Enfant, en Seine-Saint-Denis, Jordan Bardella rêvait d'être Superman ou James Bond. A 30 ans, le président du Rassemblement national (RN) se voit propulsé dans un "ticket" tout aussi périlleux qu'inédit avec Marine Le Pen pour la présidentielle de 2027.
Un adoubement par défaut mûri par Marine Le Pen, qui le cantonne de nouveau aux seconds rôles malgré une candidature élyséenne - la quatrième - tout sauf acquise. Remisé le "plan B" comme Bardella, Marine Le Pen reste maîtresse du jeu malgré ses assurances d'une campagne "d'égal à égal" avec son dauphin.
Celui qui se dit "du côté des super-héros" et "de l'ordre" aura de fait gravi les échelons sous la tutelle bienveillante mais vigilante de la famille Le Pen.
En 2012, Jordan Bardella, né dans une famille d'origine italienne à Drancy (Seine-Saint-Denis), prend sa carte à 17 ans au Front national "pour Marine Le Pen".
D'une ambition discrète, il a rapidement gagné ses galons au point de cumuler une place au bureau national, la direction de Génération nation (ex-Front national de la jeunesse) et un siège au conseil régional d'Île-de-France (2015), quitte à abandonner en cours de route ses études de géographie.
Au parti, on vante alors en public les qualités du jeune élu, en insistant tant sur sa clarté d'expression que sur ses origines sociales supposément modestes (son père était patron d'une PME et sa mère ATSEM).
OMBRE ET LUMIÈRE
"Parfait exemple" de la méritocratie, pour le maire de Fréjus David Rachline. "Charpenté idéologiquement" et capable de "tenir la route dans les débats", selon l'ex-ministre de droite Thierry Mariani, rallié au parti d'extrême droite.
Le jeune homme "plein de talent", selon Marine Le Pen, toujours costumé et rasé de près, arpente les plateaux de télévision où il sert un discours en tout point conforme à la ligne "mariniste".
Signe de sa plasticité, Jordan Bardella défend la sortie de l'Union européenne et de la monnaie unique quand c'était la doxa du FN - soit jusqu'en 2017 - avant de plaider pour une évolution plus en douceur des institutions européennes.
"Il n'a pas assez de poids politique pour faire d'ombre à Marine Le Pen", estime alors à l'époque un responsable du parti.
Soucieuse de faire émerger une nouvelle génération de cadres dans son entreprise de normalisation du parti, Marine Le Pen le nomme deuxième-vice président du Rassemblement national en 2019, puis premier vice-président en 2021.
Elle le choisit comme tête de liste aux élections européennes de 2019, une ascension qui ne va pas sans grincements de dents dans les rangs du RN.
"C'est un homme qui est plein de talent et dont je pense que la candidature n'est pas du tout folklorique, ni anecdotique", justifie alors Marine Le Pen dans une interview à Valeurs actuelles.
Jordan Bardella devient à 23 ans le deuxième plus jeune député européen, un mandat fugace persifle-t-on à Strasbourg tant son absentéisme et la rareté de ses initiatives parlementaires sont notables.
Il conduit la liste RN aux élections régionales de 2021 en Ile-de-France avec des résultats décevants et démissionnera de son mandat en février 2025.
"CAMPAGNE PERMANENTE"
Porté par une notoriété grandissante, Jordan Bardella brique la présidence du RN en 2022 face à Louis Aliot et l'emporte avec près de 85% des voix. Rien ne l'arrête, il est tête de liste du RN aux élections européennes de 2024. C'est un plébiscite, il devient président du groupe "Patriotes pour l'Europe" au Parlement européen.
Le "plan B" dessine sa route.
Lors des élections législatives anticipées de 2024, consécutives à la dissolution de l'Assemblée nationale, il se voit en Premier ministre d'une hypothétique cohabitation.
Dans "Ce que je cherche", un premier ouvrage autobiographique paru en novembre de la même année, Jordan Bardella raconte son parcours. C'est un succès de librairie qui lui permet de mener une "campagne permanente", selon ses mots, au fil de dédicaces à travers la France.
Dans son livre, il cite De Gaulle, Napoléon, encense Marine Le Pen, une "rock star", souligne que "l'ambition du RN doit être de réunir les classes populaires et la bourgeoisie conservatrice".
Jordan Bardella prend de plus en plus la lumière et paraît s'affranchir du "marinisme". Trop au goût de certains cadres du parti. Son positionnement et ses éclats médiatiques dans la rubrique "people", comme sa présence controversée au Grand Prix de Formule 1 de Monaco, aux côtés de sa compagne Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, interroge au point de susciter des tensions internes.
Fustigé par l'opposition pour son manque d'expérience, soucieux de s'attirer les bonnes grâces du monde des affaires, l'eurodéputé prône une ligne plus libérale que celle de Marine Le Pen et reste vague sur son soutien à l'idée d'abaisser à 62 ans l'âge légal de départ à la retraite.
"Le bardellisme ne peut pas exister parce que c'est du marinisme", déclarait récemment le député RN Jean-Philippe Tanguy, un proche de Marine Le Pen, sur BFMTV.
Une "petite phrase" qui a tout d'un avertissement.
(Sophie Louet avec le bureau de Paris, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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