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Quelles sont les répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient sur l'Europe ?
information fournie par Reuters 02/03/2026 à 16:01

L'opération militaire contre l'Iran lancée samedi par les États-Unis et Israël, et qui est entrée dans son troisième jour lundi, est susceptible à la fois de faire grimper l'inflation européenne et de nuire à la croissance économique déjà faible de l'Europe.

Ceci étant dit, les répercussions du conflit devraient être moindres que lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022.

Les attaques menées depuis samedi dans la région ont perturbé le transport maritime commercial dans le Golfe, une source essentielle de carburant et de produits pétroliers pour l'Europe.

Cette interruption a immédiatement fait grimper les prix de ces approvisionnements énergétiques sur les marchés financiers. Ces frappes risquent également de brouiller les perspectives de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque d'Angleterre (BoE).

Voici les différentes possibles conséquences économiques du conflit iranien sur l'Europe.

POINT NÉVRALGIQUE POUR LE PÉTROLE, LE GAZ ET D'AUTRES PRODUITS

Le Détroit d'Ormuz, situé entre Oman et l'Iran, est un axe essentiel pour les exportations des États du Golfe, telles que le pétrole, le gaz et les produits chimiques.

Environ 20% du pétrole mondial, provenant notamment d'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis (EAU), d'Irak, du Koweït et d'Iran, transite par Ormuz, ainsi que d'importants volumes de gaz naturel liquéfié (GNL) provenant du Qatar.

Après s'être détournée de l'énergie russe depuis son invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022, l'Europe dépend désormais davantage des importations en provenance de la région du Golfe.

Parmi les pays européens, le Royaume-Uni, l'Italie, la Belgique et la Pologne sont les plus dépendants des importations de GNL transitant par le détroit d'Ormuz, selon les données de l'Agence américaine d'information sur l'énergie.

Le Golfe est également un important exportateur de propane, de butane et d'éthane, qui sont utilisés pour le chauffage, les carburants et l'agriculture, selon les données du courtier Kepler.

DES COÛTS DE CARBURANT PLUS ÉLEVÉS POUR LES EUROPÉENS ?

Selon les données maritimes, plus de 200 navires, dont des pétroliers et des méthaniers, ont jeté l'ancre autour du détroit d'Ormuz et dans les eaux environnantes en raison du conflit avec l'Iran.

Cela a immédiatement fait grimper les prix du pétrole et du gaz. Les contrats à terme sur le Brent ont augmenté de près de 8% pour atteindre 78 dollars le baril, tandis que le gaz naturel sur le marché néerlandais s'échangeait en hausse de 19% à 38 euros par mégawattheure (MWh).

Dans ses projections de décembre, la BCE tablait sur un prix du gaz naturel de 29,6 euros/MWh et un prix du brut de 62,5 dollars cette année.

La BCE doit publier de nouvelles projections macroéconomiques le 19 mars, la date limite pour les prix de l'énergie et les autres indicateurs de marché étant fixée à trois semaines avant, soit mercredi prochain.

Cela impliquerait une révision à la hausse de ses projections en matière d'inflation énergétique. La BCE pourrait toutefois choisir de présenter plusieurs scénarios, comme elle l'avait fait lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022.

UniCredit a fait valoir lundi que le prix du pétrole devrait être plafonné à environ 80 dollars en raison de l'abondance de l'offre. La banque italienne a également déclaré que pour que le prix atteigne 100 dollars, une escalade majeure serait nécessaire, telle que des dommages aux infrastructures pétrolières saoudiennes.

PAS D'IMPACT IMMÉDIAT POUR L'APPROVISIONNEMENT EN PÉTROLE

La Commission européenne ne s'attend toutefois pas à ce que l'aggravation du conflit au Moyen-Orient ait un impact immédiat sur la sécurité de l'approvisionnement en pétrole de l'Union européenne (UE), selon un mail consulté par Reuters lundi.

"À ce stade, nous ne prévoyons pas d'impact immédiat sur la sécurité de l'approvisionnement en pétrole", a déclaré la Commission dans un mail adressé aux gouvernements de l'UE.

La Commission a demandé aux gouvernements du bloc européen de partager leurs propres évaluations de la sécurité de l'approvisionnement en pétrole à ce jour, selon ce mail.

Un porte-parole de la Commission européenne a déclaré lundi que l'UE ne prenait aucune mesure d'urgence.

Le porte-parole a également déclaré que le bloc convoquera une réunion du groupe de coordination pétrolière dans les 48 heures pour évaluer l'impact.

