L'ancien Premier ministre néerlandais a été choisi en 2024 pour sa capacité à "gérer" Donald Trump, avec qui il est parvenu à établir une relation de confiance. Peut-il utiliser ce capital pour influencer Donald Trump ?
Mark Rutte et Donald Trump à Washington, aux États-Unis, le 22 octobre 2025. ( AFP / JIM WATSON )
Alors que les États-Unis menacent depuis plusieurs semaines le Danemark -les deux pays sont alliés au sein de l'Otan-, le chef de l'alliance atlantique, Mark Rutte, reste muet.
Sa boussole ? Maintenir l'organisation dont il est le secrétaire général en dehors de cette "dispute" territoriale entre les États-Unis et le Danemark, deux pays membres de l'Otan. Celle-ci menace pourtant l'Alliance atlantique dans son existence, 77 ans après sa création en 1949.
Une attaque américaine sur le Groenland serait "la fin de tout" et en particulier de l'Otan, a averti début janvier la Première ministre danoise Mette Frederiksen. "Les habitants du Groenland sont terrifiés" , a lancé cette semaine l'eurodéputée danoise Stine Bosse à l'adresse du chef de l'Otan, lors d'un débat avec des eurodéputés à Bruxelles.
"S'il vous plaît, donnez-nous une indication de ce que cette alliance peut faire si deux pays en son sein ne peuvent tomber d'accord".
Mark Rutte est resté imperturbable. "En tant que secrétaire général, c'est très clair, je ne fais jamais aucun commentaire lorsqu'il y a des discussions au sein de l'Alliance", s'est-il contenté de répondre. "On travaille en coulisses", a-t-il ajouté.
Bonne relation avec Donald Trump
L'ancien Premier ministre néerlandais a été choisi en 2024 pour sa capacité à "gérer" Donald Trump, avec qui il est parvenu à établir une relation de confiance. Et il n'hésite jamais à le remercier pour avoir "convaincu" les pays européens de l'Otan à dépenser beaucoup plus pour leur défense. C'est "grâce au président Trump -et je sais que vous allez tous me détester pour dire cela- mais c'est ce que je pense", a-t-il martelé devant les eurodéputés.
Cette stratégie n'a pour le moment pas empêché le président américain de réitérer ses menaces contre le Groenland, qu'il entend annexer pour assurer la sécurité des États-Unis. C'est précisément sur ce terrain-là que Mark Rutte entend le convaincre. Il n'est pas nécessaire d'envahir le Groenland pour que les États-Unis soient en sécurité, assure-t-il. "Nous sommes tous d'accord au sein de l'Otan, sur le fait que, pour protéger l'Arctique , nous devons travailler ensemble, et c'est exactement ce que nous faisons", a-t-il martelé.
Mais que faire si Donald Trump n'en démord pas ? Mark Rutte "doit agir en coulisses rapidement mais discrètement pour convaincre les États‑Unis", explique à l' AFP Jamie Shea, du think tank londonien Chatam House. Une sorte de mission de "bons offices", explique de son côté l'ancien secrétaire général adjoint de l'Alliance, Camille Grand. Sa responsabilité c'est de "savoir à quel moment il estime le plus opportun d'entrer dans la conversation", juge-t-il, interrogé.
Plusieurs options
Il a la "légitimité pour dire : 'On va trouver une solution, je comprends bien l'inquiétude américaine sur cette région, et nous à l'Otan on a des propositions'".
À Bruxelles, l'Alliance envisage plusieurs options, dont une nouvelle mission en Arctique basée sur le modèle de ce qui a déjà été fait en mer Baltique, pour mieux contrer la menace russe. Des militaires provenant de plusieurs pays européens ont commencé à arriver au Groenland cette semaine, afin de vérifier les conditions d'un éventuel futur déploiement dans le cadre de l'Otan.
Et si ça ne marche toujours pas ?
Mark Rutte pourrait être contraint de jouer sa dernière carte : utiliser le capital de confiance acquis auprès de Donald Trump pour dire "là, ça n'est pas possible", résume un diplomate. Le problème, c'est que cette "silver bullet" (dernière cartouche), ne peut servir qu'une seule fois. "Rutte sait que s'il échoue maintenant, il pourrait se brûler et perdre son capital auprès de Trump", ajoute un diplomate.
"Il voulait utiliser cette dernière cartouche pour l'Ukraine , mais il va peut-être devoir en fabriquer une autre pour le Groenland".
Donald Trump est attendu au forum économique mondial de Davos, en Suisse, la semaine prochaine. Mark Rutte pourrait également y participer.
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