Le RN en dynamique, percée de LFI: les deux partis sortent confortés du premier tour dimanche, dans un scrutin qui voit globalement la gauche se maintenir, notamment à Paris, Marseille et Lyon. ( AFP / Fred TANNEAU )
Le RN en dynamique, percée de LFI: les deux partis, qui ont fait des municipales un test en vue de la présidentielle, sortent confortés du premier tour dimanche, dans un scrutin qui voit globalement la gauche se maintenir, notamment à Paris, Marseille et Lyon.
L'entre-deux tours d'ici dimanche prochain sera marqué par le casse-tête des possibles alliances, qui seront aussi scrutées à l'aune de la course à l'Elysée, pour l'instant dominée par l'extrême droite dans les sondages, dans un paysage politique très éclaté.
Dans les trois plus grandes villes de France, la gauche sortante fait de bons résultats: le socialiste Emmanuel Grégoire largement devant l'ex-ministre de droite Rachida Dati dans la capitale, le maire proche du PS Benoît Payan en tête à Marseille, bien que talonné par le député du Rassemblement national Franck Allisio, et l'écologiste Grégory Doucet, lui aussi sortant, au coude-à-coude avec l'ex-patron de l'OL Jean-Michel Aulas, soutenu par le centre et la droite, après une impressionnante "remontada".
Ailleurs, le Rassemblement national (RN) et ses alliés s'installent dans le paysage municipal, son objectif à un an de l'élection suprême. Ils sont en tête dans au moins 58 communes, contre onze seulement au premier tour de 2020.
Le parti d'extrême droite a remporté plusieurs bastions dès dimanche, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) ou Fréjus (Var), ainsi que quelques nouvelles villes comme Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes). A Toulon, la députée RN Laure Lavalette est largement en tête mais avec peu de réserves de voix.
- Fusion "antifasciste" -
Le président du parti Jordan Bardella a "tendu la main aux listes de droites sincères" pour l'emporter.
Un électeur et son chien devant un isoloir lors du premier tour des élections municipales, le 15 mars 2026 à Perpignan ( AFP / Ed JONES )
Mais au-delà du parti lepéniste, c'est La France insoumise qui crée la sensation dans plusieurs villes. "On attendait la droite radicale et on a la gauche radicale", résume François Kraus, directeur du pôle politique de l'Ifop.
Jean-Luc Mélenchon s'est félicité d'une "percée historique", citant parmi les conquêtes possibles Lille, Roubaix et Limoges. D'ores et déjà, Saint-Denis, deuxième ville d'Ile-de-France après Paris, est remportée par LFI au détriment du sortant socialiste et devient la plus grande commune mélenchoniste.
A Toulouse, le député insoumis François Piquemal parvient à passer devant son rival socialiste François Briançon, tous deux largement derrière le maire sortant Jean-Luc Moudenc. A Lille, la candidate insoumise crée la surprise, dans un mouchoir de poche avec le maire sortant socialiste Arnaud Deslandes, héritier de Martine Aubry.
Quant à Roubaix, le député LFI David Guiraud a pris une sérieuse option sur la mairie avec 45% des voix.
Le mouvement de gauche radicale est en position d'arbitre dans plusieurs autres grandes villes, notamment à Paris où Sophia Chikirou, autour de 11-12%, a promis de se maintenir si Emmanuel Grégoire ne lui propose pas une fusion "antifasciste". Le positionnement du centriste Pierre-Yves Bournazel et de la candidate Reconquête Sarah Knafo seront aussi déterminants.
- Tractations ardues -
Cette progression des deux mouvements, qui ont fait de cette campagne un test géant pour 2027, préjuge de tractations ardues d'ici au dépôt des listes pour le second tour, mardi à 18H00. A ce moment-là, les têtes de liste devront avoir décidé si elles se maintiennent, fusionnent ou se désistent. Il faut avoir plus de 10% des voix pour se maintenir au ballotage.
C'est à gauche que la question des alliances s'annonce la plus épineuse.
Le Parti socialiste, qui se maintient dans de nombreuses grandes villes et arrive largement en tête aussi à Rennes, Strasbourg et Montpellier, souhaite rompre définitivement avec LFI. Mais les bons résultats insoumis compliquent souvent l'équation.
Une électrice rentre dans un bureau de vote au premier tour des élections municipales, le 15 mars 2026 à Villeurbanne ( AFP / Alex MARTIN )
Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a "tendu la main" aux autres listes de gauche "partout où la droite et l'extrême droite menacent". Mais en face, le patron du PS Olivier Faure a répété qu'il n'y aurait "pas d'accord national" entre les deux partis, après une campagne au cours de laquelle Jean-Luc Mélenchon et son mouvement ont été accusés d'antisémitisme et d'ambiguïté sur la question de la violence politique.
Plus ouverte à des alliances, l'écologiste Marine Tondelier a appelé à "éliminer la droite et l'extrême droite".
Son parti, qui était donné en mauvaise posture dans ses mairies après la "vague verte" de 2020, s'en tire mieux que prévu, à Lyon mais aussi à Poitiers, où la maire sortante est en tête.
- "Grand rassemblement à droite" -
Autre scrutin-clé à treize mois de la présidentielle, celui du Havre, où l'ex-Premier ministre Edouard Philippe est bien positionné, lui qui a fait de sa réélection le prérequis pour poursuivre sa candidature à l'Élysée. Autre candidat potentiel pour 2027, le communiste Fabien Roussel est réélu à Saint-Amand-les-Eaux (Nord).
A Nice, le duel entre le sortant Christian Estrosi et Eric Ciotti, allié du RN, tourne à l'avantage du second, avec une dizaine de points d'avance.
Alors que la question d'alliances locales avec l'extrême droite se pose dans plusieurs villes, le patron de LR Bruno Retailleau, qui a dû encaisser les résultats décevants de Rachida Dati à Paris et de Jean-Michel Aulas à Lyon, a appelé à un "grand rassemblement de la droite" pour "battre la gauche ou le RN".
Des électeurs votent au premier tour des élections muncipales, le 15 mars 2026 à Lyon ( AFP / ARNAUD FINISTRE )
L'érosion de la participation a continué dimanche, dans une élection qui traditionnellement intéresse les Français. Les instituts de sondage tablent sur une participation entre 56% et 58,5%, contre 63,55% en 2014, dans la continuité d'une baisse observée depuis plus de 40 ans, particulièrement chez les jeunes et dans les quartiers populaires.
Le chiffre n'a été plus bas qu'en 2020, en pleine pandémie de Covid-19.
La mobilisation a pu être pénalisée par une fin de campagne éclipsée par la guerre au Moyen-Orient.

4 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer