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Nouvelle-Calédonie: élections provinciales le 28 juin, sans consensus sur le corps électoral
information fournie par AFP 07/05/2026 à 14:29

Le drapeau de Nouvelle-Calédonie au côté du drapeau français le 24 juillet 2023 à Nouméa ( AFP / Ludovic MARIN )

Le drapeau de Nouvelle-Calédonie au côté du drapeau français le 24 juillet 2023 à Nouméa ( AFP / Ludovic MARIN )

Les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, un scrutin crucial déjà repoussé trois fois, auront lieu le 28 juin avec un corps électoral partiellement ouvert, une proposition du Premier ministre Sébastien Lecornu qui ne satisfait aucune des délégations d'élus de l'archipel.

En Nouvelle-Calédonie, rarement une décision nationale met d'accord indépendantistes et non-indépendantistes. Mais la proposition de Sébastien Lecornu faite mercredi soir (heure de Paris) d'ouvrir partiellement le corps électoral aux prochaines élections provinciales, après plusieurs entretiens avec les délégués des formations politiques calédoniennes, laisse tout le monde circonspect à Nouméa.

Selon les délégations calédoniennes, le Premier ministre a proposé pour ces prochaines élections d'intégrer les "natifs", soit 11.000 personnes nées en Nouvelle-Calédonie mais qui ne remplissent pas les conditions pour voter, ainsi que les conjoints de Calédoniens sans préciser selon quelles modalités.

L'indépendantiste calédonien Emmanuel Tjibaou le 11 février 2026 à l'Assemblée nationale à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

L'indépendantiste calédonien Emmanuel Tjibaou le 11 février 2026 à l'Assemblée nationale à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Actuellement, le corps électoral dans cet archipel du Pacifique sud d'environ 260.000 habitants est gelé à l'année 1998. Pour pouvoir voter il faut donc être arrivé en Nouvelle-Calédonie avant 1998, mais également justifier de 10 ans de résidence à cette date ou avoir un de ses parents remplissant ces conditions.

L'annonce n'a satisfait aucun camp. "Nous sommes favorables à l'ouverture du corps électoral, mais uniquement dans le cadre d'un accord global sur la Nouvelle-Calédonie", pointe l'indépendantiste Emmanuel Tjibaou (Gauche démocrate et républicaine), membre de la délégation du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), tandis que le non-indépendantiste Nicolas Metzdorf (Renaissance) regrette une décision "mi-figue, mi-raisin, difficile à avaler pour nos partisans".

- "Points de sortie" -

Le Premier ministre Sébastien Lecornu le 30 avril 2026 à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Le Premier ministre Sébastien Lecornu le 30 avril 2026 à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Signe de la sensibilité du sujet pour l'exécutif, le Premier ministre a annulé son déplacement à Toulouse prévu jeudi après-midi. "Sébastien Lecornu doit rentrer plus tôt à Paris, dans le prolongement des réunions d'hier portant sur la Nouvelle-Calédonie et des points de sortie de ces réunions", a déclaré Matignon à l'AFP.

En 2024, le gouvernement avait tenté d'élargir, sans consensus local, le droit de vote à tous les résidents français justifiant de 10 ans de résidence sur l'archipel. Les indépendantistes avaient vu une volonté de marginaliser la population kanak dans ce projet qui avait entraîné plusieurs mois de violences, faisant 14 morts et plusieurs milliards d'euros de dégâts.

Depuis, les discussions sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie s'enlisent. Le 2 avril dernier, l'Assemblée nationale a rejeté le projet de loi constitutionnelle mettant en oeuvre l'accord contesté de Bougival, qui prévoyait d'ouvrir le corps électoral et de repousser les élections à fin 2026.

Sans cette réforme, l'Etat est tenu d'organiser avant fin juin ce scrutin déjà repoussé à trois reprises, et initialement prévu en mai 2024.

Le non-indépendantiste Nicolas Metzdorf lors d'une réunion à l'Elysée sur la Nouvelle-Calédonie, le 2 juillet 2025 à Paris ( POOL / Ludovic MARIN )

Le non-indépendantiste Nicolas Metzdorf lors d'une réunion à l'Elysée sur la Nouvelle-Calédonie, le 2 juillet 2025 à Paris ( POOL / Ludovic MARIN )

Le non-indépendantiste Nicolas Metzdorf imagine mal "voter à l'encontre de ce que propose le Premier ministre", estimant que M. Lecornu avait "pesé ce qu'il était possible d'obtenir en fonction des équilibres à l'Assemblée nationale".

Au sein de son camp, des personnalités comme Gil Brial, le premier vice-président de la province Sud, sont vent debout contre l'option avancée par le gouvernement. Sur sa page Facebook, l'élu, influent auprès des comités d'autodéfense qui s'étaient constitués pendant les émeutes de 2024, dénonce une décision "injuste et inacceptable".

Dans le camp indépendantiste, le choix du Premier ministre a également été mal accueilli. Emmanuel Tjibaou, qui déclare que son parti a toujours été "favorable" à l'intégration des natifs, a pointé le manque de confiance avec le gouvernement.

"Qui nous dit qu'en cas d'échec, il ne tentera pas une nouvelle réforme, avec un corps électoral encore plus élargi et ce sans l'accord global que nous réclamons ?", pointe Emmanuel Tjibaou, s'interrogeant par ailleurs sur le nombre de conjoints représentés si les nouvelles règles sont appliquées. Dans un communiqué, le FLNKS a appelé "l'ensemble des électeurs à se mobiliser massivement" dans les urnes.

En tout état de cause, ces propositions devront faire l'objet d'une loi organique qui devra être validée par le parlement. Le positionnement du Parti socialiste et du Rassemblement national sera clé pour emporter la décision. En cas de rejet, le scrutin du 28 juin devra se tenir avec le corps électoral existant.

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