Le ministre comorien des Affaires étrangères, Mohamed Mbae, s'exprime aux Nations unies, à New York, le 26 septembre 2024 ( AFP / Charly TRIBALLEAU )
Les Comores ont condamné les propos "d'une condescendance insupportable" du Premier ministre français Sébastien Lecornu, qui a dit vouloir conditionner l'aide publique au développement accordée aux Comores et à plusieurs pays africains à une coopération accrue dans la lutte contre l'immigration clandestine vers l'île française de Mayotte.
Mayotte, le plus pauvre des 101 départements français, est restée française lorsque le reste de l'archipel des Comores a accédé à l'indépendance en 1975.
L'île est toutefois toujours revendiquée par l'Union des Comores.
Lors d'une visite de deux jours à Mayotte, M. Lecornu a déclaré mercredi que l'aide au développement accordée aux Comores et à six pays africains serait conditionnée à leur coopération avec la France dans la lutte contre l'immigration.
Pour ces pays (Comores, Burundi, Tanzanie, République démocratique du Congo, Rwanda, Somalie et Kenya), "on va créer quelques nouveaux critères de bonus-malus, c'est-à-dire la capacité à bien collaborer dans la lutte contre les passeurs, la délivrance de laissez-passer consulaires, la capacité de reprendre les étrangers en situation irrégulière", a dit le Premier ministre.
S'exprimant à la base navale de Dzaoudzi, où il ouvrait une réunion du commandement militaire chargé de la lutte contre l'immigration clandestine, M. Lecornu a précisé que l'aide serait liée à la "capacité de ces pays à reprendre leurs ressortissants en situation irrégulière" et à leur participation "à la lutte contre les passeurs".
"Les propos tenus par M. Lecornu, sur la fameuse aide au développement, revêtent une condescendance insupportable", a déclaré jeudi soir à l'AFP le ministre comorien des Affaires étrangères, Mohamed Mbae, jugeant la déclaration du Premier ministre "surprenante à plusieurs égards".
"Elle est totalement déconnectée des attentes de la population de l'île comorienne de Mayotte", a-t-il ajouté, en référence au cyclone Chido, qui avait dévasté l'île en 2024.
Une part importante des 323.000 habitants de l'archipel recensés par l'Insee au 1er janvier 2026 est de nationalité étrangère, contre près de la moitié de la population en 2017.
Les propos de M. Lecornu ont suscité des condamnations dans l'ensemble de l'échiquier politique comorien.
Le parti d'opposition Ushe a dénoncé "un chantage scandaleux", tandis que l'ONG Comité Maore a qualifié cette mesure de "chantage inacceptable" et accusé Paris de mener une politique néocoloniale.
"Prétendre être +notre ami+ tout en maintenant l'occupation coloniale de l'île comorienne de Mayotte est une hypocrisie intolérable", a affirmé Ushe dans un communiqué.

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