QUELS SONT LES AUTRES SECTEURS AFFECTÉS ?

Le flux soutenu de marchandises commerciales entre l'Europe et l'Asie passe depuis longtemps par le canal de Suez.

Fin 2023, de nombreux navires empruntant cette route ont été détournés vers l'Afrique en raison des attaques menées dans la mer Rouge par les rebelles houthis du Yémen. Mais avant le déclenchement du conflit iranien, les compagnies maritimes envisageaient d'utiliser à nouveau davantage ce corridor commercial essentiel entre l'Asie et l'Europe.

Dimanche, les compagnies maritimes ont de nouveau commencé à détourner leurs navires autour de l'Afrique, loin du canal de Suez, ce qui pourrait faire grimper les tarifs de fret et augmenter le coût des marchandises importées.

QUEL EST L'IMPACT SUR LA CROISSANCE ET L'INFLATION ?

Les propres projections de la BCE montrent que l'impact de la flambée des prix du pétrole sur l'inflation est bien plus important que son impact sur la croissance.

Une analyse de la BCE publiée en décembre indique qu'une hausse permanente de 14% des prix du pétrole et du gaz ne réduirait la croissance que de 0,1% cette année et ferait grimper l'inflation jusqu'à 0,5%.

Ces effets seraient d'une ampleur similaire l'année prochaine, puis commenceraient à s'estomper.

Selon une enquête réalisée par Reuters, les économies de la zone euro et du Royaume-Uni devraient croître respectivement de 1,2% et 1% cette année, et de 1,4% chacune l'année prochaine. Il s'agit d'un rythme modeste par rapport aux États-Unis, avec des prévisions à 2,5% pour 2026 et 2,0% pour 2027.

Mais l'impact serait minime par rapport au choc de 2022, lorsque l'invasion de l'Ukraine par la Russie avait fait grimper les coûts de l'énergie. Cela avait réduit la croissance d'un point de pourcentage et fait grimper l'inflation de deux points de pourcentage, selon une étude de la Commission européenne.

Un euro relativement fort devrait également atténuer l'impact, étant donné que les cours de l'énergie sont traités en dollars.

L'impact sur la croissance devrait également être temporaire, car l'économie peut s'adapter, de sorte qu'il n'y aura pas d'effet durable sur la capacité de production, a fait valoir la BCE dans une autre étude.

COMMENT VONT RÉAGIR LES BANQUES CENTRALES ?

Les investisseurs ont parient un peu moins sur une baisse d'un quart de point du taux directeur de la BoE à la fin du mois, les prix suggérant une probabilité de 69%, contre 78% vendredi.

Il ne faut pas s'attendre à une réaction rapide de la BCE, qui devrait maintenir ses taux inchangés jusqu'à la fin de l'année. La banque centrale de la zone euro ne réagit pas à la volatilité à court terme des marchés et ignore les fluctuations temporaires des prix de l'énergie.

Toute réaction dépendra donc de la durée du conflit et de son ampleur. Le président américain Donald Trump a déclaré dimanche que l'opération en Iran pourrait durer quatre semaines.

Les économistes de Commerzbank ne prévoient pas d'impact significatif si la guerre ne durait que quelques semaines. Mais si le conflit devait s'étendre sur plusieurs mois, ils estiment que l'inflation dans la zone euro augmenterait probablement d'au moins un point de pourcentage et que la croissance économique serait inférieure de quelques dixièmes de point de pourcentage.

De plus, l'inflation dans la zone euro, qui s'élève actuellement à 1,7%, est inférieure à l'objectif fixé, de sorte qu'une hausse modérée ne compromettrait pas cet objectif.

La BCE s'inquiète généralement lorsqu'un choc inflationniste ponctuel commence à avoir un impact sur les anticipations de prix à long terme et se répercute sur les tendances générales en matière de fixation des salaires et des prix via les retombées secondaires.

Cela prendrait plusieurs mois pour se concrétiser, il faut donc s'attendre à ce que la BCE se contente pour l'instant de dire qu'elle ignore la volatilité temporaire, mais reste attentive à l'évolution de la situation.

Les anticipations des marchés concernant l'inflation à long terme sont globalement inchangées, ce qui devrait renforcer le message attentiste de la banque.

Les marchés sont sur la même longueur d'onde. Aucune modification des taux d'intérêt n'est prévue pour cette année.

(Rédigé par Francesco Canepa et Balazs Koranyi ; version française Coralie Lamarque, édité par Benoit Van Overstraeten)

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