L'imprévisibilité américaine "a un impact sur notre sécurité, ça a un impact sur nos intérêts", selon le général Mandon.
Fabien Mandon à Paris, le 28 janvier 2026. ( AFP / LUDOVIC MARIN )
La guerre déclenchée en Iran par les États-Unis marquent encore un peu plus l'imprévisibilité Washington, a déploré mardi 24 mars le chef d'état-major interarmées français, le général Fabien Mandon, qui souligne toutefois que le pays "reste un allié".
"La relation reste très forte, mais malheureusement, après un désengagement de l'Afghanistan dans lequel il n'y a eu aucune concertation (...), ils viennent de décider d'intervenir au Proche et au Moyen-Orient sans nous prévenir", a déclaré le haut-gradé en ouverture du Forum de stratégie et de défense de Paris (PDSF).
"On a agi immédiatement, surpris par un allié américain qui reste un allié, mais qui est de moins en moins prévisible et qui ne prend pas la peine de nous prévenir lorsqu'il décide d'engager des opérations militaires ", a-t-il regretté alors que "ça a un impact sur notre sécurité, ça a un impact sur nos intérêts".
"Il faut de la concertation"
Le conflit ouvert le 28 février par les frappes israéliennes et américaines contre l'Iran s'est étendu dans la région à la faveur des représailles de Téhéran à coups de tirs de drones et de missiles.
Les intérêts de la France dans la région ont été engagés, a renchéri la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo. "Du fait des conséquences de la situation, nous avons eu des pertes à déplorer et des blessés" a-t-elle rappelé, en faisant référence aux militaires français déployés au Kurdistan iranien victimes d'une frappe de drone.
"En termes de protection de nos ressortissants, de protection de nos forces et de nos partenaires dans la région, il faut de la coordination, c'est comme ça que ça fonctionne dans une alliance" comme l'Otan, a-t-elle ajouté.
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a délivré une analyse encore plus sévère mardi, estimant que la confiance entre les États-Unis et ses alliés occidentaux était "perdue", même au-delà la présidence de Donald Trump.
"La rupture est trop profonde, et la confiance perdue dans la politique de grande puissance des États-Unis est trop importante, non seulement chez leurs alliés, mais aussi, comme je le constate, à l'échelle mondiale", a-t-il déclaré dans un discours prononcé à Berlin à l'occasion du 75e anniversaire du ministère allemand des Affaires étrangères.
Fin de "l'hégémon bienveillant"
"Il n'y aura pas de retour à la situation d'avant le 20 janvier 2025" , date du début du deuxième mandat de Donald Trump à la Maison Blanche, a-t-il jugé, évoquant l'avenir des relations transatlantiques. "Même une future administration américaine ne pourra plus simplement renouer avec le rôle de l'hégémon bienveillant, garant d'un ordre international libéral", a poursuivi l'ancien ministre social-démocrate des Affaires étrangères.
À cette perte de confiance s'ajoute l'incompréhension face au déclenchement de la guerre contre l'Iran, qui, selon lui, est "contraire au droit international". "Cette guerre constitue (...) une erreur politique aux conséquences graves", a insisté le diplomate, évoquant un conflit "évitable, inutile".
Le président allemand occupe un rôle essentiellement protocolaire et dispose d'une influence morale. Ses critiques vont plus loin que celles du gouvernement, mais sont dans la même lignée. Le chancelier allemand Friedrich Merz a ainsi appelé vendredi à la fin de la guerre contre l'Iran, soulignant qu'elle "ne profitait à personne et nuisait économiquement à beaucoup".
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