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La présidentielle, cible privilégiée des ingérences étrangères
information fournie par AFP 14/10/2026 à 07:54

Le logo de Viginum, service chargé de lutter contre les manipulations de l'information par des acteurs étrangers, le 21 mai 2025 à Nantes ( AFP / Loic VENANCE )

Le logo de Viginum, service chargé de lutter contre les manipulations de l'information par des acteurs étrangers, le 21 mai 2025 à Nantes ( AFP / Loic VENANCE )

Les autorités observent avec inquiétude la montée en puissance des opérations étrangères de déstabilisation en ligne de candidats à l'élection présidentielle, craignant un impact sur le processus démocratique, qu'elles aient des motivations politiques ou crapuleuses.

Mercredi, un projet de loi visant notamment à durcir les peines pour les personnes ayant diffusé des fausses informations entre en discussion au Sénat, alors que plusieurs candidats de gauche ont estimé cet été que le gouvernement n'allait pas assez loin dans la lutte contre ces manipulations.

Qui est visé ?

La campagne de la présidentielle des 18 avril et 2 mai est depuis l'été l'objet d'un "ciblage massif et très précoce" d'ingérences numériques étrangères, explique à l'AFP Anne-Sophie Dhiver, cheffe adjointe du service chargé de lutter contre ces manipulations de l'information par des acteurs étrangers (Viginum).

Viginum a déjà détecté "plus d'une centaine" de ces opérations, une intensité bien supérieure aux précédents scrutins en France. A l'occasion des élections européennes et législatives de 2024, 25 opérations avaient été repérées, et quatre lors des municipales de mars 2026.

Ces manipulations sont à ce stade "d'un niveau médiocre" et n'ont "pas de visibilité", poursuit Mme Dhiver, mais "on ne peut pas préjuger de la suite". Lors de précédents scrutins, les manipulations se sont intensifiées à l'approche du vote.

Les opérations ont jusqu'à présent visé principalement trois candidats, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Edouard Philippe, et émanent essentiellement des réseaux pro-russes Matriochka et Storm-1516 qui ciblent très régulièrement la France.

Qui mène ces opérations ?

Pilier de l'UE et en pointe du soutien à Kiev face à la Russie, la France est le deuxième pays européen le plus touché par les manipulations de l'information après l'Ukraine, selon les données du service diplomatique de l'UE (SEAE) qui a détecté 540 campagnes visant l'Europe en 2025.

Parmi elles, 29% sont liées à la Russie et 6% à la Chine. Les autres ne sont pas formellement attribuées mais présentent des caractéristiques qui "pourraient impliquer des infrastructures russes ou chinoises connues", écrit le SEAE dans son rapport annuel de mars 2026.

Lors des législatives allemandes de 2025, les algorithmes de recommandation du réseau social américain X détenu par Elon Musk, soutien de Donald Trump, ainsi que le réseau TikTok, dont la maison-mère est chinoise, ont favorisé les contenus pro-AfD, le parti d'extrême droite allemand vainqueur des élections, selon l'ONG Global Witness.

En France, la candidate du RN Marine Le Pen est donnée largement en tête des sondages de la présidentielle.

"Ce qui constitue un vrai risque pour l'élection présidentielle, c'est une possible collusion entre les récits russes et américains Maga (pro-Trump, ndlr)", relève Julien Nocetti, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

"Les adversaires de la démocratie donnent tout pour nous déstabiliser", a accusé mardi le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot: "Ils exploitent nos divisions, instrumentalisent l'immigration, la laïcité ou encore le conflit israélo-palestinien pour attiser les haines et les tensions".

Pour Julien Nocetti, des acteurs en lien avec Israël pourraient jouer un rôle si certains candidats "se maintiennent haut dans les sondages", comme celui de La France Insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, régulièrement accusé d'antisémitisme.

Aux dernières municipales de mars, plusieurs candidats LFI ont été visés par une ingérence menée par une entreprise d'influence liée à un ex-membre du renseignement israélien reconverti dans la cybersécurité.

A quoi s'attendre ?

"Une économie de l'ingérence numérique étrangère a émergé et s'est largement professionnalisée", souligne Anne-Sophie Dhiver.

De nombreux "prestataires de service" sont en effet apparus, capables d'apporter un "soutien technique" aux acteurs des manipulations de l'information via des "techniques d'anonymisation et d'amplification", qui rendent notamment les faux comptes plus difficiles à détecter.

Viginum voit aussi croître de façon exponentielle depuis deux ans les ingérences dites lucratives : des faux contenus, souvent clivants, diffusés par des acteurs étrangers dans un but financier et non pas politique. L'objectif est par exemple d'attirer beaucoup de visiteurs sur un site et de gagner de l'argent grâce à la publicité générée.

Ce phénomène a été observé pour la première fois dans le cadre d'une élection en France lors des dernières municipales, avec notamment une opération impliquant une société privée vietnamienne.

L'essor fulgurant de l'IA démultiplie la force de frappe des acteurs de la désinformation, leur permettant de créer "en un temps record" des faux contenus de bien meilleure qualité et de les amplifier à un "rythme inégalé", rappelait début octobre Nicolas Roche, Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) qui chapeaute Viginum.

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