(Actualisé avec déclarations tenues en Guinée équatoriale)
par Joshua McElwee et Robbie Corey-Boulet
Le pape Léon XIV a estimé mardi que l'avenir de l'humanité risquait d'être "tragiquement compromis" à la fois par les guerres en cours et l'effondrement du droit international, s'exprimant à nouveau de manière tranchée en Guinée équatoriale, quatrième et dernière halte de sa tournée africaine.
Le premier pape américain, qui s'est attiré les foudres du président Donald Trump après s'être montré plus franc ces dernières semaines, a également dénoncé ce qu'il a qualifié de "colonisation" des ressources pétrolières et minérales de la Terre, qui, selon lui, alimente des conflits sanglants.
"Le destin de l'humanité risque d'être tragiquement compromis sans un changement de cap dans l'exercice de la responsabilité politique et sans le respect des institutions et des accords internationaux", a-t-il dit.
Dans un discours adressé au président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et à d'autres dirigeants politiques, le chef de l’Église catholique, qui compte 1,4 milliard de fidèles à travers le monde, a ajouté : "Dieu ne veut pas cela".
"Son saint Nom ne doit pas être profané par la volonté de dominer, par l'arrogance ou par la discrimination. Surtout, il ne doit jamais être invoqué pour justifier des choix et des actions de mort".
CRITIQUE DES DIRIGEANTS AUTORITAIRES
Dans des propos tenus plus tôt à bord du vol reliant l'Angola à Malabo, sur l'île de Bioko dans le golfe de Guinée, Léon XIV a rendu hommage à son prédécesseur, le pape François, décédé il y a un an.
Le pape, en visite en Guinée équatoriale pour la dernière étape d'une ambitieuse tournée de dix jours, a adopté un nouveau style de discours percutant pendant son séjour en Afrique, dénonçant avec virulence la guerre, les inégalités et le leadership mondial.
Il a averti lundi lors d'un événement en Angola que de nombreuses personnes dans le monde étaient "exploitées par les autoritaires et escroquées par les riches".
Teodoro Obiang Nguema Mbasogo dirige la Guinée équatoriale depuis 1979 et est largement critiqué comme l’un des dirigeants les plus répressifs de la région.
Son gouvernement nie les allégations de violations des droits de l’homme et de corruption.
Les commentaires de Léon XIV déplorant l'utilisation de la religion pour justifier la violence font écho à des remarques qu'il avait faites en mars, lorsqu'il avait déclaré que Dieu rejetait les prières des dirigeants ayant "les mains couvertes de sang".
Ces remarques ont été interprétées par des commentateurs catholiques conservateurs comme visant le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, qui a invoqué un langage chrétien pour justifier la guerre contre l'Iran.
Léon XIV s'est révélé ces dernières semaines comme un critique de plus en plus virulent de la guerre.
Les commentaires du pape mardi sont intervenus alors que Donald Trump devait animer plus tard dans la journée une lecture de la Bible diffusée en direct depuis la Maison Blanche.
VISITE D'UNE PRISON ET D'UN SITE D'UNE EXPLOSION
Plus de 70% des 1,8 million d'habitants de la Guinée équatoriale se déclarent catholiques.
Léon XIV, qui a passé des décennies comme missionnaire au Pérou avant de devenir pape, devrait s'exprimer en espagnol tout au long de sa visite de deux jours dans cette ancienne colonie portugaise et espagnole.
Son arrivée "offre une occasion unique d'affirmer, de manière claire et convaincante, que la dignité humaine, la justice et la responsabilité ne sont pas facultatives, mais constituent des responsabilités essentielles de la gouvernance", a déclaré à Reuters Tutu Alicante, avocat spécialisé dans les droits de l'homme et militant originaire de Guinée équatoriale, basé aux États-Unis.
Mercredi, dans la ville de Bata, le pape visitera un centre de détention de haute sécurité qu’Amnesty International a qualifié de l'un des trois établissements les plus tristement célèbres du pays, où des détenus, y compris des prisonniers politiques, sont régulièrement incarcérés pendant des années sans pouvoir consulter d’avocat ni voir leur famille.
Toujours à Bata, Leon XIV priera sur le site d'une série d'explosions survenues en 2021 dans une caserne militaire qui ont fait plus de 100 morts, un évènement que le gouvernement avait alors imputé à un stockage déficient des munitions.
Les militants des droits de l'homme réclament depuis une enquête indépendante sur cet incident, mais leurs appels sont restés vains jusqu'à présent
(Reportage de Joshua McElwee, avec Robbie Corey-Boulet à Dakar ; Mara Vilcu pour la version francaise, édité par Benoit Van Overstraeten)

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