par Samia Nakhoul, Laila Bassam et Maya Gebeily
L'Iran a fait savoir à des intermédiaires que le Liban devait être inclus dans un quelconque accord de cessez-le-feu qui serait scellé avec les Etats-Unis et Israël, a-t-on appris de six sources régionales informées de la position de Téhéran, qui a ainsi lié la fin de la guerre à l'arrêt de l'offensive israélienne contre le Hezbollah libanais aligné sur l'Iran.
Un haut représentant iranien, cité mercredi par la chaîne de télévision iranienne Press TV, a déclaré que Téhéran voulait que tout accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre garantisse également l'arrêt des attaques contre les "groupes de résistance" dans la région.
En parallèle, un représentant iranien de haut rang a déclaré à Reuters qu'était toujours à l'étude une proposition transmise par Washington en vue de stopper le conflit ravageur, déclenché il y près d'un mois par les bombardements israélo-américains en Iran, lequel a riposté avec des attaques à travers la région.
Ces commentaires laissent suggérer que Téhéran n'a pas rejeté d'emblée la proposition américaine, bien que la réponse initiale de Téhéran n'est "pas positive", a dit ce représentant.
D'après les six sources régionales, l'Iran a informé dès la mi-mars les médiateurs de sa volonté qu'un quelconque accord prévoit l'arrêt des attaques d'Israël contre le Hezbollah.
Aucun commentaire n'a été obtenu dans l'immédiat auprès du ministère iranien des Affaires étrangères. Le ministère israélien des Affaires étrangères et l'armée israélienne n'ont pas répondu dans l'immédiat à des demandes de commentaire.
Un haut représentant de l'administration Trump a déclaré que stopper les activités des "proxys" de l'Iran et désarmer le Hezbollah étaient "cruciaux pour garantir la paix et la stabilité au Liban ainsi qu'à travers la région".
"GARANTIES IRANIENNES"
Fondé en 1982 par les Gardiens de la révolution iranienne, le mouvement chiite, représenté au Parlement libanais, est considéré comme le fer de lance des groupes armés régionaux alliés de Téhéran.
Le Hezbollah a effectué le 2 mars des tirs en direction d'Israël en guise, a-t-il dit, de représailles à l'assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, au premier jour des bombardements israélo-américains en Iran le 28 février.
En réponse, Israël a lancé une campagne militaire aérienne et terrestre au Liban. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a déclaré que l'armée israélienne entendait occuper une "zone de sécurité" s'étendant jusqu'au fleuve Litani, ravivant le spectre d'une occupation illégale du pays comme en 1982-2000. Le ministre des Finances, Belazel Smotrich, a appelé à l'annexion du Sud-Liban pour faire du Litani la frontière nord d'Israël.
Plus de 1.000 personnes ont été tuées dans les frappes effectués par Israël depuis le 2 mars, selon les autorités libanaises, tandis que plus d'un million de personnes - environ 17% de la population - ont été déplacées.
L'une des sources régionales a déclaré à Reuters que le Hezbollah avait reçu des "garanties iraniennes" sur le fait qu'il serait inclus dans un quelconque accord de paix.
"L'Iran priorise le Liban. Il n'acceptera pas des violations israéliennes au Liban comme ce qui s'est passé après le cessez-le-feu de 2024", a ajouté cette source, en référence aux frappes répétées menées par Israël en violation de l'accord de novembre 2024, chapeauté par les Etats-Unis et la France, censé stopper les hostilités avec le Hezbollah en marge de la guerre à Gaza.
Une telle mesure réaffirmerait les liens de Téhéran avec le Hezbollah, dans un contexte de remous politiques à Beyrouth, où la décision du mouvement chiite d'entrer en guerre avec Israël a exacerbé les tensions avec d'autres factions confessionnelles.
LE HEZBOLLAH MISAIT DÈS LE DÉPART SUR UN CESSEZ-LE-FEU
De longue date, le Hezbollah joue un rôle dominant au Liban, jouissant notamment de capacités militaires plus importantes que l'armée nationale. Mais ses soutiens et son influence se sont réduits avec l'offensive d'Israël en 2024, qui a affaibli le commandement et les infrastructures du groupe.
Par ailleurs, le nouveau gouvernement du Liban a entrepris des mesures sans précédent pour désarmer le Hezbollah, dont il a interdit plus tôt ce mois-ci les activités militaires.
Beyrouth, via son ministère des Affaires étrangères, a également déclaré mardi que l'ambassadeur d'Iran était indésirable, exigeant son départ du pays d'ici dimanche au plus tard. Cette décision a été condamnée par le Hezbollah et d'autres figures chiites au Liban.
Un représentant étranger en poste à Beyrouth, au fait de la position du Hezbollah, a déclaré que celui-ci espérait qu'un potentiel cessez-le-feu conclu par l'Iran permettrait de renforcer la position politique du groupe au Liban.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré par le passé que l'Etat hébreu "n'a pas mené et ne mène pas de négociations avec le régime terroriste iranien".
Une source informée de la stratégie de l'armée israélienne a rapporté que Tsahal poursuivrait vraisemblablement ses attaques contre le Hezbollah après la fin de la guerre avec l'Iran, décrivant ces deux fronts comme des questions distinctes.
Quand il a décidé de se joindre à la guerre le 2 mars, le Hezbollah a basé sa stratégie à la fois sur la survie du système théocratique iranien et sur le fait que Téhéran l'incluerait dans un cessez-le-feu régional.
(Samia Nakhoul, Laila Bassam et Maya Gebeily, avec la contribution de Rami Ayyub et Emily Rose à Jérusalem; Jean Terzian pour la version française)

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