Le port de Saint-Jean-de-Luz à l'arrêt, le 22 janvier 2025, en raison de l'interdiction de presque toute la pêche commerciale (bateaux de 8 mètres ou plus) dans le golfe de Gascogne afin de protéger les dauphins ( AFP / Gaizka IROZ )
La ministre chargée de la Mer et de la Pêche Catherine Chabaud a annoncé jeudi à Cherbourg un nouveau mois sans pêche dans le golfe de Gascogne en 2027 pour continuer à protéger les dauphins de captures accidentelles.
Une annonce redoutée mais attendue, fruit de discussions parfois tendues ces derniers mois, qui a été accueillie en silence par les pêcheurs réunis pour leurs assises annuelles dans le port normand.
Cette mesure de fermeture est reconduite pour la quatrième année consécutive, de la pointe du Finistère jusqu'à la côte basque, pour quatre semaines en hiver dans un dispositif légèrement assoupli: les pêcheurs pourront choisir leur période d'inactivité dans une fenêtre élargie de six semaines (entre le 15 janvier et le 27 février).
La ministre a salué les "efforts" déjà consentis par les pêcheurs pour réduire les prises accidentelles, avec 115 navires déjà équipés de caméras.
Mais "les conditions n'étaient pas réunies pour ouvrir le golfe l'année prochaine", a déploré Catherine Chabaud.
"Mammifère en danger"
Le comité national des pêches, qui défendait de son côté une fenêtre plus large de trois mois (1er janvier-31 mars) pour permettre aux entreprises de mieux s'organiser, salue tout de même une "évolution des modalités de fermeture", dans un communiqué.
Mais l'amertume était palpable dans les allées de la Cité de la mer à Cherbourg. "Celui qui est le plus en danger, c'est un mammifère d'exception, le marin-pêcheur", a grondé Serge Larzabal, président du comité régional des pêches de Nouvelle-Aquitaine, regrettant un dispositif qui va aussi pénaliser les criées.
Sont potentiellement concernés un peu moins de 300 bateaux de plus de 8 mètres, qui bénéficieront, eux, d'une indemnisation gouvernementale à hauteur de 80% de leur chiffre d'affaires comme les années précédentes.
Cette fermeture du golfe a réduit de 60% les captures accidentelles à l'hiver 2024/2025 selon l'observatoire Pelagis rattaché au CNRS et à l'Université de La Rochelle (1.900 dauphins communs morts contre 4.700 en moyenne par hiver entre 2017 et 2023).
Le CIEM, organisme scientifique international de référence, estime à 4.900 morts au maximum par an le niveau soutenable pour l'espèce dans "l'unité de gestion de l'Atlantique du Nord-Est", une zone bien plus vaste que le golfe de Gascogne.
"L'horizon maintenant, c'est 2028, pour mettre en place des solutions plus adaptées", a déclaré à l'AFP Julien Lamothe, directeur de l'organisation de pêcheurs FROM Sud-Ouest.
La ministre a également présenté comme une priorité "le renouvellement et la modernisation de la flotte", un "engagement partagé" pour la transition énergétique avec le comité des pêches, a-t-elle souligné.
"C'est pourquoi, sans attendre la révision de la politique commune des pêches" européenne, elle a dit porter actuellement à Bruxelles une "demande de simplification et de facilitation des financements" pour l'acquisition ou la construction d'un navire.
Carte sur le volume de ventes de pêche aux halles à marée en France en 2025 ( AFP / Sherine ELSAYARY )
Elle plaide aussi pour une "adaptation de la jauge sans modifier la pression sur la ressource". Cela rejoint une demande des pêcheurs, qui voudraient voir distinguer le calcul entre espaces à bord dédiés à l'effort de pêche et espaces attribués au confort et à la sécurité des équipages.
La ministre a dit son ambition de voir la France, qui possède le deuxième espace maritime au monde derrière les Etats-Unis, "se renforcer en tant que puissance maritime".
La 16e édition des assises de la pêche, organisée par Ouest-France et Le Marin, se tient dans une région où la lutte a été âpre pour la défense des droits historiques des pêcheurs français dans les eaux britanniques.
"Véritable défi"
Sur toute la façade de la Manche, la question du partage de l'espace est particulièrement aiguë, entre activités de pêche, chantiers éoliens, aires marines protégées, transports, etc.
Les professionnels normands, qui défendent la pêche artisanale, "pas délocalisable", réclament avec force de voir la bande côtière française des 12 milles nautiques interdite aux navires de plus de 25 mètres, qui font la quasi-totalité de leur chiffre d'affaire au-delà des 12 milles.
"La Manche-Est constitue un véritable défi" pour la cohabitation, a reconnu Mme Chabaud, annonçant avoir lancé "une mission de concertation" qui pourrait conduire à l'exclusion des navires de plus de 25 mètres dans cette zone, après une consultation des Etats membres concernés.
Le président du comité régional normand, Dimitri Rogoff, qui a dénoncé un "pillage systématique" de la ressource par de gros armements notamment néerlandais en Manche-Est, a regretté une "non annonce".

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