par Samia Nakhoul et Stephen Farrell
Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas tué en Iran, était le visage de la diplomatie instransigeante du groupe palestinien en marge du conflit dans la bande de Gaza, où trois de ses fils ont été tués dans une frappe aérienne israélienne.
Nombre de diplomates le considéraient comme un modéré, en dépit de sa rhétorique, par rapport à d'autres membres plus radicaux du Hamas.
Ismaïl Haniyeh était depuis le printemps 2017 le plus haut représentant du Hamas: le chef de son bureau politique, basé au Qatar, d'où il peut se déplacement librement, principalement entre la Turquie et la capitale qatarie Doha, échappant au blocus israélien imposé de longue date à la bande de Gaza.
"Tous les accords de normalisation que vous avez signés (avec Israël) ne mettront pas fin à ce conflit", avait-il déclaré à l'adresse des pays arabes, sur la chaîne de télévision Al Jazeera peu après l'attaque du Hamas le 7 octobre.
Plus de 35.000 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza depuis le début du siège total décrété en réponse par Israël, selon les autorités sanitaires locales.
SES FILS TUÉS DANS UNE FRAPPE AÉRIENNE
Trois des fils d'Ismaïl Haniyeh ont été tués le 10 avril dans une frappe aérienne israélienne contre le véhicule dans lequel ils se trouvaient, a déclaré le Hamas, ajoutant que quatre de ses petits-enfants avaient également été tués dans l'attaque.
Ismaïl Haniyeh niait les accusations israéliennes selon lesquelles ses fils seraient des combattants du Hamas et avait déclaré que "les intérêts du peuple palestiniens sont au-dessus de tout" lorsqu'on lui avait demandé si leur mort affecterait les négociations visant à parvenir à un cessez-le-feu dans la bande de Gaza.
Si la rhétorique d'Ismaïl Haniyeh est sans concession en public, des diplomates arabes et des représentants dans la région le considèrent comme quelqu'un de relativement pragmatique, en comparaison de voix plus radicales dans la bande de Gaza où la branche armée du Hamas, les brigades Al Qassam, a planifié l'attaque du 7 octobre dans le sud d'Israël.
Tout en déclarant publiquement que l'armée israélienne serait "ensevelie dans les sables de Gaza", Ismaïl Haniyeh et son prédécesseur à la tête du bureau politique du Hamas, Khaled Mechal, ont multiplié les déplacements dans la région pour les négociations sur un cessez-le-feu avec Israël.
L'Etat hébreu considère l'ensemble des dirigeants du Hamas comme des terroristes, accusant Ismaïl Haniyeh, Khaled Mechal et d'autres de continuellement "tirer les ficelles" des activités terroristes du groupe palestinien.
Un flou demeure toutefois sur l'étendue de ce qu'Ismaïl Haniyeh savait de l'attaque du Hamas avant le 7 octobre. Le projet, préparé à Gaza par le conseil militaire du Hamas et son cerveau Mohammed Deif, était un secret tellement protégé que certains représentants du Hamas ont semblé choqués par le déclenchement de l'attaque et son ampleur.
Musulman sunnite, Ismaïl Haniyeh a cependant joué un rôle majeur dans le développement des capacités de combat du Hamas, en entretenant notamment les liens avec l'Iran chiite, alors que Téhéran apporte publiquement de longue date un soutien moral et matériel au Hamas tout en réfutant toute participation à l'attaque du 7 octobre.
Au cours de la décennie durant laquelle Ismaïl Haniyeh fut le plus haut représentant du Hamas dans la bande de Gaza, Israël a accusé les dirigeants du groupe palestinien de contribuer au détournement de l'aide humanitaire arrivant dans l'enclave, au profit des brigades Al Qassam. Le Hamas a rejeté ces accusations.
"IL MÈNE LA BATAILLE POLITIQUE"
Quand Ismaïl Haniyeh a quitté Gaza en 2017, sa relève a été assurée par Yahya Sinwar, un jusqu'au-boutiste ayant été détenu pendant plus de deux décennies dans des prisons israéliennes jusqu'à sa libération en 2011 dans le cadre d'un échange de prisonniers.
"Haniyeh mène la bataille politique du Hamas avec les gouvernements arabes", a déclaré Adeeb Ziadeh, spécialiste des questions palestiniennes à l'université du Qatar, indiquant qu'Ismaïl Haniyeh avait des liens étroits avec des personnalités plus extrémistes du Hamas ainsi qu'avec sa branche armée.
"Il constitue le front politique et diplomatique du Hamas", a-t-il ajouté.
Ismaïl Haniyeh et Khaled Mechal avaient rencontré des représentants en Egypte, qui sert aussi de médiateur dans les négociations entre Israël et le Hamas.
D'après la presse officielle iranienne, Ismaïl Haniyeh s'était aussi rendu début novembre à Téhéran pour s'entretenir avec le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.
Trois représentants de haut rang avaient déclaré à Reuters qu'à cette occasion Ali Khamenei avait informé Ismaïl Haniyeh que l'Iran n'entrerait pas en guerre, faute d'avoir été prévenu en amont de l'attaque du 7 octobre. Le Hamas n'avait alors pas répondu à des demandes de commentaires, puis a nié les éléments rapportés par Reuters une fois publiés.
Etudiant militant à l'université islamique de la ville de Gaza durant sa jeunesse, Ismaïl Haniyeh a rejoint le Hamas dès sa création, en 1987, lors de la première Intifada (soulèvement). Il fut arrêté et brièvement exilé.
Devenu un protégé du fondateur du Hamas, Cheikh Ahmed Yassine, qui était un réfugié du village d'Al Joura, près d'Ashkelon, comme la famille Haniyeh, il avait dit à Reuters en 1994 que Yassine était un modèle pour les jeunes palestiniens.
Il est devenu par la suite, en 2003, un proche conseiller de Cheikh Ahmed Yassine, une photo le montrant tenir un téléphone à l'oreille du fondateur du Hamas, alors presque complètement paralysé, afin que celui-ci puisse prendre part à une conversation. Yassine a été assassiné par Israël en 2004.
Ismaïl Haniyeh était un partisan de longue date de l'entrée du Hamas en politique, déclarant en 1994 que former un parti politique permettrait au Hamas "de gérer les développements émergents".
D'abord rejetée par les dirigeants du Hamas, cette idée a finalement été approuvée. Quand le Hamas a remporté les élections législatives à Gaza en 2006, soit un an après le retrait de l'armée israélienne de l'enclave, Ismaïl Haniyeh est devenu le Premier ministre palestinien. Le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007.
En 2012, lorsque des journalistes de Reuters lui avaient demandé si le Hamas avait abandonné la lutte armée, Ismaïl Haniyeh avait répondu: "Bien sûr que non". Il avait ajouté que la résistance allait continuer "sous toutes ses formes - résistance populaire, politique, diplomatique et militaire".
(Avec Nidal al-Mughrabi; version française Jean Terzian et Camille Raynaud)

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