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PORTRAIT-"Quoi qu'il arrive je ne serai pas morte", Marine Le Pen candidate de l'extrême
information fournie par Reuters 08/07/2026 à 14:02

De "mort politique", il n'est jamais question dans la dynastie Le Pen. A 57 ans, Marine Le Pen tente un pari que n'aurait pas renié son père en faisant fi des règles judiciaires et politiques avec l'espoir de porter l'extrême droite à l'Elysée en 2027.

Rompue à l'adversité tout au long d'une vie entremêlant histoire familiale heurtée et soubresauts d'une carrière politique, la patronne des députés du Rassemblement national refuse d'écrire le mot "Fin".

"Quoi qu'il arrive, je ne serai pas morte. Quoi qu'il arrive, je continuerai à mener le combat pour mes idées", avait-elle lancé le 2 juillet sur LCI en manière de défi.

Les termes du combat sont inédits dans l'Histoire politique française. nL8N43A11F

"La politique est une passion, c'est le centre de ma vie", résumait-elle auprès de Reuters.

"A sept ans, elle est tombée dans la marmite comme Obélix", rappelait son père, Jean-Marie Le Pen, en évoquant l'attentat à l'explosif qui avait visé en 1976 l'appartement familial du 15e arrondissement de Paris où il se trouvait avec sa femme et ses trois filles, Marie-Caroline, Yann et Marine la benjamine.

Adhérente dès 1986 au Front national cofondé par son père, Marine Le Pen se présente pour la première fois à une élection en 1993 aux législatives à Paris. Sans succès, avec seulement 11,1% des voix face au sortant Bernard Pons. Sur son premier tract de campagne, on peut lire : "Avec Marine Le Pen, le courage de dire, la volonté d'agir."

Elle est finalement élue en 1998 conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais, le fief où elle forgera son parcours, succès comme échecs.

Avocate de formation, elle dirige le service juridique du Front national (1998-2003), puis entre au bureau politique du parti.

En 2002, alors présidente de l’association Générations Le Pen, elle vit son premier baptême du feu présidentiel en participant activement à la campagne de son père, qui se qualifie contre toute attente pour le second tour du scrutin face au président sortant Jacques Chirac. Sa percée médiatique remonte à cette "divine surprise".

Lors des élections législatives qui suivent, elle s'incline au second tour avec 32,3% des voix dans la 13e circonscription du Pas-de-Calais.

Nommée vice-présidente du FN en avril 2003, elle convainc son père de poursuivre ses efforts pour bonifier son image et élargir son audience.

"CHARISME"

Députée européenne à partir de 2004, elle est la directrice stratégique de la campagne présidentielle de 2007, un échec doublé d'une profonde crise au sein du parti toujours sous la férule de son père.

Elle est la seule candidate du FN à franchir le seuil du second tour lors des élections législatives à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), qu'elle perd face à un front républicain.

En 2008, Marine Le Pen affiche ses ambitions, annonçant que Jean-Marie Le Pen passera la main fin 2010 et qu'elle briguera non seulement sa succession, mais la candidature à la présidentielle.

Le président du FN invoque alors le "désir de rajeunissement" exprimé par les sympathisants du FN. "Marine n'est pas populaire que sur son nom, il y a sa personnalité, son

charisme", dit-il.

Son ascension au sein du parti face à une vieille garde méfiante, avec l'appui de son père, est mal vécue en interne où divisions et défections s'enchaînent. Elle emporte la présidence du parti en janvier 2011 face à Bruno Gollnisch avec 67,65% des voix.

"The right woman in the right place", aimait à répéter Jean-Marie Le Pen, qui l'avait adoubée.

Après avoir pris le contrôle du Front national, elle est apparue comme la dépositaire légitime de la "marque Le Pen" même si elle estimait avoir conquis seule ses galons sur le terrain électoral.

Dès lors, Marine Le Pen n'aura de cesse de "dédiaboliser" un parti incarné durant trois décennies par son père, qui aura toujours laissé dans son sillage une odeur de soufre.

2012, 2017, 2022, autant de dates-clés de l'ascension d'une extrême droite "respectabilisée" par Marine Le Pen.

"DES SOMMETS"

C'est en 2012, à 43 ans, qu'elle sort de l'ombre paternelle en se présentant à la présidentielle. Elle relève un double défi : faire mieux que Jean-Marie Le Pen à l'élection présidentielle (elle obtient 17,90% des voix contre 16,86% en 2002) et transformer le Front national en parti populaire de gouvernement. Elle se classe troisième mais met définitivement le FN en orbite.

Un FN qu'elle veut "banaliser", "crédibiliser" face à des traditionalistes qui goûtent peu ses positions tolérantes sur l'homosexualité et sur l'avortement.

L'héritière marque sans relâche sa différence avec son père, même si celui-ci lui a légué, outre sa blondeur, son aplomb et l'art de tenir un auditoire en haleine.

Divorcée et mère, elle assouplit certaines propositions du parti d'extrême droite et évite soigneusement toute accusation de racisme ou d'antisémitisme, allant jusqu'à s'opposer à son père sur l'affaire du "détail." Pour elle, les chambres à gaz ne

sont pas un détail de l'Histoire.

Le divorce politique est acté entre le père et sa fille le 20 août 2015 : Marine Le Pen exclut Jean-Marie Le Pen du FN.

Portée par des sondages flatteurs et une dynamique renforcée dont témoignent les élections régionales de 2015, elle accède pour la première fois au second tour (21,30%) d'une élection présidentielle en 2017 face à Emmanuel Macron. Un score historique mais qui ne suffit pas à donner corps à la percée qu'elle espérait quinze ans après son père. Elle est largement battue.

Son débat raté de l'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron laisse des traces. Brouillonne, confuse, plongée dans les dossiers, agressive, elle subit un KO en direct.

Affirmant avoir appris de ses erreurs, Marine Le Pen poursuit sa mue et celle de son parti.

Elle oeuvre à lisser son image, se proclame "ni de droite ni de gauche", place l'économie en tête de son programme, proposant une sortie de l'euro et un retour au franc. Mais les fondamentaux idéologiques que sont la lutte contre l'insécurité et l'immigration demeurent.

Le Front national devient le Rassemblement national en 2018. Elle en confie les rênes en 2021 à son dauphin, Jordan Bardella.

Après avoir fait la démonstration de sa capacité à mordre sur l'électorat de gauche, elle sème la discorde à droite où une partie de la base s'offusque du cordon sanitaire déployé autour du FN.

Marine Le Pen veut devenir la première femme présidente. Elle juge que l'élection présidentielle de 2022 sera décisive.

Le soir du second tour, le 24 avril 2022, elle proclame attendre "une éclatante victoire" malgré la défaite. Son score est de fait historique : 41,45% des voix. "Les idées que nous représentons arrivent à des sommets."

C'est un troisième essai raté. Qu'adviendra-t-il du quatrième?

A Liévin (Pas-de-Calais), samedi dernier, résonnait l'une de ses chansons préférées : "Mourir sur scène" de Dalida.

(Sophie Louet avec le bureau de Paris, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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