L'ayatollah et Guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, qui s'efforçait depuis près de quatre décennies de faire de l'Iran chiite une puissance régionale rivalisant avec les Etats sunnites du Golfe tout en entretenant une rivalité avec les Etats-Unis d'Amérique et en réprimant toute tentative de réforme, est mort samedi à l'âge de 86 ans.
Les médias officiels iraniens ont déclaré qu'il avait été tué dans les frappes aériennes menées par Israël et les Etats-Unis qui ont détruit sa résidence dans le centre de Téhéran.
S'il n'était pas favori à la succession du fondateur de la République islamique d'Iran, l'ayatollah Rouhollah Khomeini, Ali Khamenei s'était progressivement imposé en Iran jusqu'à en devenir le dirigeant incontesté.
Dans l'ombre de son mentor, Khomeini, Ali Khamenei a su mettre en place un appareil de sécurité serré pour étendre son pouvoir en Iran.
L'ayatollah, qui a vu défiler sans broncher les présidents iraniens et promu le programme nucléaire du pays, a toujours critiqué Washington.
Alors que l'Iran était en proie à un mouvement de contestation populaire et que le président américain Donald Trump menaçait d'une intervention, Ali Khamenei avait juré au mois de janvier que le pays ne "céderait pas à l'ennemi".
LES COMPROMIS L'ONT MAINTENU AU POUVOIR
Ali Khamenei était en place depuis 1989 et détenait l'autorité suprême sur toutes les branches du gouvernement, sur l'armée et sur le pouvoir judiciaire.
Si les élus gèrent les affaires courantes, aucune politique d'envergure - en particulier celle qui concerne les Etats-Unis - n'était mise en oeuvre sans son approbation explicite.
Profondément hostile à l'Occident, en particulier aux Etats-Unis, il s'est toutefois plusieurs fois montré prêt à négocier lorsque la survie de la République islamique était en jeu.
Son concept de "flexibilité héroïque", qu'il avait évoqué pour la première fois en 2013, lui permettait de faire des compromis pour faire préserver ses objectifs, à l'image de la décision de Rouhollah Khomeini en 1988 d'accepter un cessez-le-feu après huit années de guerre avec l'Irak.
Ainsi, en 2015, il avait donné son approbation pour la conclusion d'un accord entre l'Iran et six puissances mondiales pour restreindre le programme nucléaire de Téhéran en échange d'un allègement des sanctions imposées au pays. Cette décision, grâce à laquelle Ali Khamenei espérait stabiliser l'économie iranienne, lui a permis de consolider sa mainmise sur le pouvoir.
L'ayatollah a été confronté au même dilemme en mars, alors que Donald Trump a révélé vouloir discuter d'un nouveau pacte nucléaire avec l'Iran.
Le président américain avait mis en garde l'Iran à de nombreuses reprises contre une action militaire si des pourparlers visant à freiner les ambitions nucléaires de Téhéran n'aboutissaient pas.
Téhéran affirme que son programme nucléaire est purement pacifique et civil, mais l'Occident soupçonne un développement clandestin d'armes et Israël y voit une menace existentielle.
Le retrait en 2018 des Etats-Unis du pacte de 2015, décidé par Donald Trump, a conduit Téhéran, de nouveau visé par les sanctions américaines, à s'affranchir progressivement des restrictions convenues concernant son programme nucléaire.
"L'hostilité des Etats-Unis et d'Israël a toujours existé. Ils menacent de nous attaquer, ce qui nous semble peu probable, mais s'ils commettent le moindre méfait, ils recevront à coup sûr une forte riposte", avait alors déclaré Ali Khamenei.
"Et s'ils ont l'intention de semer la sédition à l'intérieur du pays comme par le passé, le peuple iranien lui-même s'en chargera".
En tant qu'autorité suprême dans le système complexe du clergé chiite et de la démocratie limitée en Iran, Ali Khamenei cherchait depuis longtemps à s'assurer qu'aucun groupe, même parmi ses alliés les plus proches, n'a suffisamment de pouvoir pour le défier et contester sa position anti-américaine.
UNE STRUCTURE DE SÉCURITÉ LOYALE
N'ayant pas les références religieuses de Rouhollah Khomeini, Ali Khamenei s'est à plusieurs reprises tourné vers sa structure de sécurité, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le Bassidj, une force paramilitaire et religieuse composée de centaines de milliers de volontaires, pour étouffer toute dissidence.
Son pouvoir devait beaucoup à l'empire économique qu'il contrôlait, une organisation connue sous le nom de Setad, d'une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars, et qui s'est considérablement développé pendant son règne.
Des milliards de dollars ont ainsi été investis dans le Corps des gardiens de la révolution islamique, afin de renforcer les milices chiites en Irak, au Liban et au Yémen et pour soutenir Bachar al Assad en Syrie.
C'est aussi le Corps des Gardiens de la révolution islamique qui a écrasé les manifestations qui ont éclaté après la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence en 2009, sur fond d'allégations de fraude électorale.
En 2022, Ali Khamenei s'est montré tout aussi impitoyable en réprimant les manifestations de protestation après la mort en détention d'une Iranienne kurde, Mahsa Amini.
La République islamique a encore réprimé dans le sang en janvier un mouvement de contestation d'une ampleur inédite depuis la révolution de 1979.
Les spécialistes hors d'Iran décrivaient Ali Khamenei comme un idéologue paranoïaque craignant d'être trahi, une angoisse alimentée par une tentative d'assassinat en juin 1981 qui l'a laissé avec un bras droit paralysé.
Selon sa biographie officielle, Ali Khamenei a lui-même subi de graves tortures en 1963, avant la révolution iranienne, alors qu'il purgeait la première de ses nombreuses peines de prison pour activités politiques sous le règne du Chah.
Après la révolution islamique de 1979, en tant que vice-ministre de la Défense, Ali Khamenei s'est fortement rapproché des Gardiens de la révolution.
Président de l'Iran de 1981 à 1989 avec le soutien de Rouhollah Khomeini, il est ensuite choisi comme successeur au poste de guide suprême, à la surprise générale.
Selon Karim Sadjadpour, du cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace, son élection au poste de guide suprême relève d'un "accident de l'histoire" qui a transformé un "président fragile en un dirigeant suprême initialement faible en l'un des cinq Iraniens les plus puissants de ces 100 dernières années".
Ce n'est qu'au cours des 18 derniers mois que l'"axe de la résistance", alliance politique et militaire créée par Ali Khamenei pour s'opposer à la puissance israélienne et américaine au Moyen-Orient, a commencé à s'effilocher.
(Rédigé par Parisa Hafezi; version française Camille Raynaud)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer