Aller au contenu principal
Fermer

Les auteurs de la "fatwa numérique" contre Samuel Paty de nouveau condamnés
information fournie par AFP 02/03/2026 à 23:14

Un portrait de Samuel Paty lors d'une cérémonie hommage organisée à Eragny-sur-Oise, le 16 octobre 2021 dans le Val-d'Oise ( AFP / Alain JOCARD )

Un portrait de Samuel Paty lors d'une cérémonie hommage organisée à Eragny-sur-Oise, le 16 octobre 2021 dans le Val-d'Oise ( AFP / Alain JOCARD )

Les deux auteurs de la cabale en ligne contre Samuel Paty ont été condamnés lundi en appel à dix et quinze ans de réclusion criminelle, la famille du professeur d'histoire-géographie se félicitant que cette "fatwa numérique" ait été reconnue et sévèrement punie par la cour d'assises spéciale de Paris.

La peine la plus lourde, une confirmation de la première instance, a été prononcée contre le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, aujourd'hui âgé de 66 ans, coupable d'association de malfaiteurs terroriste, comme Brahim Chnina, 54 ans.

Ce père d'élève a en revanche vu la cour abaisser sa condamnation à dix ans de réclusion (13 en 2024), pour avoir été l'autre chef d'orchestre de cette campagne de haine qui ne s'était pas interrompue jusqu'à l'assassinat du professeur par un jihadiste tchétchène de 18 ans, le 16 octobre 2020, près du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

Les avocats des proches de l'enseignant ont toutefois exprimé leur "incompréhension" devant le sort réservé à deux proches de l'assassin, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans.

Condamnés en première instance à seize ans de réclusion pour complicité d'assassinat, ils ont cette fois été reconnus coupables d'association de malfaiteurs mais sans que son caractère terroriste ne soit retenu: annoncées sous les expressions de joie et de soulagement de leurs proches, leurs peines de six et sept ans de prison devraient conduire à leur libération rapide.

"C'est donc une décision contrastée" mais "la sanction criminelle de la fatwa numérique est maintenue et c'est un pas historique pour la justice française", a commenté Thibault de Montbrial, l'avocat d'une des soeurs du professeur, Mickaëlle.

- "Justice discriminatoire" -

Ce verdict "marquera l'histoire judiciaire s'agissant des professeurs et de ce qu'on peut lancer sur les réseaux sociaux", a renchéri Virginie Le Roy, conseil des parents du professeur et de Gaëlle, son autre soeur. Samuel Paty a été décapité par Abdoullakh Anzorov pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet lors de son cours sur la liberté d'expression.

Une plaque commémorative à la mémoire de Samuel Paty, le 16 octobre 2023, près du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines ( POOL / Bertrand GUAY )

Une plaque commémorative à la mémoire de Samuel Paty, le 16 octobre 2023, près du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines ( POOL / Bertrand GUAY )

Si Brahim Chnina "accepte la peine prononcée", selon son conseil Frank Berton, Abdelhakim Sefrioui, à qui la présidente de la cour d'assises a refusé de donner la parole après le verdict, va se pourvoir en cassation.

Cette décision est "la condamnation de toute la communauté musulmane française par une justice discriminatoire", a tancé l'un de ses avocats, Me Francis Vuillemin.

Plus mesuré, son confrère Vincent Brengarth a estimé que la lourde condamnation de son client quand celle des trois autres co-accusés ont été abaissées, "permettait à la justice antiterroriste de ne pas perdre la face dans ce dossier".

Azim Epsirkhanov et Naïm Boudaoud, poursuivis pour avoir véhiculé Anzorov et l'avoir aidé à se procurer des armes avant son crime, ne présentent pas des profils d'islamistes radicaux. Ils ont cette fois convaincu la cour qu'ils n'avaient pas eu conscience de la dérive jihadiste ni du projet d'attentat d'Anzorov. Ce dernier avait été abattu par la police qu'il menaçait après son crime.

- Le témoignage de Nuñez en cassation ? -

Durant le procès, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ont adopté des postures divergentes, le premier exprimant sa "honte" quand le second restait droit dans ses bottes militantes au risque de sembler manquer d'empathie envers Samuel Paty et ses proches, affirmant qu'il avait été animé par sa lutte contre la discrimination des musulmans et en aucun cas par son rejet du blasphème et des caricatures.

Pour Me Francis Szpiner, avocat du fils et de l'ex-compagne de Samuel Paty, c'est peut-être dans cette différence d'attitude qu'il faut chercher l'explication de la différence de peine entre les deux hommes. L'état de santé de Brahim Chnina, apparu très affaibli, est une autre explication possible, suggère Me Le Roy, tandis que les motivations du verdict doivent être connues avant jeudi.

L'assassinat de Samuel Paty avait jeté l'effroi alors que se tenait à Paris le procès des attentats de janvier 2015, notamment contre la rédaction de Charlie Hebdo qui venait de republier ses caricatures. Il avait traumatisé les enseignants.

Les débats devant la cour ont été marqués par des incidents procéduraux exceptionnels: deux magistrates écartées après la mise en cause de leur impartialité; un ministre, Laurent Nuñez, qui écrit directement à la présidente de la cour pour rectifier son témoignage. Ce dernier épisode sera à coup sûr un des moyens utilisés par Abdelhakim Sefrioui en cassation.

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • Des panaches de fumée s'élèvent dans le ciel de Beyrouth au Liban le 2 mars 2026 ( AFP / IBRAHIM AMRO )
    information fournie par AFP 02.03.2026 23:54 

    Au début du quatrième jour de la guerre au Moyen-Orient déclenchée par l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, Israël a annoncé mardi avoir frappé le siège de la radio-télévision publique à Téhéran alors qu'une série d'explosions ont secoué la capitale ... Lire la suite

  • Le président Emmanuel Macron lors de sa visite à la base navale de sous-marins nucléaires de l'île Longue le 2 mars 2026 à Crozon, dans le Finistère ( POOL / Yoan VALAT )
    information fournie par AFP 02.03.2026 23:40 

    Une "dissuasion avancée", associant huit pays européens mais "sans aucun partage de la décision ultime": Emmanuel Macron a proposé lundi une coopération nucléaire inédite pour la défense de l'Europe, avec l'Allemagne comme "partenaire clé", assortie d'une augmentation ... Lire la suite

  • Le président américain Donald Trump arrive sur la base militaire Andrews le 1er mars 2026 ( AFP / Mandel NGAN )
    information fournie par AFP 02.03.2026 21:35 

    L'Iran promet une "longue guerre", disant avoir visé jusqu'aux bureaux du Premier ministre israélien en réponse aux frappes israélo-américaines. Washington répond être prêt à aller "aussi loin que nécessaire", y compris au sol et "bien au-delà" des quatre ou cinq ... Lire la suite

  • L'ayatollah iranien en exil Ruhollah Khomeini à  Neauphle-Le-Château, dans les Yvelines, en janvier 1979 ( AFP / JOEL ROBINE )
    information fournie par AFP 02.03.2026 21:33 

    Près de cinquante ans après, Neauphle-le-Château garde toujours en mémoire le passage d'un "habitant" pour le moins singulier: l'ayatollah Khomeini s'y était établi pendant quatre mois, avant de rentrer à Téhéran pour renverser le chah d'Iran en 1979. C'est dans ... Lire la suite

Pages les plus populaires