Le scénario d'une application prolongée de la loi spéciale en 2027, au coeur d'une année électorale pouvant figer les échanges sur l'élaboration du budget, a été passé au crible par l'Inspection générale des finances. Son coût minimum est évalué à 0,5 point de PIB, soit 15 milliards d'euros.
( AFP / PHILIPPE HUGUEN )
Au coeur d'un paysage politique largement occupé par la course à l'Elysée, la France pourra t-elle se trouver un budget pour 2027?
Dans un rapport publié jeudi 20 août, l'Inspection générale des finances pointe les "risques majeurs" encourus en cas de recours à la loi spéciale, qui faute d'accord sur le budget 2027 reconduit celui de l'année précédente, et si cette situation se prolonge avec l'élection présidentielle.
"Son application prolongée exposerait le pays à des difficultés certaines et, à certains égards, à des risques majeurs", indique ce rapport publié jeudi, détaillant les conséquences sur différents secteurs d'activité, et précisant que "le redressement des finances publiques serait impossible sous loi spéciale".
Cet outil législatif permet de pallier l'absence de budget, en reconduisant les recettes de l'année précédente et en engageant des dépenses nécessaires à la continuité de l'Etat.
Mais entre l'élection présidentielle du printemps 2027, et les probables élections législatives dans la foulée, la loi spéciale pourrait s'appliquer pendant près d'un an, au lieu de six semaines les trois fois précédentes (en 1979, 2025 et 2026).
"Une loi spéciale prolongée pendant plusieurs mois ne serait pas une simple solution d'attente. Elle priverait le pays de sa capacité à décider, à redresser ses finances publiques et à répondre aux crises", a alerté le cabinet du ministre des Comptes publics David Amiel, lors d'une conférence téléphonique jeudi. Avec un coût estimé a minima à 0,5 point de PIB, soit 15 milliards d'euros.
Le rapport précise que "plusieurs secteurs seraient très fortement affectés par une loi spéciale prolongée en raison de leur dépendance à la commande publique ou aux aides de l'État", souligne ce rapport.
Par exemple, celui de la défense connaîtrait un retard sur les programmes d'armement, le BTP souffrirait de la suspension de certains chantiers et des aides telles que MaPrimeRénov, tandis que les agriculteurs se verraient privés de certaines aides. En outre, "l'accroissement de l'incertitude affecterait la confiance des acteurs économiques et renchérirait le coût d'emprunt de l'État", détaille encore l'IGF, dans ce rapport qui lui a été demandé en mai par le Premier ministre.
Quelles alternatives?
Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait écarté en juin la possibilité de le faire passer par une loi spéciale, mais faire voter le nouveau budget s'annonce périlleux au sein d'une Assemblée fragmentée, et à quelques mois de l'élection présidentielle.
Faute de majorité, le gouvernement peut négocier un accord de non-censure avec une partie de l'hémicycle, puis utiliser l'article 49.3 pour faire passer le texte sans vote. Autre possibilité: avoir recours à une ordonnance budgétaire qui dispose que "si le Parlement ne s'est pas prononcé dans un délai de soixante-dix jours, les dispositions du projet peuvent être mises en vigueur par ordonnance".
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