Pour les institutions financières, l'urgence n'est plus seulement de réduire le déficit -c'était déjà le cas il y a un an- mais de sortir le pays d'une incertitude politique qui accentue le mouvement de hausse mondiale des taux.
( AFP / THOMAS SAMSON )
C'est à la France de prendre ses responsabilités pour se doter d'un budget 2027, ont prévenu ces derniers jours Bruxelles et les banquiers centraux, selon qui, l'enjeu, au-delà de réduire le déficit public, est "d'offrir de la visibilité aux marchés".
C'est à plus de 9.000 km de l'hémicycle, à Bangkok, que le projet de budget du gouvernement français a trouvé ses avocats les plus pressants, en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Notamment le commissaire européen aux Affaires économiques, Valdis Dombrovskis, pour qui ce projet "ambitieux" doit être adopté "afin d'offrir de la visibilité aux marchés" , a-t-il dit mardi à l' AFP .
Ces appels affluent alors que le taux d'emprunt à 10 ans de la France frôle les 5%, au plus haut depuis 2002, et que l'écart avec le taux allemand atteignait 1,37 point de pourcentage mercredi, davantage que pour l'Italie ou la Grèce pourtant moins bien notées.
Pour les institutions financières, l'urgence n'est plus seulement de réduire le déficit -c'était déjà le cas il y a un an- mais de sortir le pays d'une incertitude politique qui accentue le mouvement de hausse mondiale des taux.
"Prendre leurs responsabilités"
Les banquiers centraux ont été les plus directs : pas question, pour l'instant, de compter sur eux pour régler le problème. "La solution se trouve d'abord et fondamentalement en France" , a averti mercredi la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), la Française Christine Lagarde, lors d'un événement à Bangkok organisé par la chaîne CNN .
Dans la même veine, le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin a déclaré depuis Bangkok lui aussi : "Je ne pense pas que la BCE ou la Banque de France puissent faire grand-chose concernant le processus parlementaire" . "Les parlementaires et l'exécutif doivent prendre leurs responsabilités".
Pour Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l'Élysée, l'absence de majorité du gouvernement à l'Assemblée ne peut être une excuse : "il existe un certain nombre de dispositions dans la Constitution française permettant qu'un budget soit voté ou adopté même sans majorité", a-t-il souligné. Une allusion apparente au 49.3, qui permet de faire adopter un texte sans vote au risque d'une censure, et aux ordonnances budgétaires, jamais utilisées, mais qui permettraient de se passer de tout vote après 70 jours d'examen du texte.
Pour le gouvernement français, faire l'économie de ces instruments pour son projet de budget, construit autour d'un déficit ramené à 5 % du PIB en 2027, apparaît très incertain. Le texte a été rejeté en commission par la quasi-totalité des députés, même si une motion de rejet socialiste a ensuite échoué mardi soir dans l'hémicycle.
Du temps pour "inspirer confiance"
Le gouvernement tient le même discours : "Il nous faut un budget d'ici la fin de l'année", a martelé mardi à l'Assemblée le ministre de l'Economie Roland Lescure. L'objectif d'un déficit de 5% doit selon lui être un "point fixe".
"Les taux d'intérêt flambent, le Parlement ne peut pas regarder ailleurs" , a lancé mardi sur France 2 le ministre des Comptes publics David Amiel. La dette publique, déjà à 119% du PIB fin juin selon l'Insee, est attendue à un record de 121,7% en 2027.
Mais même adopté, le budget ne suffira pas à rassurer rapidement, a prévenu le FMI. "Il faudra du temps pour" ramener le déficit "à des niveaux susceptibles d'inspirer confiance, une entière confiance, tant à la population qu'aux investisseurs", a averti mercredi sa directrice générale, Kristalina Georgieva. D'autant que l'efficacité même du projet de budget du gouvernement est mise en doute : même si l'effort prévu était réalisé, le déficit ne baisserait que de 0,1 point en 2027 faute de croissance et à cause des taux , selon les prévisions de l'OFCE publiées mercredi.
Le Fonds a déjà abaissé ses prévisions de croissance pour la France, à 0,4% en 2026 et 0,7% en 2027, en invoquant notamment l'incertitude politique et budgétaire.
Dans l'opposition, certains contestent ce discours d'urgence. Le président LFI de la commission des Finances Eric Coquerel a dénoncé mardi un "catastrophisme organisé" autour de la dette. Marine Le Pen (RN) dit, elle, préférer laisser passer un budget même "imparfait".
Les députés doivent débattre de la partie "recettes" jusqu'au 19 octobre, avant un vote solennel prévu le 20.
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