Manifestation contre la loi Duplomb, le 7 février 2026 à Brest, dans le Finistère ( AFP / Fred TANNEAU )
Six mois après avoir recueilli plus de deux millions de signatures, la pétition contre la loi Duplomb a été discutée mercredi à l'Assemblée lors d'un débat inédit, mais sans vote, qui n'a pas permis de réconcilier deux camps frontalement opposés sur la question de la réintroduction d'un pesticide interdit.
Aucune pétition n'avait été débattue dans l'hémicycle jusqu'ici dans l'histoire de la Ve République. La présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a salué à l'ouverture des discussions "un trait d'union" entre "la société civile et la représentation nationale".
Le débat, qui s'est déroulé dans un climat parfois tendu malgré un hémicycle peu rempli, ne pouvait toutefois pas aboutir à une modification du texte.
La loi du sénateur Laurent Duplomb, adoptée au Parlement début juillet avec le soutien des macronistes, de LR et l'extrême droite, facilite le stockage de l'eau ou l'agrandissement de bâtiments d'élevage.
Mais une autre mesure avait concentré l'indignation: la réintroduction sous conditions de l'acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, nocif pour les abeilles et interdit en France mais autorisé ailleurs en Europe.
Une pétition déposée par une étudiante sur le site du Palais Bourbon, réclamant l'abrogation du texte, avait réuni plus de 2,1 millions de signatures, ouvrant la voie à ce débat. Elle dénonçait "une aberration scientifique, éthique, environnementale et sanitaire".
Peu après, le Conseil constitutionnel avait finalement censuré la disposition sur l'acétamipride, "faute d'encadrement suffisant".
- Nouvelle pétition -
La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a défendu mercredi dans l'hémicycle une loi contribuant "à la souveraineté alimentaire".
Elle a dit ne pas être "surprise" que ce débat n'ait "pas permis de réduire, ni d'éclairer, ni de résoudre" les divergences politiques exprimées, accusant "l'extrême gauche" de n'avoir "que le mot interdiction à la bouche".
Les débats ont notamment tourné autour de la nouvelle proposition de loi déposée la semaine dernière par le sénateur Duplomb, visant à réintroduire l'acétamipride en tenant compte des remarques du Conseil constitutionnel.
Une pétition contre ce deuxième texte a été lancée, avec déjà plus de 140.000 signataires mercredi soir.
Un "Pesti' Bar" installé à proximité de l'Assemblée nationale lors d'un rassemblement de défenseurs de l'environnement à l'occasion du débat sur la loi Duplomb, le 11 février 2026 ( AFP / Guillaume BAPTISTE )
Le gouvernement a entretenu le flou mercredi sur son soutien à ce nouveau texte, disant vouloir attendre l'avis du Conseil d'Etat. Mais il a confirmé qu'il ne serait pas intégré dans la "loi d'urgence" agricole en préparation.
"Il faut aussi entendre l'inquiétude de ces Français", a expliqué la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur France 2.
La FNSEA, premier syndicat agricole qui soutient les textes de M. Duplomb, s'est insurgée contre le manque de "cohérence" du gouvernement à quelques jours du Salon de l'agriculture et après un troisième hiver de colère agricole.
"Si le gouvernement renonce à soutenir un texte voté par les députés au seul motif d'une pétition, c'est un très mauvais signal envoyé au monde agricole", a déclaré son président Arnaud Rousseau, demandant au Premier ministre de tenir les engagements pris en janvier "contre la surtransposition" européenne.
- "Choix mortifère" -
La députée insoumise Aurélie Trouvé s'est félicitée de ce débat provoqué par "la plus grande" pétition "de l'histoire parlementaire".
"La quasi totalité du monde scientifique et médical s'oppose à la loi Duplomb", a-t-elle martelé.
Face à elle, la députée Renaissance Sandra Marsaud a déploré un débat public et scientifique "confisqué par la caricature et la peur". Le député LR Julien Dive a lu certaines des menaces qu'il a reçues "par milliers", résumant selon lui "la folie haineuse dans laquelle le débat a sombré l'été dernier".
"Le recours à l'acétamipride, ce n'est pas un luxe, c'est une nécessité. Il s'agit de rétablir une concurrence équitable avec nos voisins européens qui autorisent tous cette molécule", a fait valoir la députée RN Hélène Laporte.
Le député socialiste Dominique Potier a lui déploré un "choix mortifère" entre le camp "de ceux qui affament ou celui de ceux qui empoisonnent", et défendu une voie de "réconciliation". Qui est restée peu visible dans l'hémicycle.
Aux abords de l'Assemblée, quelques centaines d'opposants à ces textes s'étaient rassemblés avant le débat, dont Greenpeace ou la Confédération paysanne (troisième syndicat agricole). Un "pesti bar" servant des verres de liquide jaune y était installé et Fleur Breteau, fondatrice du collectif "Cancer Colère", était présente.
Certains des manifestants ont assisté en tribune au débat, dont la portée limitée a aussi été critiquée.
La présidente de l'Assemblée a indiqué vouloir tirer "un retour d'expérience" de ce premier débat après une pétition, incitant les députés à lui soumettre des idées pour éventuellement "organiser la discussion différemment".

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