Boutiques fermées et rue désertée à Kampala, la capitale de l'Ouganda, dont les habitants inquiets restent chez eux après les élections présidentielle et législatives de la veille, le 16 janvier 2026 ( AFP / Badru Katumba )
Au moins 10 personnes sont mortes lors d'élections entachées de violences en Ouganda, a déclaré l'opposition vendredi, tandis que le président Yoweri Museveni semble en passe de prolonger ses quatre décennies au pouvoir à l'issue d'un scrutin marqué par une répression généralisée et la coupure d'internet.
De nombreux observateurs voient dans la présidentielle de jeudi - des législatives ont été organisées simultanément - une formalité pour l'ex-guérillero âgé de 81 ans, qui vise un septième mandat consécutif en s'appuyant sur un contrôle total de l'appareil électoral et sécuritaire.
Des hauts responsables de la Commission électorale ougandaise se tiennent debout lors de l'annonce des résultats partiels de l'élection présidentielle ougandaise de 2026, alors que le dépouillement des votes se poursuit au Centre national de comptage à Kampala, le 16 janvier 2026. ( AFP / Luis TATO )
Après le dépouillement des urnes dans près de 60% des bureaux de vote du pays, M. Museveni est crédité de 75,38% des suffrages, contre 20,71% pour son principal adversaire Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, selon les derniers chiffres communiqués vendredi après-midi par la commission électorale.
Les résultats sont attendus d'ici samedi 16H00 (13H00 GMT).
Bobi Wine s'est imposé ces dernières années comme le principal rival de M. Museveni. Il se surnomme le "président du ghetto", en référence aux quartiers défavorisés de Kampala où il a grandi.
L'ex-chanteur de raggamuffin de 43 ans, qui a connu détention et torture lors des précédentes élections en 2021, a été assigné à résidence jeudi soir, a dénoncé la Plateforme d'unité nationale (NUP), son parti.
L'opposant Bobi Wine (c), candidat du Parti de l'unité nationale (NUP) à l'élection présidentielle, et son épouse Barbara Kyagulanyi (d) arrivent à Kampala pour voter lors des élections générales, le 15 janvier 2026 ( AFP / Rian COPE )
"Ce n’est pas de la force. Ils agissent ainsi par peur des personnes qu’ils ont offensées en commettant tant d’atrocités à leur encontre", a critiqué Bobi Wine vendredi sur X, se disant toujours assiégé par les forces de sécurité.
Le porte-parole de la police ougandaise Kituuma Rusoke a assuré que l'opposant "n'est pas assigné à résidence" et que des policiers assurent "simplement sa sécurité", selon la chaîne privée NBS.
Des journalistes de l'AFP se sont rendus vendredi près de la maison de Bobi Wine, calme en apparence, où ils ont constaté la présence d'un véhicule de la police et de quelques policiers.
Avant les élections, les autorités ont coupé internet, qui n'était pas rétabli vendredi.
- "Mare de sang" -
Des officiers militaires ougandais patrouillent à moto dans les rues de Kampala, le 15 janvier 2026 ( AFP / Badru Katumba )
Un député de la NUP, Muwanga Kivumbi, a affirmé à l'AFP que des partisans avaient été tués à l'intérieur de son domicile par l'armée dans la nuit de jeudi à vendredi.
"10 personnes ont été tuées à l'intérieur de ma maison", s'est lamenté, la voix faible, ce cadre de la NUP dans le district de Butambala (centre), fief de Bobi Wine.
Des policiers interpellent un électeur au sol près d'un bureau de vote à Kampala le 15 janvier 2026, pendant les élections ( AFP / BADRU KATUMBA )
"Après les avoir tués, l'armée a continué de tirer. Puis ils ont enlevé toutes les preuves de leur mort. Il ne reste plus qu'une mare de sang", a-t-il décrit, interrogé par téléphone par le bureau de l'AFP à Nairobi.
Le secrétaire général de la NUP, Lewis Rubongoya, a dénoncé à l'AFP l'"exécution d'innocents". Selon lui, l'incident a fait "plus de 20 morts" et "plus de 50 blessés".
Un policier décharge d'un camion des urnes destinés à un bureau de vote devant une affiche électorale du président sortant Yoweri Museveni, candidat du Mouvement de résistance nationale (NRM) à la présidentielle, le 15 janvier 2026 à Kampala, en Ouganda ( AFP / Luis TATO )
Évoquant le même incident, un cadre des forces de sécurité ougandaises a affirmé de son côté à l'AFP que sept personnes avaient été tuées dans la zone de Butambala pour "avoir attaqué" le centre local de dépouillement des votes.
La porte-parole de la police de la zone, Rydia Tumushabe, a de son côté fait état de 25 arrestations de "bandits" de la NUP qui "prévoyaient de brûler" un centre de dépouillement et un poste de police, et qui avaient bloqué une route et "attaqué" des véhicules.
Un nombre encore indéterminé d'entre eux a été "mis hors d'état de nuire", a-t-elle ajouté.
- "Traumatisée" -
Des électeurs se plaignent auprès de représentants de la Commission électorale des retards dans le début du vote lors des élections générales, le 15 janvier 2026 à Kampala, en Ouganda ( AFP / Luis TATO )
Selon la femme du député Kivumbi, Zahara Nampewo, plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées devant son domicile pour protester contre une manipulation du vote dans sa circonscription quand l'armée est venue les disperser.
Alors que de nombreuses personnes présentes se sont enfuies vers des plantations environnantes, les soldats "ont tiré à travers la porte de notre garage et ont tué 10 jeunes, 10 jeunes hommes, des agents de campagne qui étaient venus nous aider", a déclaré cette professeure de droit.
Le vote se déroule dans un climat "marqué par une répression et une intimidation généralisées", a pointé l'ONU.
Au moins 400 partisans de Bobi Wine ont été arrêtés durant sa campagne, selon l'ONG Amnesty international. L'opposant a pris l'habitude de porter un gilet pare-balles. Il a accusé sur X le gouvernement de "bourrage massif des urnes" et appelé la population à manifester en cas de fraude.
Le président de la Commission électorale ougandaise, le juge Simon Mugenyi Byabakama (D), marche avec d’autres commissaires de haut rang après l’annonce des résultats partiels de l’élection présidentielle ougandaise, à Kampala le 16 janvier 2026 ( AFP / Luis TATO )
L'autre grand chef de l'opposition, Kizza Besigye, qui s'est présenté à quatre reprises contre M. Museveni, a été enlevé en 2024 au Kenya pour être ramené en Ouganda, où il reste détenu pour des accusations de trahison.

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