L'Iranienne Mahdieh Esfandiari (d) accompagnée par ses avocats Antoine Pastor (g) et Nabil Boudi (c, à l'arrière-plan) arrive à son procès pour incitation au terrorisme sur les réseaux sociaux au tribunal de Paris, le 13 janvier 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
Le procès pour apologie du terrorisme de l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, possible monnaie d'échange avec Téhéran contre les Français Cécile Kohler et Jacques Paris, s'est ouvert mardi au tribunal correctionnel de Paris, pour quatre jours.
"Je suis ici aujourd'hui car je vais enfin pouvoir m'exprimer sur les faits, car il y a eu beaucoup d'histoires erronées me concernant dans les médias, et beaucoup de mensonges", a déclaré à la presse juste avant l'audience la prévenue, vêtue d'une longue robe sur un jean et d'un foulard aux couleurs pastel.
A ses côtés, Me Nabil Boudi, un de ses avocats, a indiqué qu'elle attendait "d'être blanchie intégralement". Interrogé sur le lien avec l'affaire Kohler et Paris, il a dit attendre "vraiment l'issue du procès".
Les autorités iraniennes souhaitent échanger Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France en février 2025, contre Cécile Kohler, 41 ans, et Jacques Paris, 72 ans, incarcérés en Iran en mai 2022 avant d'être condamnés respectivement à 20 et 17 ans de prison, notamment pour espionnage pour Israël, puis libérés début novembre 2025, avec interdiction de quitter le pays. Ils restent pour l'heure bloqués à l'ambassade de France à Téhéran.
Mahdieh Esfandiari a obtenu fin octobre, après huit mois de détention provisoire, sa libération sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter le territoire français.
"Cet échange entre nous et la France a été négocié. Il y a eu un accord et en effet, nous attendons que toute la procédure juridique et judiciaire se fasse dans les deux pays", avait déclaré fin novembre le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi.
Des membres des forces de sécurité iraniennes montent la garde devant l'ambassade de France à Téhéran, le 21 octobre 2025, lors d'une manifestation de soutien à l'Iranienne Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France ( AFP / ATTA KENARE )
La diplomatie française a pour sa part refusé de commenter une procédure judiciaire "en cours" et n'a rien voulu dire sur l'impact potentiel sur leur libération du mouvement de protestation qui secoue l'Iran depuis fin décembre, et dont la répression a fait plus de 600 morts.
- "Impatients de rentrer" -
Selon la soeur de Cécile Kohler, Noémie Kohler, ils "vont bien". "Leur sécurité est assurée", a souligné de son côté Anne-Laure Paris, la fille de Jacques Paris. "Ils se remettent peu à peu de leur détention, mais ils sont impatients de rentrer".
L'Iranienne Mahdieh Esfandiari (d) accompagnée par ses avocats Antoine Pastor (g) et Nabil Boudi (d), fait une déclaration à la presse avant son procès pour incitation au terrorisme sur les réseaux sociaux au tribunal de Paris, le 13 janvier 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
L'Iranienne de 39 ans est jugée avec quatre autres personnes, dont l'essayiste d'extrême droite multicondamné Alain Soral, absent et visé par un mandat d'amener. Deux autres hommes ne se sont pas non plus présentés à l'audience, qui a débuté sur des questions procédurales.
Mme Esfandiari comparaît pour apologie d'un acte de terrorisme commis en ligne, provocation directe en ligne à un acte de terrorisme (des délits passibles de sept ans d'emprisonnement et 100.000 euros d'amende), injure publique en ligne en raison de l'origine, ethnie, nation, race ou religion et association de malfaiteurs. Elle conteste les accusations.
L'essayiste d'extrême droite Alain Soral, le 27 septembre 2023 à Lausanne, en Suisse ( AFP / FABRICE COFFRINI )
Les faits qui lui sont reprochés ont été commis à Paris et Lyon de courant 2023 jusqu'au 3 décembre 2024, notamment sur les plateformes Telegram, X, Twitch et YouTube et le site Egalité et réconciliation d'Alain Soral.
Le 30 octobre 2023, le parquet de Paris avait reçu un signalement du ministre de l'Intérieur sur un compte Telegram @Axe_de_la_Résistance, faisant l'apologie de l'attaque sanglante menée par le mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, incitant à des actes de terrorisme et injuriant la communauté juive.
Après plusieurs mois d'enquête, des juges d'instruction avaient été saisis en novembre 2024.
Selon leur ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, Mahdieh Esfandiari a occupé une "place centrale dans l'organisation Axe de la Résistance" et "a secondé" Maurizio Buisson, un ancien étudiant de l'université Al-Mustafa de Qom en Iran qui en était le principal organisateur. Ce dernier est aussi assis sur le banc des prévenus.
Lors d'une perquisition au domicile de l'Iranienne, ont été retrouvés des livres édités par le régime iranien et plus de 2.000 euros en liquide.
Arrivée en France en 2018, elle y a créé une entreprise de traduction et interprétariat et avait pour projet en 2025 de rentrer dans son pays.
Parmi les nombreux propos qui lui sont reprochés: avoir publié la phrase "Une attaque qui fait le bonheur de milliards de gens dans le monde..." en référence aux massacres du 7-Octobre; avoir remercié "ceux qui ont soutenu la Résistance (...) Et à leur tête la République islamique d'#Iran" ou un an plus tard, avoir célébré notamment avec des émoticônes l'anniversaire de l'attaque perpétrée par le Hamas.
Plusieurs associations telles que la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) et l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) se sont constituées parties civiles.

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