LE PROCÈS DES ATTENTATS DU 13-NOVEMBRE 2015 S'OUVRE À PARIS
par Tangi Salaün
PARIS (Reuters) - Vingt djihadistes sont jugés à partir de mercredi à Paris pour leur rôle dans l'organisation des attentats du 13-Novembre 2015, lors d'un procès déjà qualifié d'"historique" en raison de son ampleur et de sa durée.
Les attaques quasi-simultanées menées par trois commandos de trois tueurs, au Stade de France à Saint-Denis, sur les terrasses de cafés parisiens et à la salle de concert du Bataclan, ont fait 130 morts et des centaines de blessés.
Les attaques revendiquées par le groupe Etat islamique (EI) sont les plus meurtrières sur le sol français depuis la Seconde Guerre mondiale.
"Cette nuit nous a plongés dans l'horreur et la laideur", a déclaré à Reuters Jean-Pierre Albertini, dont le fils Stéphane, qui était âgé de 39 ans, fait partie des 90 personnes tombées sous les balles des terroristes au Bataclan.
Les auteurs des attaques ayant presque tous été tués - soit en se faisant exploser, soit par la police le soir des attentats et quelques jours après - seul un membre des commandos, Salah Abdeslam, comparaît devant la Cour d'assises constituée de magistrats professionnels dans un palais de justice de Paris transformé en bunker, sur l'île de la Cité, à deux pas de la cathédrale Notre-Dame.
La circulation automobile autour du palais de justice sera interdite pendant toute la durée du procès, qui va s'étaler sur neuf mois jusqu'à fin mai 2022, et les déplacements des piétons seront strictement contrôlés pour permettre aux quelque 2.000 personnes attendues chaque jour, dont environ 1.800 parties civiles et plus de 330 avocats, d'assister aux audiences en toute sécurité.
LES VICTIMES VEULENT COMPRENDRE ET S'EXPRIMER
Pour accueillir ce procès sans précédent dans l'histoire de la justice française, une salle d'audience a été spécialement construite à l'intérieur du palais de justice, pour un coût de huit millions d'euros. Beaucoup devront cependant se contenter d'une retransmission par lien vidéo dans 11 salles adjacentes.
L'attitude de Salah Abdeslam, qui s'est muré dans le silence depuis son arrestation en Belgique quatre mois après les attentats, et dont nul ne sait s'il répondra aux questions des juges, est l'une des grandes inconnues de ce procès. Le Franco-Marocain de 31 ans risque la prison à perpétuité.
Dix autres accusés vont prendre place dans le box pour avoir rejoint l'EI, aidé à l'organisation des attaques en fournissant des armes, de l'argent ou de faux documents d'identité à leurs auteurs, ou pour les avoir aidé à gagner la Belgique depuis la Syrie. Trois comparaissent libres et six dirigeants de l'EI sont jugés par contumace, la plupart d'entre eux étant présumés morts en Syrie.
Les victimes comme leurs proches espèrent que le procès permettra de mieux comprendre l'enchaînement des faits qui ont conduit aux attentats et d'exprimer leur souffrance.
Mais la plupart disent en revanche ne pas attendre grand-chose des accusés. "Ce qui m'intéresse, c'est le témoignage des autres rescapés, des gens qui étaient sur les terrasses, au Stade de France, connaître leur parcours depuis six ans", a déclaré à Reuters Jérôme Barthélemy, qui était au Bataclan le soir du 13 novembre.
"Les accusés, je pense qu'ils ne vont pas parler", a ajouté le Champenois, qui a renoncé à se constituer partie civile et à venir à Paris pour ne pas réveiller les douleurs du passé, les crises d'angoisse qui l'ont poursuivi pendant des années, même si aujourd'hui, dit-il, "ça va bien".
"Je n'avais pas envie de prendre un avocat, de me replonger là-dedans. Au bout de six ans, on a envie de couper."
(Tangi Salaün, avec Ingrid Melander, Michaela Cabrera et Anthony Paone, édité par Jean-Michel Bélot)

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