L'ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, à Nanterre dans les Hauts-de-Seine le 7 avril 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
"On frôle l'outrage, il vaut mieux qu'on s'arrête." Le procès de Patrick Balkany a été suspendu jeudi pendant plusieurs heures au tribunal correctionnel de Nanterre, après un vif emportement de l'ancien maire lors d'une audience électrique consacrée à l'utilisation de policiers municipaux comme chauffeurs personnels.
Au lendemain des réquisitions de 18 mois de prison ferme dans un premier volet pour l'emploi présumé fictif d'un collaborateur, l'ex-maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), âgé de 77 ans, a dû s'expliquer sur un second dossier.
La justice lui reproche d'avoir détourné des fonds publics, entre 2010 et 2015, en affectant trois agents de la police municipale, ainsi qu'un fonctionnaire de la police nationale en disponibilité, à son service exclusif pour des trajets personnels.
L'audience a rapidement pris une tournure houleuse.
Patrick Balkany, à gauche, accompagné à sa droite de son avocat Robin Binsard, au tribunal de Nanterre le 7 avril 2026, dans les Hauts-de-Seine ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
L'avocat de la défense, Me Robin Binsard, a déposé des conclusions de nullité en fustigeant des "dysfonctionnements majeurs". Il a souligné que l'enquête, ouverte en décembre 2012, avait vu se succéder neuf juges d'instruction, dont quatre n'ayant accompli "aucun acte".
Le procureur s'est fermement opposé à sa demande: "Le temps ne fait rien à l'affaire, comme le dit la chanson".
La décision de la présidente, Céline Ballerini, de joindre cet incident au fond a immédiatement provoqué la colère du prévenu.
"Le maire en fonction est responsable de tout, le juge (...) n'est responsable de rien", a explosé Patrick Balkany.
La tension est ensuite encore montée, poussant la magistrate à interrompre les débats. "On frôle l'outrage, il vaut mieux qu'on s'arrête", a-t-elle tranché.
- Coups de hache et châteaux de sable -
A l'origine, l'enquête s'était penchée sur des plaintes dénonçant un "malaise" au sein de la police municipale.
Une lettre anonyme s'interrogeait sur ces détachements de chauffeurs envoyés jusque dans les Caraïbes.
Avant cette interruption, appelé à la barre, l'ex-baron francilien a été interrogé sur la mise à disposition de ces véhicules, un avantage prohibé pour un élu local.
Un chauffeur "m'emmenait à la plage faire des châteaux de sable", a ironisé l'ancien maire.
Se plaignant de la mauvaise sonorisation de la salle, il a également raillé: "Il n'y a pas que dans la police municipale qu'il y a des dysfonctionnements".
Reprenant son sérieux, il a justifié ce système par des impératifs de sécurité.
L'ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, à Nanterre dans les Hauts-de-Seine le 7 avril 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
Il a rappelé avoir créé la police municipale en 1983 à la demande de Charles Pasqua, énumérant les violences subies, dont une attaque "à coup de hache" contre sa permanence le jour de son élection.
Jugeant une protection privée trop onéreuse, Patrick Balkany a expliqué avoir fait appel à des policiers "volontaires" et "sportifs", entraînés "à la défense et au tir", pour faire "des économies à la commune". Brice Hortefeux, alors ministre de l'Intérieur, n'avait selon lui trouvé "rien à redire".
- "Larbin de service" -
Mais la lecture des auditions d'anciens chauffeurs a brossé un tableau très éloigné d'une simple protection. Un policier a raconté lors d'une garde à vue en 2018 avoir perdu huit kilos en un an en raison de conditions de travail rudes.
Contraint de patienter de longues journées dans sa voiture garée sur le trottoir face à la mairie, il devait dormir une semaine sur deux chez les Balkany, au manoir de Giverny (Eure).
Le fonctionnaire a expliqué s'y être senti traité comme un "larbin de service".
Il a relaté la "colère monstre" d'Isabelle Balkany un jour qu'il avait refusé de sortir ses chiens. Il avait fini par demander sa mutation pour fuir "l'étiquette Levallois Balkany".
Un autre agent, resté huit ans au service du maire, a détaillé ses séjours à la Villa Pamplemousse, à Saint-Martin.
S'il a reconnu y avoir été "vraiment en vacances", il véhiculait l'épouse de l'élu au casino dans la partie néerlandaise de l'île antillaise et y croisait les invités du couple, citant les noms d'Eric Zemmour et Eric Naulleau.
"On voit bien l'enfer qu'il vivait...", a balayé le prévenu, sarcastique.
Assurant qu'il considérait ses employés avec bienveillance et qu'ils vivaient "leur vie dans leur piaule", il a mis en avant sa générosité: "Johnny Hallyday m'invitait toujours à ses spectacles, je lui demandais toujours des places pour le chauffeur".
L'audience doit se poursuivre vendredi.

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