par Saurabh Sharma, Devjyot Ghoshal, Sarita Chaganti Singh et Gopal Sharma
Un groupe WhatsApp réunissant des centaines d'experts aide les secours à rechercher des survivants dans les tunnels de centrales hydroélectriques dévastées par la crue soudaine qui a ravagé la vallée népalaise de la Trishuli il y a plus d'une semaine.
Créé avant la catastrophe du 26 août, le groupe est devenu un outil clé des opérations de recherche et de secours, aux côtés des hélicoptères et des engins de chantier.
Les autorités espèrent que certaines des quelque 900 personnes portées disparues sur six sites hydroélectriques, dont au moins trois encore en construction, ont trouvé refuge dans les tunnels.
Premier signe d'espoir, deux personnes ont été extraites vivantes vendredi d'un tunnel relié à la centrale Upper Trishuli 3A, neuf jours après la catastrophe. L'une d'elles a indiqué que d'autres survivants pourraient encore s'y trouver.
Les recherches restent compliquées, les inondations ayant recouvert la vallée de 2,2 millions de tonnes de boue et de débris, obstruant l'accès à certains tunnels.
ÉCHANGE RAPIDE
"Pouvez-vous m'envoyer les plans de Chilime ?", a écrit samedi un responsable gouvernemental dans le groupe WhatsApp d'ingénieurs alors que les secours fouillaient les décombres de la centrale hydroélectrique de Chilime, dans une vallée himalayenne proche de la frontière chinoise.
Quelques minutes plus tard, un membre du groupe, qui compte plus de 500 utilisateurs et dont Reuters a consulté les échanges, a transmis les plans de la centrale et des tunnels d'accès.
Selon l'Association des producteurs d'électricité indépendants du Népal, au moins huit personnes pourraient être piégées à Chilime. Un responsable de l'Autorité népalaise de l'électricité a par ailleurs indiqué que 46 personnes pourraient se trouver dans la centrale de Rasuwagadhi, plus au sud.
Reuters s'est entretenu avec une douzaine de responsables, ingénieurs, survivants et proches de disparus, qui ont décrit les recherches menées dans les tunnels des centrales dévastées et l'assistance en temps réel fournie par des experts via WhatsApp.
"Les inondations ont transformé le terrain autour des tunnels et en ont modifié la structure, tandis que de la boue, des rochers et d'autres débris se sont accumulés à l'intérieur", a déclaré le porte-parole de l'armée népalaise, Raja Ram Basnet. "Il ne s'agit pas d'une simple obstruction des tunnels."
Près de 1.300 personnes ont péri dans les inondations provoquées par l'effondrement d'un glacier et plus de 5.000 restent portées disparues. Les secours poursuivent leurs recherches à Chilime et sur cinq autres sites hydroélectriques de la vallée, les inondations ayant détruit près de 10% des capacités de production du Népal.
CONSEILS SUR LES TUNNELS VIA WHATSAPP
À la centrale hydroélectrique de Rasuwagadhi, les secours ont progressé sur 250 mètres dans un tunnel avant d'être bloqués par les débris. Ils n'ont toutefois pas abandonné les recherches.
"Nous essayons à nouveau d'y accéder pour rechercher des survivants", a déclaré Amshu Kiran Shahi, membre de l'Autorité népalaise de l'électricité, ajoutant que 46 personnes pourraient être coincées dans une chambre souterraine où elles pourraient avoir accès à de l'eau et de la nourriture.
Un responsable de l'Autorité népalaise de l'électricité, qui a requis l'anonymat, a indiqué que les secouristes demandaient également conseil à d'anciens employés des centrales via le groupe WhatsApp pour pour obtenir des informations sur les tunnels. Selon lui, les plans partagés dans le groupe se sont révélés utiles.
À Upper Trishuli 3A, il a fallu près de six jours aux secours pour atteindre l'entrée du tunnel ensevelie sous les débris. Avant l'extraction de deux survivants vendredi, ils avaient tenté d'acheminer de l'oxygène vers d'éventuelles poches d'air, a indiqué Amshu Kiran Shahi.
Sur place jeudi, un photographe de Reuters a vu des excavatrices déplacer d'énormes rochers à l'entrée d'un tunnel pour tenter de progresser plus avant.
Jan Jiwan Thakur, ingénieur civil à la centrale Upper Trishuli 1, a déclaré qu'un collègue l'avait averti quelques instants avant l'arrivée de la crue, lui laissant juste assez de temps pour se réfugier en hauteur avec une centaine d'autres personnes.
"Nous avons couru vers le flanc de la montagne et, deux ou trois minutes plus tard, lorsque nous avons regardé en bas, tout avait disparu", a-t-il déclaré. "Les débris avaient entièrement recouvert la zone où se trouvaient nos bureaux."
Dhan Bahadur Tamang, l'un des survivants, a raconté avoir fui par un tunnel lorsque les eaux ont envahi les installations. Sa connaissance du réseau lui a permis de trouver un moyen de s’échapper avec plusieurs autres personnes, mais il affirme avoir vu des corps pendant sa fuite.
Sur le groupe WhatsApp, les ingénieurs ont également partagé les noms et numéros des travailleurs disparus afin d'aider les autorités à localiser leur dernière position connue.
Pendant ce temps, les proches attendent des nouvelles des disparus. C'est le cas de Rajesh Shrestha, dont le fils Rajish, ingénieur environnemental à Upper Trishuli 1, reste introuvable.
"Chaque fois que je regarde dehors, j'imagine le voir rentrer à la maison avec son sac, comme il le faisait toujours", a-t-il déclaré. "Je vis dans l'espoir qu'il revienne."
(Rédigé par Saurabh Sharma et Gopal Sharma à Katmandou, Devjyot Ghoshal à Bangkok et Sarita Chaganti Singh à New Delhi avec la contribution de Sahana Bajracharya et Navesh Chitrakar; version française par Aleksandra Kret, édité par Benoit Van Overstraeten)

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