Plusieurs pays européens, dont l'Espagne et l'Irlande, ont plaidé mardi en faveur de la suspension d'un accord de l'Union européenne régissant les relations de l'UE avec Israël, mais les États membres sont restés divisés quant à l'opportunité de prendre une telle mesure.
À leur arrivée à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Luxembourg, plusieurs ministres ont appelé à la suspension totale ou partielle de l'accord, invoquant leurs préoccupations concernant les colonies de peuplement en Cisjordanie, la situation humanitaire à Gaza et une nouvelle loi sur la peine de mort.
"Aujourd'hui, la crédibilité de l'Europe est en jeu", a déclaré aux journalistes le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, appelant à un débat sur la suspension de l'accord d'association, un texte, entré en vigueur en 2000, qui permet des échanges commerciaux dans un cadre de libre-échange dans plusieurs secteurs.
Les diplomates ne s'attendent toutefois pas à une décision lors de la réunion de ce mardi, les pays conservant des positions divergentes quant à l'opportunité – et à la manière – de modifier la politique de l'Union à l'égard d'Israël.
L'ALLEMAGNE APPELLE AU DIALOGUE
La Commission européenne a proposé en septembre de suspendre certaines dispositions commerciales de l'accord d'association, un accord qui concerne environ 5,8 milliards d'euros d'exportations israéliennes. Israël avait alors qualifié ces propositions de "moralement et politiquement déformées".
La suspension de l'accord commercial nécessiterait un vote à la majorité qualifiée parmi les gouvernements de l'UE, soit le soutien de 15 des 27 États membres représentant au moins 65% de la population de l'UE. Une suspension totale de l'accord d'association nécessiterait une décision unanime de tous les pays membres.
Jusqu'à présent, la proposition de la Commission européenne n'a pas recueilli un soutien suffisant pour atteindre ce seuil.
Les responsables surveillent tout particulièrement les positions de Berlin et de Rome, mais mardi, l'Allemagne a indiqué qu'elle maintenait sa position actuelle, soulignant la nécessité d'un dialogue plutôt que de mesures contre Israël.
"Nous avons exprimé nos critiques concernant l'introduction de la peine de mort. Nous avions mis en garde contre cette mesure au préalable. Nous avons également une position très claire sur la violence des colons", a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, aux journalistes.
Berlin reste déterminé à créer les conditions d'une solution à deux États avec les Palestiniens, "mais cela doit se faire par le biais d'un dialogue critique et constructif avec Israël", a-t-il ajouté.
PARTENAIRE COMMERCIAL
Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen, a déclaré avant la réunion qu'"il n'y a aucun signe d'une majorité en faveur d'une action concernant l'accord d'association", citant également le cessez-le-feu actuel entre Israël et le Liban.
Les ministres de pays tels que l'Irlande et la Belgique ont plaidé en faveur d'un changement de politique de l'UE.
Le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prevot, a déclaré que son pays appelait à une suspension au moins partielle de l'accord d'association, mais a ajouté que la Belgique était "consciente qu'une suspension totale est probablement hors de portée compte tenu des positions des différents pays européens".
L'Union européenne est le premier partenaire commercial d'Israël, les échanges de marchandises entre les deux s'élevant à 42,6 milliards d'euros en 2024, selon l'UE.
L'UE a également présenté des propositions visant à imposer des sanctions aux colons violents et aux ministres israéliens qu'elle juge extrémistes.
Comme ces propositions nécessitent le soutien unanime des pays membres, les diplomates espèrent que les mesures visant les colons violents pourront être mises en œuvre une fois que le nouveau gouvernement hongrois aura pris ses fonctions en mai. Israël a imputé les attaques des colons à une "minorité marginale".
La Suède et la France, quant à elles, ont fait circuler un document avant la réunion de mardi appelant l'UE à prendre des mesures plus fermes pour limiter les relations commerciales avec les colonies illégales.
Certains ministres ont indiqué qu'ils cherchaient des moyens de faire pression sur Israël, même en l'absence de votes suffisants pour prendre des mesures concernant l'accord d'association.
"Il est important d(accroître la pression sur Israël", a déclaré le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Tom Berendsen, ajoutant : "L'objectif n’est pas de suspendre le volet commercial. L'objectif est un changement de comportement de la part d'Israël, et c’est ce sur quoi nous travaillons".
Les colonies israéliennes en Cisjordanie sont considérées comme illégales par les Nations unies et une grande partie de la communauté internationale. Israël conteste cette interprétation. Les Palestiniens espèrent que la Cisjordanie fera partie d'un futur État.
(Reportage Lili Bayer, Inti Landauro, Charlotte Van Campenhout, Solsvik Terje, Friederike Heine and Sudip Kar-Gupta; Mara Vilcu pour la version francaise, édité par Benoit Van Overstraeten)

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