De la fumée s'élève depuis le site d'une frappe sur Téhéran, le 1er avril 2026 ( AFP / - )
De nouvelles explosions ont secoué l'Iran jeudi après les menaces de bombardements massifs du président américain Donald Trump, Téhéran promettant en retour des attaques "dévastatrices" contre les Etats-Unis et Israël.
Après plus d'un mois de conflit et des milliers de morts au Moyen-Orient, "nous sommes au bord d'une guerre plus large (...) avec des impacts dramatiques à travers la planète", s'est alarmé le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, réclamant l'arrêt des frappes israélo-américaines contre l'Iran et de celles de Téhéran contre ses voisins.
En pleine Pâque juive, Israël a subi des tirs venus d'Iran et de son allié libanais le Hezbollah. Les Emirats arabes unis ont également fait état d'attaques iraniennes.
L'armée iranienne a elle promis dans une vidéo des opérations "encore plus dévastatrices" et l'"humiliation" de ses ennemis.
Elle réagissait au discours de Donald Trump, qui prévoyait mercredi encore "deux à trois" semaines de frappes pour renvoyer l'Iran "à l'âge de pierre".
Cette allocution a douché l'espoir de désescalade des marchés, alors que la guerre, déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran, déstabilise l'économie mondiale, du fait notamment du blocage du détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique pour le pétrole du Golfe.
Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une allocution à la nation sur la guerre en Iran, à la Maison Blanche à Washington, le 1er avril 2026 ( POOL / Alex Brandon )
A Téhéran, des frappes ont fait trembler plusieurs quartiers et l'Institut Pasteur y a été endommagé. Un pont à l'ouest de la capitale a été visé, tout comme l'aéroport de Machhad (nord-est) où un réservoir de carburant a pris feu. Et les deux plus grandes aciéries iraniennes ont annoncé cesser leurs activités en raison d'attaques.
L'Iran a aussi continué de viser des alliés des Etats-Unis, les Emirats arabes unis disant avoir contré 19 missiles et 26 drones.
Plusieurs explosions ont aussi retenti à Jérusalem, après une alerte antimissile.
- Chicha malgré les frappes -
Malgré tout, des Téhéranais profitaient du dernier jour des festivités de Norouz, le Nouvel an persan, se retrouvant par exemple au parc Mellat pour un barbecue ou fumer une chicha, selon un photographe de l'AFP.
Des hommes fument la chicha, dans le parc Mellat de Téhéran, le 2 avril 2026 ( AFP / - )
"Le peuple iranien essaye de respecter ses traditions", a expliqué à l'AFP un habitant de 30 ans, joint depuis l'étranger malgré les lourdes restrictions sur les communications avec l'extérieur.
Il décrit aussi un quotidien fait de patrouilles des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, déterminés à empêcher toute protestation: "Ils se rassemblent dans les rues pour montrer qu'ils sont encore aux commandes".
Les propos belliqueux de Donald Trump ont fait repartir à la hausse les prix du pétrole et à la baisse les Bourses, l'espoir de voir s'ouvrir le détroit d'Ormuz ayant été douché.
Prix du pétrole brut (Brent) au cours des 20 dernières années, d’après des données de Bloomberg jusqu'au 1er avril 2026 à 9h GMT ( AFP / Jonathan WALTER )
Cette voie maritime voit d'ordinaire transiter 20% du brut mondial, et la hausse des cours du brut nourrit la crainte d'une spirale inflationniste mondiale.
Le prix du baril américain WTI s'envolait de plus de 10% jeudi et le Brent de la mer du Nord de plus de 7%.
Partout, les effets économiques du conflit se font sentir.
- "Impuissants" -
Au Bhoutan, dans l'Himalaya, malgré des subventions, les prix à la pompe ont augmenté de plus de 60%. "Nous sommes impuissants", constate Karma Kalden, 40 ans.
En Irak, les recettes issues de l'exportation de pétrole ont chuté de plus de 70% en mars par rapport à février. Le pays a dès lors commencé à en exporter jeudi par camion via la Syrie, pays encore très instable.
Carte montrant les principaux sites énergétiques (dépôts pétroliers ou gaziers, raffineries, gisements, centrales électriques, sites nuclaires civils ou militaires...) visés depuis le début du conflit au Moyen-Orient, à la fois en Iran et dans les pays voisins, du 28 février au 31 mars à 10h00 GMT, selon un recensement non exhaustif d'attaques de l'ONG Acled et les informations récoltées par les bureaux de l'AFP ( AFP / Sylvie HUSSON )
Outre les hydrocarbures, les engrais sont aussi concernés par le blocage du détroit d'Ormuz, faisant craindre des répercussions sur la sécurité alimentaire de populations entières.
L'Italie a d'ailleurs appelé à la mise en place d'un "corridor humanitaire" pour les engrais.
Si de rares navires passent encore le détroit avec l'aval de Téhéran, selon la société d'analyse maritime Kpler le trafic y a chuté de 93% par rapport à la situation en temps de paix.
Pékin, qui qualifie les attaques américano-israéliennes de "cause première" du blocage d'Ormuz, a appelé les belligérants à entamer "au plus vite" des pourparlers.
Le président russe Vladimir Poutine et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane ont aussi appelé jeudi à "intensifier les efforts" pour mettre fin au conflit.
- "Urgente nécessité" -
M. Trump n'a pas mentionné de cessez-le-feu dans son discours, après avoir assuré quelques heures auparavant que son homologue iranien, Massoud Pezeshkian, en réclamait un, ce que Téhéran avait démenti.
Et il a estimé que c'est aux pays dépendants du détroit d'Ormuz de "s'(en) occuper".
A l'occasion d'une rencontre consacrée à la navigation dans le passage maritime rassemblant une quarantaine de pays, Londres a souligné "l'urgente nécessité" de le rouvrir.
En Israël, visé par quatre séries de missiles iraniens, quatre personnes ont été blessées. Le Hezbollah libanais pro-iranien a également revendiqué des attaques, qui n'ont fait ni victimes ni dégâts, selon les autorités israéliennes.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avait souligné mardi que la campagne militaire n'était "pas terminée", même si "un coup" avait été porté aux programmes nucléaires et balistiques iraniens.
Dans le sud du Liban, où Israël gagne du terrain, une frappe a détruit un bâtiment. Dix-huit pays européens ont exhorté Israël et le Hezbollah à cesser les combats.

29 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer