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La Hongrie maintient son veto aux sanctions de l'UE contre la Russie
information fournie par Reuters 23/02/2026 à 18:47

(Actualisé avec confirmation du veto, situation sur le front, citations)

par Lili Bayer et Krisztina Than

La Hongrie a maintenu lundi son veto au nouveau train de sanctions de l'Union européenne (UE) contre la Russie et au prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, tandis qu'une frappe ukrainienne contre une station de pompage russe desservant l'oléoduc Droujba menaçait d'aggraver encore les relations entre Kyiv et Budapest.

Sur le front, à la veille du quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie, Kyiv a revendiqué une rare avancée et Moscou a poursuivi sa campagne de frappes contre des villes, tuant deux personnes dans des attaques de drones menées dans le sud.

Les projecteurs étaient braqués sur Bruxelles, où les ministres européens des Affaires étrangères ont tenté en vain de persuader la Hongrie et la Slovaquie de renoncer à leurs menaces de punir l'Ukraine pour avoir retardé la reprise de l'approvisionnement en pétrole russe via l'oléoduc Droujba.

Le sort de cet oléoduc, qui approvisionnait la Hongrie et la Slovaquie en pétrole russe jusqu'à son arrêt le mois dernier après une énième attaque de l'armée russe contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, empoisonne les relations entre Kyiv et les dirigeants hongrois et slovaque, ouvertement pro-russes.

Une frappe de drone menée dans la nuit de dimanche à mardi, revendiquée par Kyiv, a provoqué un incendie dans une station de pompage située à plus de 1.200 km de la frontière russo-ukrainienne. L'Ukraine n'a donné aucune précision sur l'impact global de cette frappe sur l'oléoduc.

"C'est à l'Ukraine de décider si elle relance ou non les livraisons via l'oléoduc, mais il est de plus en plus clair que nous sommes confrontés ici à un chantage politique ouvert", a déclaré le Premier ministre hongrois Viktor Orban à Budapest, devant le Parlement. "Le gouvernement hongrois ne cède à aucun chantage."

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a déclaré dans un message publié sur X que la Hongrie et la Slovaquie ne devaient pas être autorisées à "prendre en otage l'ensemble de l'UE" et les a appelées à "s'engager dans une coopération constructive et à adopter un comportement responsable".

"ACTE D'HOSTILITÉ"

Dans une lettre au président du Conseil européen Antonio Costa consultée par Reuters, Viktor Orban a qualifié l'interruption d'"acte d'hostilité non provoqué qui compromet la sécurité énergétique de la Hongrie" et a dit qu'il bloquerait le prêt à Kyiv de 90 milliards d'euros jusqu'à ce que le problème soit résolu. La Hongrie a également bloqué le dernier train de sanctions contre la Russie.

Antonio Costa a par la suite pressé Viktor Orban de soutenir le projet de prêt à l'Ukraine.

"Lorsque des dirigeants parviennent à un consensus, ils sont liés par leur décision. Tout manquement à cet engagement constitue une violation du principe de coopération sincère", a-t-il écrit dans une lettre au dirigeant hongrois que Reuters a pu consulter.

"Aucun État membre ne peut être autorisé à saper la crédibilité des décisions prises collectivement par le Conseil européen", a-t-il ajouté en référence à l'approbation du prêt par les dirigeants de l'UE lors d'un sommet en décembre.

La Hongrie et la Slovaquie ont en outre menacé de suspendre leurs exportations d'électricité d'urgence vers l'Ukraine si les livraisons de pétrole ne reprenaient pas. La Slovaquie avait fixé la date butoir à lundi mais les exportations ont continué, selon les données de l'opérateur du réseau de transport SEPS.

Viktor Orban, qui a maintenu des relations chaleureuses avec la Russie, a fait du conflit entre Moscou et Kyiv un élément central de sa campagne en vue des élections du 12 avril.

Il avait présenté le vote de lundi comme un choix radical entre "la guerre ou la paix" et affirmé que ses rivaux, donnés en tête par les sondages d'intention de vote, entraîneraient la Hongrie dans le conflit.

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, après avoir reconnu que les Vingt-Sept ne parviendraient sans doute pas à un accord lundi contrairement à ce qu'il espéraient, a déclaré dans l'après-midi à la presse que le blocage persistant du nouveau train de sanctions contre la Russie constituait "un revers" mais que le travail se poursuivait.

KYIV DIT AVOIR REPRIS LE CONTRÔLE DE 400 KM²

Quatre diplomates à Bruxelles ont déclaré à Reuters que le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjártó, avait été vivement critiqué par ses collègues de l'UE à huis clos, certains ministres accusant le gouvernement Orban d'exploiter ce dossier à des fins politiques.

Sur le plan militaire, le commandant en chef des forces armées ukrainiennes Oleksandr Syrskyi a déclaré lundi que ses forces avaient "repris le contrôle" de 400 km² de territoire le long d'une partie du front sud.

Reuters n'a pas été en mesure de confirmer dans l'immédiat cette affirmation et Moscou n'y a pas réagi pour le moment. Un tel gain constituerait la première avancée majeure de l'Ukraine depuis décembre et l'une des plus importantes depuis plusieurs mois.

Les services d'urgence ukrainiens ont par ailleurs déclaré que deux personnes avaient été tuées et trois blessées dans la nuit de dimanche à lundi lors d'attaques de drones russes contre la région d'Odessa. Selon le ministre ukrainien des Infrastructures, Oleksiy Kuleba, ces attaques ont ciblé des infrastructures portuaires.

L'agence de presse officielle russe RIA, citant le ministère de la Défense, a déclaré que les forces de Moscou avaient mené avec succès des frappes contre les infrastructures ukrainiennes de transport, d'énergie et de carburant.

Les États-Unis tentent de négocier un accord de paix entre la Russie et l'Ukraine, mais les progrès se font attendre. Leurs dernières discussions, qui se sont tenues à Genève les 17 et 18 février, n'ont débouché sur aucune avancée significative.

Une nouvelle série de pourparlers visant à mettre fin à la guerre en Ukraine pourrait avoir lieu à la fin de cette semaine, a déclaré lundi le chef de cabinet du président Volodimir Zelensky aux médias ukrainiens.

(Reportage de Lili Bayer, Kate Abnett, Julia Payne et Andrew Gray à Bruxelles, Pavel Polityuk et Max Hunder à Kyiv, Anna Pruchnicka à Gdansk, Bart Meijer à Amsterdam, Friederike Heine à Berlin, Krisztina Than à Budapest, Jason Hovet à Prague et Pawel Florkiewicz à Varsovie ; version française Tangi Salaün et Benjamin Mallet, édité par Kate Entringer)

1 commentaire

  • 19:25

    France Info présente la Hongrie comme le vilain petit canard sans préciser les raisons de son véto lié à la fermeture du réseau d'acheminement de l'énergie vers la Hongrie par l'Ukraine.


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