Ces dernières années, des élus locaux et des habitants ont dénoncé une "terre de non-droit", avec une présence de plus en plus marquée de "l'ultragauche aux dérives écologistes".
( AFP / PASCAL LACHENAUD )
Le maire LR de Limoges a accusé des zadistes du plateau de Millevaches d'être impliqués dans l'incendie de la mairie de la ville, samedi dernier, lors des émeutes entourant la mobilisation sociale du 17 octobre.
Après la destruction d'une grande partie de l'édifice, avec un tag "Vive la Commune" laissé sur la fontaine, Guillaume Guérin (LR) a d'emblée mis en cause "l'ultra gauche anarchiste" , "celle qui vit pour partie repliée dans les localités du plateau de Millevaches". Et depuis qu'un trentenaire originaire de la Creuse voisine, fiché "S" pour son appartenance à cette mouvance et déjà connu pour des faits de violences sur un policier, a été interpellé mardi en Haute-Vienne, "c'est signé" selon l'édile, qui en fait même le probable "cerveau de cette opération".
Bartolomé Lenoir, élu député de la Creuse en 2024 sous l'étiquette UDR, allié du RN, a fait aussi du plateau, qu'il qualifie de "base arrière" de l'ultra gauche, son cheval de bataille. Il réclame régulièrement au gouvernement "la dissolution de ces groupes antifas" et avait lancé une pétition contre cette "Zad".
Avant eux, des élus locaux avaient dénoncé une "terre de non-droit", notamment après la perturbation en 2022 d'une course de moto, l'En'duo du Limousin. "C'est l'ultragauche aux dérives écologistes , qui est de plus en plus présente sur le plateau depuis 2008 et l'affaire de Tarnac", accusait un agriculteur local. Dans ce village corrézien, des membres présumés de la "mouvance anarcho-autonome" avaient alors été arrêtés pour le sabotage de lignes SNCF, avant d'être relaxés dix ans plus tard.
Alternatifs
Le plateau de Millevaches, territoire d'environ 10.000 habitants entre Corrèze, Creuse et Haute-Vienne , fut d'abord un bastion du communisme rural, rappelle l'historien Dominique Danthieux, avant d'accueillir des "alternatifs" à partir des années 1970.
"Ces personnes ne se reconnaissent pas dans le système capitaliste, ni dans la gauche classique. Elles sont venues là en pensant que le territoire leur serait favorable, puisque très à gauche", expliquait ce spécialiste à l' AFP en 2023. "Mais les locaux n'ont pas compris ce que ces gens, qui avaient un bagage universitaire et étaient promis à une belle ascension dans les grandes villes, venaient faire ici", poursuivait-il, ajoutant que les militants radicaux, parmi eux, ne sont qu'"une toute petite minorité".
Dans une forêt entre Creuse et Corrèze, à Faux-la-Montagne, un ancien camp de vacances d'EDF, où yourtes et cabanes ont été installées, cristallise les critiques de certains.
En 2019, un "Syndicat de la Montagne limousine" a été créé par des habitants pour "défendre et mettre en œuvre" leur vision du territoire, qui prône de relocaliser l'usage des ressources, un accès pour tous à la terre et au logement, la défense des services publics, un "droit d'asile local", la défense du vivant et des milieux de vie.
À ce titre, il avait soutenu notamment la mobilisation de plusieurs milliers de personnes contre les "méga-bassines", des réserves d'irrigation contestées, où une manifestation a donné lieu à de violents affrontements, en 2023 à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), entre militants radicaux et forces de l'ordre. Fin 2022, le syndicat avait répondu à ses accusateurs, sur son site internet, qu'il ne visait pas à "régenter" le plateau, ni à "attaquer les personnes individuellement", ajoutant que "la démocratie est forcément conflictuelle".
Revendications
Dans la région, des actions ont été revendiquées par l'ultragauche, comme l'incendie de véhicules Enedis à Limoges en 2020, puis d'une antenne-relais en Haute-Vienne en 2021. L'enquête avait conduit à des interpellations menées par la police, la gendarmerie et la sous-division antiterroriste (Sdat), dont celle de la directrice de l'école du village de Gentioux-Pigerolles en Creuse, connu pour son rare monument aux morts d'inspiration pacifiste.
"C'était vraiment excessif et ça n'a fait qu'attiser les tensions", avait estimé à l'époque le maire de cette commune, niant toute proximité avec l'ultragauche. "Il y a des tendances très diverses dans mon conseil municipal et aucun appel à des sabotages, même pour des raisons environnementales. Nous sommes dans la défense pacifique de l'environnement, comme beaucoup d'habitants du plateau depuis longtemps", insistait-il.
En avril dernier, la justice a condamné pour ces faits, à des peines de prison avec sursis, une femme d'une cinquantaine d'années et un septuagénaire qui avait été arrêté, lui, à Bussière-Boffy (Haute-Vienne).
L'homme de 34 ans arrêté mardi dans ce même village pour l'incendie de la mairie de Limoges est son fils, a confirmé à l' AFP l'avocat du suspect, Me Henri Braun, qui n'a pas encore eu accès au dossier.
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