordant l'âge de départ légal à la retraite au cours de la concertation initiée par François Bayrou, les discussions ont été perturbées par un commentaire du président du Conseil d'orientation des retraites (COR). Gilbert Cette a en effet estimé que l'augmentation programmée des dépenses militaires allait entraîner un nouveau report de l'âge légal du départ à la retraite au-delà de 64 ans.

"L'entrée progressive, plus ou moins explicite, dans une économie de guerre, rendra secondaires sinon dérisoires les débats actuels sur l'âge légal à 64 ans", estime le président du COR Gilbert Cette, dans un article publié par le site Telos.eu . "La question deviendra plutôt (...) comment augmenter rapidement cet (âge) au-delà des 64 ans ", écrit-il. L'article a été publié le 5 mars, le jour même de l'intervention télévisée d'Emmanuel Macron , dans laquelle le président de la République laissait entendre qu'un nouvel effort budgétaire attendait les Français, "avec des réformes, des choix, du courage".

Les partenaires sociaux sont engagés depuis deux semaines dans une difficile concertation sur les retraites, dont l'objectif initial était de "revoir" l'impopulaire réforme de 2023 -qui repousse de 62 à 64 ans l'âge légal de départ- sans dégrader l'équilibre financier du système, les syndicats réclamant tous un retour en arrière.

Signée en tant que professeur d'économie à l'école de commerce Neoma, la prise de position de Gilbert Cette irrite.

Colère des syndicats

"Quand on est président d'une instance comme le COR, on a un devoir de réserve par rapport à ses opinions personnelles", a déclaré au Monde la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, en promettant de rappeler Gilbert Cette à son "devoir". Il "devrait respecter une obligation de neutralité", renchérit auprès de l' AFP Christelle Thieffine, qui mène les concertations "retraites" pour la CFE-CGC.

Même Éric Chevée, négociateur du syndicat patronal CPME, estime qu'il ne "(lui) semble pas que ce soit le rôle du président du COR de prendre position dans les débats de cette manière". Toutefois, le virage possible vers des dépenses militaires plus importantes vient selon lui conforter les arguments patronaux pour défendre la réforme de 2023, voire demander plus d'efforts aux salariés. "Notre proposition de travailler une heure de plus par semaine" pour financer les retraites "entre en résonance avec le nécessaire effort de défense", juge-t-il.

L'article de Gilbert Cette développe une argumentation défendue par certains économistes : le système de retraites souffre d' un taux d'emploi insuffisant chez les jeunes et les seniors . Selon les données du ministère du Travail pour 2023, le taux d'emploi des seniors passe de 77% pour les 55-59 ans à 38,9% pour les 60-64 ans. Un chiffre loin de la moyenne européenne (50,9%) ou du voisin allemand (65,3).

Augmenter le taux d'emploi, c'est faire progresser le PIB, créer plus de recettes et progresser ainsi vers l'équilibre. Mais cette approche est contestée par les syndicats.

Ne pas "sacrifier" le régime pour des dépenses militaires

"Il y a toujours une bonne raison pour s'attaquer aux retraites" ou aux "droits sociaux", mais "nous pouvons financer notre régime" et "nous n'avons pas à le sacrifier pour des dépenses militaires", a ainsi souligné jeudi Denis Gravouil (CGT).

Sur le fond, "nous avons une économie de défense qui est forte en France", assure Christelle Thieffinne (CFE-CGC). Si elle est stimulée par les dépenses militaires, "elle va faire tourner l'économie" mais elle a besoin des travailleurs jeunes et des seniors aujourd'hui sous-employés, et non de travailleurs âgés, estime-t-elle. "Aujourd'hui 25% des personnes de 62 ans sont encore en emploi. Si déjà on pouvait faire monter ce taux jusqu'à 50%", la situation s'améliorerait nettement, avance-t-elle.

Interrogée, la négociatrice "retraites" de la CFTC Pascale Coton regrette que l'intervention de Gilbert Cette vienne "polluer le débat" : "Au niveau du conclave sur les retraites, on n'est pas là pour parler de combien ça coûterait de se préparer à une guerre. On reste sur notre mission", strictement décrite par Matignon dans une lettre : améliorer la réforme et "remettre le régime à flot".

Lundi sur RTL , Marylise Léon numéro un de la CFDT a en tout cas estimé qu'il ne serait "pas possible" de faire un effort de réarmement en France "sans hausse d'impôts" , à rebours de la position exprimée par M. Macron. "Il faut pouvoir avoir autour de la table l'ensemble des parties prenantes pour évoquer ces questions économiques", a-t-elle dit.

23 commentaires

  • 11 mars 10:52

    le mieux c est que Macron commence petit ... qu il nous montre deja comment il compte reprendre nos quartiers ... pour qu un policier puisse traverser un quartier et en ressortir sans PB ... me semble que notre police n est pas rassuré qd elle se rend sur certains territoires de notre douce France ..


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