Un convoi de police arrive au palais de justice, le 15 juillet 2026 à Agen, pour une audience de Jérôme Barella, soupçonné du meurtre de la collégienne Lyhanna ( AFP / Lionel BONAVENTURE )
Un deuxième rapport d'inspection commandé après l'affaire Lyhanna, rendu le 10 juillet et dont l'AFP a eu connaissance jeudi, relève que l'enquête concernant de précédentes accusations de viol sur mineure contre Jérôme Barella à Béthune (Pas-de-Calais), "a pâti d'un manque de moyens" et de "délais manifestement excessifs".
Cette question des moyens dont dispose le système judiciaire, notamment pour réprimer les violences sexuelles contre les mineurs et les protéger, est au cœur d'un vif débat entre les professionnels de la justice et l'Exécutif. Au démarrage de cette affaire qui a bouleversé son opinion et avant de relativiser ses propos, Emmanuel Macron avait affirmé ne pas vouloir entendre un "argument de moyens".
Ce deuxième rapport examine les faits dénoncés par une mère en octobre 2022, auprès de la police: le viol de sa fille de 9 ans par Jérôme Barella, deux ans plus tôt dans le Gers.
"Si les actes d'enquête ont été réalisés avec célérité, l'audition de la victime n'a pas été effectuée selon les préconisations ministérielles faute de moyens à disposition des enquêteurs du commissariat de Béthune à cette époque", souligne l'Inspection générale de la Justice (IGJ).
Les inspecteurs relèvent en outre que "l'examen psychologique de la victime a été confié à un psychologue non inscrit sur la liste des experts", alors que "magistrats et enquêteurs ont partagé le même constat d'une pénurie d'experts sur le ressort de Béthune".
Or, ce rapport, "non daté et non signé, s'apparente, dans sa méthodologie, davantage à un examen de la crédibilité de l'enfant, proscrit" après "l'affaire dite d'Outreau", fustigent les inspecteurs. Le psychologue avait pointé des incohérences dans le récit de l'enfant, fragilisant le dossier, qui n'est alors plus devenu "prioritaire".
Lorsque le parquet de Béthune décide de se dessaisir au profit de celui d'Auch, compétent territorialement, une succession d'imbroglios s'enchaîne.
"Un magistrat appelé à traiter de multiples procédures, ou confronté à d'incessants appels à la permanence, n'est pas toujours dans les meilleures conditions pour s'assurer de la bonne compréhension de ses instructions par l'officier de police judiciaire (OPJ)", fait observer l'IGJ.
La boîte aux lettres de Jérôme Barella, portant un ruban de scellé rouge de la Gendarmerie nationale, lors d'une perquisition au domicile de ce suspect dans l'enquête sur la mort de la collégienne Lyhanna, le 6 juillet 2026 à Montestruc-sur-Gers, dans le Gers ( AFP / Valentine CHAPUIS )
D'autant, rappellent-ils, que le tribunal de Béthune connaît un nombre d'affaires de viols et agressions sur mineur" "très nettement supérieur" à la moyenne de juridictions comparables.
Arrivé à Auch par courrier, le dossier est une première fois renvoyé à Béthune, sans que les agents du bureau d'ordre pénal du Gers "expliquent ce qui a présidé à leur démarche", s'étonnent les inspecteurs.
Reste qu'un délai "manifestement excessif" de dix mois s'écoule "avant qu'un nouveau service d'enquête soit saisi sur le ressort du tribunal d'Auch", pointent-ils, tout en notant que les investigations ont ensuite été menées par un OPJ "chevronné".
Réorganisation "en profondeur"
S'était ensuivi un classement sans suite le 5 juin 2024 par le parquet "sur compte rendu téléphonique" du gendarme, une pratique qui "mériterait d'être réinterrogée dans les dossiers de viol sur mineur", suggèrent les inspecteurs. "Tout magistrat devrait disposer du temps nécessaire pour prendre personnellement connaissance de la procédure", même si cela "interroge en profondeur l'organisation des parquets".
Des fleurs et des messages déposés devant un silo agricole où a été retrouvé le corps de la collégienne Lyhanna, le 16 juin 2026 à Puycasquier, dans le Gers ( AFP / Ed JONES )
D'autant que c'est la même substitut du procureur qui a traité un an plus tard la procédure qui avait fait l'objet d'un premier rapport, concernant la jeune Rosa, qui accusait également Jérôme Barella de viol, cette fois corroborée par une expertise médicolégale. Cela "aurait pu conduire le magistrat à se questionner et à envisager de nouvelles investigations, voire d'ouvrir une information" judiciaire, estiment les inspecteurs.
Au fil de la quarantaine de pages de leur rapport, ils mettent également au jour un raté technique: l'Aide sociale à l'enfance du Tarn-et-Garonne avait adressé un signalement en mars 2026 au parquet d'Auch concernant deux mineures faisant état d'agressions de la part de Barella lors d'une soirée pyjama. Sauf que le mail a été considéré comme un spam par le logiciel de messagerie du parquet...
"A ce jour, ces investigations se poursuivent, notamment auprès du fournisseur d'accès du ministère, pour (...) identifier l'origine (du problème) et le résoudre", observent les enquêteurs.
Jérôme Barella, principal suspect dans l'affaire Lyhanna, collégienne de 11 ans retrouvée morte le 4 juin dans le Gers, a été mis en examen pour meurtre et viol sur mineure de moins de 15 ans.
Interrogé par l'AFP, Ludovic Friat, président du principal syndicat de magistrats (USM), voit dans les conclusions de ce rapport "la confirmation de ce que" son organisation "dit depuis le début: sans exclure une éventuelle faute individuelle, nous avons toujours mis en avant les difficultés" du système judiciaire en France, "en termes de moyens, humains, informatiques ou logistiques".

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