par Kyu-seok Shim
La course aux armements menée par les États-Unis et un élargissement de l'alliance nucléaire entre Washington, Séoul et Tokyo justifient les efforts de Pyongyang visant à renforcer et développer ses forces nucléaires, a déclaré jeudi le vice-ministre nord-coréen de la Défense.
S'exprimant lors du Forum Xiangshan de Pékin, principale conférence internationale chinoise sur la sécurité, Kim Kang Il a affirmé que le statut de puissance nucléaire de la Corée du Nord était irréversible et s'est engagé à poursuivre l'expansion de l'arsenal nucléaire du pays.
"L'accumulation incessante d'armes nucléaires par les États ennemis justifie pleinement la mise en place d'un solide bouclier nucléaire de la RPDC (République populaire démocratique de Corée, NDLR)", a-t-il fait valoir.
"Alors que la menace nucléaire des États ennemis atteint un niveau extrême (...), la RPDC défendra fermement la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne et dans la région en développant et en renforçant sans relâche sa force de dissuasion nucléaire à des fins d'autodéfense."
Kim Kang Il a imputé les tensions relatives à la péninsule coréenne à ce qu'il a qualifié de politique hostile "immuable" de Washington envers la Corée du Nord, accusant les États-Unis de transformer leur coopération tripartite avec la Corée du Sud et le Japon en une alliance nucléaire.
Il a ajouté que le statut de puissance nucléaire inscrit dans la Constitution nord-coréenne était une "ligne de retraite impossible" et pressé les autres pays de renoncer à leur "rêve éveillé" de dénucléarisation.
VERS UNE RENCONTRE TRUMP-KIM JONG UN ?
La présence de Kim Kang Il au Forum de Xiangshan est l'une des rares représentations de haut niveau de la Corée du Nord lors d'un rassemblement international sur la sécurité au cours des dernières années et intervient alors que Pyongyang tente de resserrer ses liens avec Pékin sur fond de tensions avec les Etats-Unis et leurs alliés.
Interrogé sur la possibilité d'une rencontre entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, il a dit de pas être en mesure de se prononcer sur cette éventualité.
Selon l'ancien représentant spécial des États-Unis pour la Corée du Nord, Stephen Biegun, la réaction mesurée de Pyongyang aux affirmations répétées de Donald Trump selon lesquelles il échangera avec Kim Jong Un suggère que la Corée du Nord ne ferme pas la porte à d'éventuelles négociations avec Washington.
Il ne serait "pas du tout surprenant" que Donald Trump propose une rencontre avec le dirigeant nord-coréen à l'issue du sommet de l'APEC qui se tiendra en Chine en novembre, a-t-il déclaré jeudi lors d'une conférence, estimant qu'une telle rencontre pourrait même avoir lieu à Pyongyang.
Les propos du vice-ministre nord-coréen de la Défense interviennent après ceux de l'influente soeur de Kim Jong Un, Kim Yo Jong, qui a rejeté jeudi les nouveaux appels internationaux en faveur d'une dénucléarisation de la Corée du Nord, lancés à la suite de discussions lors de la réunion annuelle de l'Agence internationale de l'énergie atomique.
CAMPAGNE DE COMMUNICATION
Dans une déclaration relayée par KCNA, l'agence de presse officielle de la Corée du Nord, Kim Yo Jong a affirmé que le statut nucléaire du pays était "absolu" et irréversible, qualifiant les demandes répétées de dénucléarisation de "bruit" récurrent et insistant sur le fait que la puissance nucléaire de Pyongyang était définitivement établie "physiquement et légalement".
Ses déclarations font elles-mêmes écho à celles d'un porte-parole du ministère nord-coréen de la Défense, qui a accusé mercredi les États-Unis et la Corée du Sud d'aggraver la confrontation militaire à travers leurs exercices conjoints et leur planification de riposte aux armes de destruction massive.
Le porte-parole a ajouté que les récentes discussions entre les Etats-Unis et la Corée du Sud relatives à cette riposte équivalaient à une "déclaration ouverte de confrontation", avertissant que Pyongyang pourrait être contraint d'invoquer certaines dispositions de la loi encadrant l'emploi de ses forces nucléaires.
Selon Lim Eul-chul, professeur à l'Institut d'études sur l'Extrême-Orient de l'université Kyungnam à Séoul, ces propos semblaient s'inscrire dans le cadre d'une campagne de communication plus large de Pyongyang autour de sa politique nucléaire.
Elles visent à renforcer l'idée que le statut nucléaire de la Corée du Nord est parvenu à "un stade irréversible", tout en justifiant de futures activités militaires et nucléaires en réponse à ce que le régime présente comme une intensification des pressions exercées par les États-Unis et la Corée du Sud, a-t-il expliqué.
(Reportage de Kyu-seok Shim, avec Brenda Goh, version française Benjamin Mallet, édité par Benoit Van Overstraeten)

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