"Il faut se préparer, il faut anticiper", tranche une spécialiste, selon qui "la période de paix sur le territoire européen est révolue".
( AFP / PHILIPPE HUGUEN )
Soigner les victimes et les combattants, gérer les actes de sabotages, les incendies multiples... Quel sera le rôle des 250.000 pompiers français si le pays se retrouvait engagé dans un conflit armé ? La profession partage un constat : en cas de guerre, les pompiers seraient largement démunis, faute notamment d'entraînements spécifiques.
"Le retour de la guerre sur le continent européen oblige à réinterroger la protection des populations", estime la Fédération des sapeurs-pompiers (FNSPF), qui a consacré vendredi 2 octobre une partie de son congrès annuel à ce sujet. La France compte quelque 250.000 pompiers, dont plus de 200.000 volontaires, environ 44.300 professionnels et 13.370 militaires, à Paris et Marseille.
"Besoin d'un cap"
"Non, on n'est pas prêt, parce qu'il n'y a pas de coordination nationale. Il n'y a pas de réflexion sur ce que pourrait être le rôle des pompiers départementaux, alors qu'ils pourraient être des acteurs pivots de la survie du territoire" , regrette Marc Vermeulen, vice-président de la Fédération et directeur des sapeurs-pompiers de Gironde. Fondamentalement, les missions des pompiers resteraient les mêmes, dit-il, mais avec un "changement de dimension".
"Il faudrait être en capacité de prendre en charge des victimes, peut-être également des combattants, avec pour mission en base arrière de soigner. Il faudrait casser un certain nombre de dogmes, nous permettre d'aller plus loin dans les actes d'urgence. Oui, on est capable de le faire, mais il faut repenser le commandement et la gestion , pour intégrer qu'on passe sur de la médecine de guerre", a-t-il ajouté.
"On a besoin d'un cap" , abonde Grégory Allione, député européen et président d'honneur des sapeurs-pompiers.
"On n'aura peut-être pas un État qui nous enverra un missile, mais on peut avoir une multitude de départs de feux, d'attentats, de trains qu'on fait dérailler en simultané, des attaques cyber visant les hôpitaux pour mettre à mal l'accueil des patients aux urgences... les pompiers doivent se préparer !", a-t-il poursuivi.
L'exemple de l'Ukraine
Comme d'autres responsables, Grégory Allione a appelé à multiplier les exercices pour se préparer face à une telle crise, comme le font notamment les États baltes, ou encore à s'inspirer de l'Ukraine, dont les services de secours "ont abandonné les codes qui constituaient une administration en temps de paix" .
La France aussi a mené un vaste exercice interarmées et interministériel baptisé Orion, il y a quelques mois, qui avait mis en lumière notamment les besoins d'une meilleure coordination entre acteurs civils et militaires.
Décision a donc été prise de "redimensionner le dispositif de gestion interministérielle des crises" avec une "nouvelle structure" qui sera rattachée à la direction générale de la Sécurité civile, a expliqué son patron Julien Marion, devant les pompiers. Les forces de sécurité civile, dont les soldats du feu font partie, constituent "la colonne vertébrale" de la gestion de crise , leur a assuré le préfet Marion.
Reste que pour l'heure "nous ne sommes pas prêts", a déploré à son tour Sophie Pantel, coprésidente du groupe d'études sur les pompiers, la sécurité civile et la gestion de crise à l'Assemblée nationale.
"Sans tomber dans la psychose, des actions doivent être menées. Il faut se préparer, il faut anticiper, faire des exercices grandeur nature", a-t-elle réclamé. "Il faut avoir en tête", a-t-elle conclu, "que la période de paix sur le territoire européen est révolue".
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