L'homme d'affaires franco-algérien Alexandre Djouhri arrive au palais de justice de Paris, le 16 mars 2026, pour le procès en appel de l'ancien président Nicolas Sarkozy pour soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 ( AFP / Alain JOCARD )
L'intermédiaire Alexandre Djouhri a de nouveau nié lundi avoir corrompu Claude Guéant, expliquant à la cour d'appel de Paris avoir "spontanément" offert une montre de luxe à l'ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, parce qu'il l'avait trouvé "impressionnant".
Dans ce volet distinct des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, Claude Guéant, 81 ans, avait, en première instance, été reconnu coupable d'avoir accepté d'Alexandre Djouhri 500.000 euros utilisés par l'ancien secrétaire général de l'Elysée pour acquérir un appartement en 2008.
Dans ce procès en appel auquel il n'assiste pas pour raisons de santé, lui est également reproché cette montre offerte par l'intermédiaire de 67 ans.
Condamnés pour une série de délits, dont celui de corruption, les deux hommes avaient fait appel après que le tribunal correctionnel avait prononcé des peines de six ans de prison ferme en septembre 2025.
Concernant les 500.000 euros, "jamais de la vie" Alexandre Djouhri n'a joué le moindre rôle dans leur versement, est-il venu répéter lundi. Si le relevé d'identité bancaire du couple Guéant a été retrouvé dans son coffre lors d'une perquisition en Suisse, c'est sans doute parce que les enquêteurs l'y auraient déposé, suggère-t-il.
D'ailleurs, Alexandre Djouhri ne savait "même pas" que Claude Guéant "avait acheté un appartement": "il ne m'a jamais invité chez lui". S'il l'avait su, il lui aurait "conseillé d'acheter un appartement plus grand, monsieur le président!"
Quant à cette montre, s'étonne le président Olivier Géron, comment expliquer un tel cadeau à un homme qu'il connaissait depuis quelques mois, offert peu après son acquisition en août 2006 pour 11.330 euros?
"D'abord, je ne l'ai pas offerte rapidement", relativise Alexandre Djouhri. Et puis, il a "trouvé que l'homme était impressionnant", "intelligent", "un homme d'Etat", poursuit-il.
"Il a vu trois, quatre fois la montre à mon poignet", raconte-t-il. Aussi lorsque lors d'un repas, Claude Guéant la remarque encore, "je la lui ai donnée spontanément, sans rien en retour".
- "Rectitude totale" -
Quand même, s'interroge le magistrat, le fait que Claude Guéant est alors directeur de cabinet au ministère de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, champion de la droite et favori pour la présidence, n'a pas joué dans cette générosité?
Claude Guéant, ex-secrétaire général de l'Elysée, arrive au tribunal de Paris, le 25 septembre 2025, pour le verdict du procès de l'ancien président Nicolas Sarkozy, dans l'affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Alexandre Djouhri se récrie, explique que s'il y a un point sur lequel il ne transige pas, c'est "quand il y a incompatibilité d'humeur". "Sur ce point, je suis d'une rectitude totale", assure-t-il. "J'aime beaucoup cet homme", dit-il encore à propos de Claude Guéant.
Celui-ci justifie les 500.000 euros par la vente de deux huiles marines, d'un peintre flamand de second ordre. Mais l'accusation soupçonne qu'il s'agit de contreparties à des interventions en faveur d'Alexandre Djouhri, notamment sur une dette fiscale concernant une villa à Mougins (Alpes-Maritimes).
L'intermédiaire a de nouveau nié lundi en avoir été le propriétaire dissimulé derrière une société offshore: elle aurait appartenu à un ami aussi mystérieux que décédé, dont il taira le nom "par respect pour sa mémoire".
Vendue 10 millions d'euros au fonds souverain libyen, son prix aurait, selon l'accusation, été largement surévalué pour dissimuler un détournement d'argent public libyen.
L'opération s'est faite en utilisant les comptes d'une famille de milliardaires saoudiens, les Bugshan. Les enquêteurs sont convaincus que les 500.000 euros sont eux aussi initialement partis du compte de Khalid Ali Bugshan avant d'arriver sur le compte de Claude Guéant via la Malaisie.
Alexandre Djouhri s'offusque que l'on suggère qu'il ait pu participer à la mise en oeuvre de ce circuit: "Je veux bien aider un ami, mais je ne vais pas l'aider à faire un montage aussi stupide..."
Pourtant lui-même utilisait les comptes des Bugshan pour ses affaires. Même si les intéressés le contestent, c'était avec leur accord, affirme-t-il. Olivier Géron s'enquiert de preuves. "Moi j'ai toujours vécu comme ça: la parole a toujours plus compté que les écrits", répond Alexandre Djouhri. Et de lâcher un cryptique: "A chaque âme, sa droiture".
En ouverture de son interrogatoire, Alexandre Djouhri avait réaffirmé son innocence: "Je suis poursuivi pour rien du tout!". Et d'asséner: toute cette affaire n'est qu'"un traquenard qui sera démonté".

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer