Des piétons passent devant un tableau de cotation boursière indiquant la moyenne des actions Nikkei à l'extérieur d'une maison de courtage à Tokyo
par Makiko Yamazaki et Leika Kihara
Le Japon n'est soumis à aucune contrainte quant à la fréquence de ses interventions sur les marchés des changes et est en contact quotidien avec les autorités américaines, a déclaré jeudi son principal responsable des affaires monétaires, réaffirmant ainsi la détermination de Tokyo à défendre le yen, actuellement sous pression.
Les propos d'Atsushi Mimura interviennent en amont de la visite à Tokyo, la semaine prochaine, du secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, alors que les investisseurs s'interrogent sur la capacité de Tokyo à soutenir sa monnaie par ses propres moyens.
Scott Bessent devrait discuter de l'évolution du yen avec son homologue japonaise, Satsuki Katayama. Les marchés sont en alerte, attentifs à toute déclaration que Scott Bessent pourrait faire sur le yen et la politique monétaire de la Banque du Japon (BoJ), compte tenu de ses propos passés en faveur d'une accélération des hausses de taux.
Atsushi Mimura, vice-ministre des Finances chargé des affaires internationales, a refusé de commenter la visite de Scott Bessent mais a déclaré qu’il restait en contact étroit avec les autorités américaines, ajoutant que ses homologues "comprenaient parfaitement notre raisonnement et nos actions".
Au cours d’une visite de trois jours au Japon débutant lundi, Scott Bessent rencontrera la Première ministre Sanae Takaichi ainsi que Satsuki Katayama et le gouverneur de la BoJ, Kazuo Ueda, a déclaré une source au fait du dossier.
"La principale préoccupation du marché est de savoir si les États-Unis se joindront au Japon pour intervenir. Pour l’instant, il est très probable que l’intervention soit menée en solo, ce qui n’aura pas le même impact qu’une action conjointe", a déclaré Shota Ryu, stratège en devises chez Mitsubishi UFJ Morgan Stanley Securities.
"Les États-Unis estiment probablement que la faiblesse du yen n’est pas due à des actions spéculatives, mais à la lenteur des hausses de taux de la BoJ. Scott Bessent pourrait donc demander de manière informelle à la BoJ de relever ses taux en juin", a-t-il ajouté.
En janvier, Scott Bessent a appelé la BoJ à mener une politique "saine" pour freiner la faiblesse excessive du yen, le même mois où Washington a procédé à des interventions monétaires inhabituelles qui ont soutenu la devise.
UNE STRATÉGIE AUX LIMITES
Alors que plusieurs sources avaient déjà indiqué à Reuters que les autorités étaient intervenues jeudi dernier sur le marché des changes, des données publiées ce jeudi par la banque centrale suggèrent que le Japon aurait dépensé jusqu'à 5.010 milliards de yens (27,23 milliards d'euros) afin de soutenir sa devise.
Depuis cette potentielle intervention, le yen a connu trois pics soudains, bondissant jusqu’à 155,00 mercredi, avant d'effacer une partie de ses gains et de s'établir jeudi à 156,32 pour un dollar.
Atsushi Mimura a refusé de dire si les autorités étaient intervenues durant la Semaine dorée au Japon, qui a entraîné une fermeture prolongée de la Bourse de Tokyo, se contentant de déclarer qu'il restait très attentif aux mouvements sur le marché des devises.
Il a également déclaré que la classification du Fonds monétaire international (FMI) attribuant au Japon un régime de taux directeur flottant ne limitait pas la fréquence à laquelle les autorités pouvaient intervenir, répondant ainsi aux questions concernant les directives du FMI qui signalent plus de trois interventions en six mois.
Atsushi Takeuchi, un ancien responsable de la banque centrale qui a participé aux interventions de Tokyo sur les marchés il y a dix ans, s’attend à ce que le Japon continue d’intervenir sur le marché si le yen reprend sa chute sous le seuil psychologique clé de 160 yens pour un dollar.
"Les autorités japonaises comprennent qu’elles n’ont pas le pouvoir de renverser la tendance à la baisse du yen. Leur objectif est d’enrayer la chute du yen dans l’espoir que les facteurs externes tournent en leur faveur", a-t-il déclaré à Reuters.
L'intervention présumée du Japon sur le marché des changes le 30 avril serait ainsi survenue deux jours après que la banque centrale a maintenu ses taux d'intérêt inchangés, tout en laissant clairement entendre qu'une hausse des taux était possible en juin.
Elle a également suivi à peine deux heures après les menaces d’action de Satsuki Katayama et Atsushi Mimura, un délai extrêmement court qui a amplifié l’impact de l’intervention verbale, a déclaré Rinto Maruyama, stratège en devises et taux chez SMBC Nikko Securities.
En intervenant pendant une période de faible activité due aux jours fériés, les responsables ont amplifié l'effet de leur intervention et pris au dépourvu les spéculateurs détenant d'importantes positions courtes sur le yen, dans ce qui semblait être une manoeuvre soigneusement calibrée, a ajouté Rinto Maruyama.
"Alors que le seuil de 158 est désormais considéré comme la nouvelle ligne rouge des autorités, le yen continue de reculer même après s'être approché de 155, signe que l'intervention à elle seule ne peut inverser la tendance à la baisse du yen", a déclaré toutefois Rinto Maruyama.
(Rédigé par Makiko Yamazaki et Leika Kihara, avec la contribution de Satoshi Sugiyama ; version française Coralie Lamarque, édité par Blandine Hénault)

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