Le mot "MERCOSUR" est écrit sur une croix en bois lors de manifestations devant le Parlement européen à Strasbourg, le 20 janvier 2026 ( AFP / NICOLAS TUCAT )
Une fois n'est pas coutume: les eurodéputés vont en majorité se prononcer mercredi sur des lignes nationales plutôt que partisanes, lors d'un premier vote, à l'issue incertaine, sur l'accord commercial entre les 27 et les pays sud-américains du Mercosur.
Ils doivent décider de saisir ou non la Cour de justice de l'Union européenne (UE) sur la validité de cet accord, signé samedi au Paraguay.
Le vote, prévu en milieu de journée, s'annonce très serré.
Les opposants à la saisine soulignent la nécessité de mettre en œuvre l'accord le plus vite possible, particulièrement au moment où le président américain Donald Trump agite la menace de nouveaux droits de douane contre l'Europe.
Les partisans d'un recours devant la Cour européenne espèrent au contraire, avec un vote favorable, retarder la ratification de l'accord et donc sa mise en œuvre.
Et fait rare dans l'hémicycle du Parlement européen, les 81 députés français, de l'extrême gauche à l'extrême droite, devraient tous voter en faveur de cette saisine.
Ils ont été soutenus mardi par des milliers d'agriculteurs venus en masse à Strasbourg dire leur hostilité à cet accord. Nombre d'entre eux ont prévu de rester mercredi.
Ce traité crée l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde entre l'UE, le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs.
Il doit permettre à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux vers l'Amérique latine tout en facilitant l'entrée en Europe de viande bovine, sucre, riz, miel et soja sud-américains.
Pour ses détracteurs, cela va bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.
- Un vote crucial -
Les eurodéputés ne se prononceront sur l'ensemble de l'accord avec le Mercosur que dans les prochains mois. Mais le vote de mercredi est jugé crucial, tant du côté des adversaires que des défenseurs de cet accord, négocié depuis 25 ans.
Des agriculteurs arrêtent leurs tracteurs lors de manifestations contre le Mercosur près du Parlement européen à Strasbourg, le 20 janvier 2026 ( AFP / NICOLAS TUCAT )
"Nous sommes en train de travailler, voix par voix, élu par élu, député par député à faire cette majorité dont nous avons besoin pour stopper (l'accord avec) le Mercosur lors du vote de demain (mercredi)", a déclaré l'élu français François-Xavier Bellamy, membre des Républicains et du PPE (droite), principal groupe politique au Parlement européen.
Et "selon nos derniers comptages, on pourrait gagner ce vote à huit voix près", a assuré sa compatriote Céline Imart, elle aussi membre du PPE.
Dans l'autre camp, on fourbit aussi ses armes, y compris quand on est du même bord politique.
"Ce sera un vote très serré, mais nous allons le gagner", a affirmé Jorgen Warborn, eurodéputé suédois du PPE.
- "Anti-Trump" -
Le patron du PPE, l'eurodéputé allemand Manfred Weber, est lui aussi un ardent défenseur de l'accord. Il a appelé mardi devant la presse à voter contre la saisine de la Cour européenne, qualifiant le traité de libre-échange avec le Mercosur "d'accord anti-Trump".
Les partisans de l'accord espèrent en effet que les menaces du président américain convaincront les hésitants de l'urgence de trouver de nouveaux partenaires commerciaux, et les rallieront à leurs vues.
Ces lignes de fracture nationales ne traversent pas seulement le PPE. Le groupe ECR (extrême droite) a donné pleine liberté de vote à ses membres, divisés entre les Polonais du Pis, partisans de la saisine, et les Italiens de Fratelli d'Italia qui y sont hostiles.
"Peut-être que les Italiens vont se décider autrement", veut néanmoins croire Mathilde Androuët, eurodéputée française membre du groupe des Patriotes (extrême droite).
Les opposants à l'accord avec le Mercosur restent également prudents, même en cas de vote favorable à une saisine de la Cour de justice de l'UE.
Celle-ci mettrait certes de longs mois avant de se décider, mais dans l'intervalle la Commission européenne pourrait passer outre.
Les traités européens permettent en effet une application provisoire de l'accord, en cas de délais trop longs pour le ratifier.
La "vraie bataille" sera là, avertit l'eurodéputé français David Cormand du groupe des Verts.
En revanche, si la saisine est rejetée, "on peut imaginer que l'accord avec le Mercosur passera", juge Pascal Canfin du groupe Renew (centre-droit).

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