Dany Leprince (c) accompagné de ses avocats Olivier Morice (g) et Missiva Chermak Felonneau au Palais de Justice de Paris le 7 mai 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
Quinze ans après un premier revers cinglant, la défense de Dany Leprince, condamné à la perpétuité pour un quadruple meurtre dans la Sarthe en 1994, tente à nouveau jeudi de convaincre la Cour de révision de lui accorder un second procès dans ce célèbre dossier criminel.
Aujourd'hui libre et âgé de 69 ans, dont 18 passés derrière les barreaux, Dany Leprince clame de longue date son innocence du meurtre de son frère, sa belle-soeur et deux de leurs filles dans leur maison de Thorigné-sur-Dué, voisine de la sienne.
"Une procédure de révision est une voie de recours extraordinaire mais le dossier de M. Dany Leprince l'est à plus d'un titre (...). Il fait déjà partie de l'histoire criminelle française", soutient sous les yeux de son client et de la Cour Me Olivier Morice, qui a repris la défense de Dany Leprince depuis 2018.
Dany Leprince au Palais de Justice de Paris le 7 mai 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
Formation spécifique de la Cour de cassation, la Cour de révision et de réexamen est susceptible, si elle estime la requête fondée, d'annuler sa condamnation et d'ordonner la tenue d'un nouveau procès sur le fond de l'affaire - une décision rarissime, que préconise toutefois l'avocat général.
Débutée à 09H00, l'audience a été suspendue à la mi-journée pour une reprise à 14H00. La décision devrait être mise en délibéré.
Sous les boiseries dorées de la Cour de cassation, la Cour composée de treize magistrats et présidée par le président de la chambre criminelle Nicolas Bonnal a commencé à entendre jeudi matin les arguments en faveur d'une réouverture de ce dossier, serpent de mer judiciaire.
En 2011, la Cour de révision a rejeté une première requête du condamné et ordonné son retour en prison, dont il avait été libéré peu avant. Dany Leprince avait été arrêté à l'audience par les gendarmes, scène exceptionnelle dans l'enceinte feutrée de la Cour de cassation, temple du droit français.
- "Faux aveux" -
En 2026, la défense de l'ancien employé d'une usine de boucherie estime qu'il existe suffisamment de faits et éléments nouveaux pour faire naître un doute sur la culpabilité du condamné et justifier qu'une cour d'assises soit saisie pour statuer à nouveau sur son cas.
Le 4 septembre 1994, Christian Leprince, sa femme et deux de leurs filles, âgées de 7 et 10 ans, sont retrouvés tués à l'arme blanche dans leur pavillon de Thorigné-sur-Dué (Sarthe). Solène, 2 ans, est la seule rescapée.
Accusé par sa femme Martine Compain - dont il est depuis divorcé - et sa fille aînée Célia, Dany Leprince, 37 ans au moment des faits, avoue le meurtre de son frère aux policiers et au juge d'instruction avant de promptement se rétracter. Il clame depuis son innocence.
La cour d'assises de la Sarthe l'a condamné en décembre 1997 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans. Dany Leprince ne pouvait pas à l'époque faire appel, ce qui n'a été possible aux assises qu'à partir de 2001.
"Le cas de Dany Leprince est typique des faux aveux", estime à l'audience son avocate Me Missiva Chermak Felonneau en se basant sur l'avancée de la recherche en psychologie criminelle. "Dany Leprince n'a fait que mettre en récit les informations qu'il a glanées au fil des questions (des policiers) qui lui ont été posées".
Les avocats de Dany Leprince s'attardent longuement sur la personnalité de son ex-femme Martine Compain, qui est au coeur d'une nouvelle information judiciaire sur l'affaire, dans laquelle elle est actuellement placée sous le statut de témoin assisté.
"Avec tous les éléments nouveaux sur Martine Compain, on se pose forcément la question: est-ce qu'elle n'aurait pas commis les faits ? Est-ce qu'elle n'aurait pas a minima participé ? C'est tout le scénario de l'accusation qui est remis en cause", assène Me Chermak Felonneau.
Dans son rapport introductif, la conseillère Dorothée Dard relève toutefois que les éléments soulevés devant la Cour de révision n'étaient pas les seuls à avoir été retenus à l'époque contre Dany Leprince.
La magistrate souligne qu'une paire de bottes et un pull beige du suspect n'ont jamais été retrouvés, et qu'un écart d'une quinzaine de minutes sur son chemin du travail le lendemain était resté inexpliqué.
Les révisions de condamnations pénales criminelles sont extrêmement rares en France - une douzaine depuis 1945.

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