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Le bouclier stroboscopique, nouveau dispositif de maintien de l'ordre contesté
information fournie par AFP 09/10/2026 à 15:31

Un policier de la Brav-M muni d'un bouclier stroboscopique lors d'une manifesfation lycéenne place de la Bastille à Paris, le 8 octobre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Un policier de la Brav-M muni d'un bouclier stroboscopique lors d'une manifesfation lycéenne place de la Bastille à Paris, le 8 octobre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Des unités de forces de l'ordre mobilisées dans le cadre du mouvement lycéen utilisent des boucliers antiémeute stroboscopiques dont les lumières visent à tenir à distance les manifestants, un dispositif expérimental qui inquiète des défenseurs des libertés publiques et de la presse.

Lorsque des incidents ont éclaté lors des manifestations mardi et jeudi à Paris, on a vu des forces de l'ordre équipées d'un bouclier orné d'une bande lumineuse envoyant des flashs verts ou blancs à une fréquence intense.

"Le ministère de l'Intérieur mène une expérimentation de matériels éblouissants dans le cadre d'une prospection, comme possibles moyens de force intermédiaire s'inscrivant dans la gradation de la réponse en maintien de l'ordre", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Cette expérimentation s'inscrit dans une réflexion menée depuis 2023 de manière globale" au sein des forces de sécurité intérieure, a-t-on ajouté.

Ces boucliers équipés de lumières stroboscopiques complètent la panoplie d'armes de force intermédiaire à disposition pour le maintien de l'ordre - grenades lacrymogènes ou de désencerclement, lanceurs de balles de défense...

L'objectif est de gêner les manifestants et de les empêcher de lancer des projectiles sur policiers ou gendarmes, indique à l'AFP une source policière.

"Lors d'une position dite de fixation, avec une unité constituée d'un côté et un bloc de manifestants de l'autre qui balancent des projectiles", les flashs lumineux sont très efficaces pour les disperser, poursuit-elle.

Une unité de la Brav-M dont certains membres munis de boucliers stroboscopiques lors d'une manifestation lycéenne à Paris, le 8 octobre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Une unité de la Brav-M dont certains membres munis de boucliers stroboscopiques lors d'une manifestation lycéenne à Paris, le 8 octobre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Comme la lumière est aveuglante, les manifestants "ne peuvent pas regarder en direction" des forces de l'ordre, "ça créé une sorte de voile donc ils ne distinguent plus rien", décrit cette même source.

Ces boucliers sont déployés lorsque des incidents éclatent, après sommations, précise-t-elle.

Le dispositif est destiné aux forces de l'ordre intervenant à pied et "des prototypes ont été réalisés" après "des échanges avec des industriels", précise le ministère.

"Entrave à la presse"

"Quatorze ceintures blanches et vertes" conçues pour être installés sur les boucliers antiémeute habituellement utilisés, "ont été développées et distribuées à la gendarmerie nationale, la direction générale de la police nationale et la préfecture de police", ajoute la même source.

Selon le ministère, "la couleur verte est notamment plus efficace de jour".

"Cette expérimentation est en cours dans plusieurs services de la police et de la gendarmerie nationales", précise le ministère, sans détailler les unités destinataires, ni le coût de ce dispositif.

Selon la source policière, à Paris, la BRAV-M (brigade de répression de l'action violente motorisée) a été équipée de boucliers lumineux lors des manifestations mardi et jeudi.

L'usage de ces boucliers antiémeute stroboscopiques est critiqué car, selon ses détracteurs, journalistes et manifestants ne peuvent plus filmer efficacement l'action des forces de l'ordre et les flashs de lumière sont délétères pour la santé.

"Cette lumière provient de LED et n'est pas dangereuse pour l'être humain", assure l'Intérieur.

Un policier de la Brav-M muni d'un bouclier stroboscopique lors d'une manifestation lycéenne à Paris, le 8 octobre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Un policier de la Brav-M muni d'un bouclier stroboscopique lors d'une manifestation lycéenne à Paris, le 8 octobre 2026 ( AFP / Kenzo TRIBOUILLARD )

Sur X, Reporters Sans frontières (RSF) a dit s'inquiéter "de l'utilisation par les forces de l'ordre de boucliers lumineux, susceptibles d'empêcher les journalistes de produire des images exploitables".

"Le maintien de l'ordre ne doit pas s'exercer au mépris du droit d'informer", estime RSF.

La présidente de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), Nathalie Tehio, a indiqué à l'AFP demander le retrait de ce dispositif en raison de "l'entrave à la presse et aux observations". Elle pointe aussi des effets sur la santé, notamment pour les épileptiques.

"En journée? ça donne tout de suite très mal à la tête, on peut quand même voir, de loin en tout cas", explique Mme Tehio, rapportant l'expérience de plusieurs observateurs de la LDH sur le terrain ces derniers jours.

"En revanche le soir, on ne voit plus rien et, en tout cas quand on filme, (sur) les images il n'y a plus que la lumière, on ne voit rien", souligne-t-elle, rappelant que "l'observation indépendante" est pourtant "protégée par le droit international".

L'eurodéputée Manon Aubry (LFI) a dénoncé sur X "une grave entrave à l'exercice de la liberté d'information" avec l'usage de ces "boucliers équipés de lumières stroboscopiques surpuissantes pour empêcher journalistes et citoyens de filmer (les) interventions" des policiers.

Un argument balayé par la source policière: "Ne pas vouloir d'images, ce serait nous desservir".

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