La vague de chaleur qui frappe l'Europe occidentale, faisant à ce stade plus de 50 morts rien qu'en France, est entretenue par une configuration météorologique connue sous le nom de "bloc oméga".
Voici les principales caractéristiques de ce phénomène atmosphérique, dont la fréquences est susceptible d'augmenter à mesure que le changement climatique prend de l'ampleur.
QU'EST-CE QU'UN "BLOC OMÉGA"?
Un bloc oméga tire son nom de sa forme, qui rappelle la lettre grecque Ω: une zone de haute pression chaude et stable coincée entre deux systèmes dépressionnaires plus froids.
Le terme "blocage" fait référence au fait que cette zone de haute pression d'air chaud reste immobilisée. Dans des conditions normales, le courant-jet transporte les systèmes météorologiques de manière régulière d'ouest en est.
Mais lors d'un blocage oméga, ce flux est perturbé et peut dévier de manière spectaculaire vers le nord et le sud, isolant ainsi les systèmes de pression. La faiblesse des vents directeurs et les contrastes de température dans l'atmosphère contribuent à la formation de ces configurations figées qui évoluent lentement.
Résultat : l'air chaud et stagnant reste bloqué au-dessus d’une même zone. Les blocs oméga durent généralement entre trois et dix jours, mais peuvent persister pendant des semaines.
QUE SE PASSE-T-IL LORS D’UN BLOC OMÉGA ?
Sous la zone de haute pression située au centre, le temps devient chaud et sec. La haute pression empêche également la formation de nuages, ce qui se traduit par un ciel dégagé et ensoleillé propice à la hausse des températures.
Ce sont ces conditions qui font suffoquer la France et l’Espagne, où les températures ont dépassé les 40°C.
Dans les zones de basse pression qui entourent la zone chaude, les conditions sont au contraire davantage propices à un temps plus frais et pluvieux.
Le Royaume-Uni se trouve à la frontière entre le système de haute pression et l’air plus frais au nord-ouest, produisant une chaleur intense dans le sud et l’est du pays, tandis que le nord et l’ouest connaissent un temps plus frais et plus humide, selon le Met Office britannique.
LE CHANGEMENT CLIMATIQUE EST-IL RESPONSABLE ?
Les scientifiques ne s'accordent pas encore sur l'impact du changement climatique sur la fréquence des blocages atmosphériques, même si certaines études suggèrent une hausse de leur fréquence en Europe du Nord et de l’Ouest au cours de ce siècle.
Cependant, le consensus scientifique mondial est clair: le changement climatique augmente la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur.
Les émissions de gaz à effet de serre, provenant principalement de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, ont réchauffé la planète d'environ 1,4°C depuis l'ère préindustrielle.
Cette hausse de la température de référence signifie que les vagues de chaleur atteignent désormais des niveaux plus élevés.
Les scientifiques estiment que la vague de chaleur en Europe aurait été "pratiquement impossible" sans le changement climatique d’origine humaine, qui a rendu les températures nocturnes étouffantes observées cette semaine 100 fois plus probables qu’elles ne l’auraient été il y a seulement deux décennies.
Une canicule similaire survenue au même mois il y a 50 ans aurait été environ 3,5°C moins chaude que celle-ci, selon l'analyse du groupe de climatologues World Weather Attribution.
Avec la hausse de la température de référence mondiale due au changement climatique, les phénomènes tels que les "blocs oméga" peuvent entraîner des épisodes de chaleur nettement plus intenses lorsqu’ils se produisent.
(Reportage Kate Abnett, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)

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