par Michael Francis Gore
L'Espagne a déclaré samedi que les passages de migrants vers son enclave nord-africaine de Ceuta avaient cessé pendant la nuit, alors que la police a commencé à installer une barrière flottante de 500 mètres de long de sa frontière maritime avec le Maroc.
Selon les autorités espagnoles, quelque 50.000 personnes ont franchi la frontière de Ceuta par voie terrestre et maritime depuis jeudi et plus de 48.000 d'entre elles sont depuis retournées au Maroc sans incident majeur.
Au moins 67 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre Ceuta, notamment à la nage.
Des images filmées samedi par Reuters montrent des soldats et des policiers espagnols patrouillant sur la plage de Tarajal, presque déserte.
La Garde civile a commencé à installer la nouvelle barrière flottante en début de matinée en l'arrimant sur le brise-lames de Tarajal, l'un des principaux points d'accès utilisés par les migrants, a indiqué le gouvernement dans un communiqué.
Cette barrière s'élève de 30 à 70 centimètres au-dessus de l'eau et s'enfonce jusqu'à un mètre sous la surface, a-t-il précisé. Un chenal permettra aux navires de la Garde civile de patrouiller la zone.
Au moins 67 corps ont été retrouvés du côté espagnol de la frontière, ont indiqué les autorités. Certaines personnes se sont noyées tandis que d'autres ont été écrasées en tentant d'escalader la digue et la clôture frontalière. L'afflux massif de migrants a notamment été provoqué par des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux.
Vingt-deux pays membres de l'Union européenne ont demandé samedi la tenue d'une réunion d'urgence des ministres de l'Intérieur au sujet de la crise de Ceuta, exhortant l'UE à aider Madrid à reprendre le contrôle de sa frontière avec le Maroc.
MADRID FUSTIGE LA RÉACTION "ÉGOÏSTE" DE ROME
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, s'est dit favorable à une telle réunion, tout en critiquant les gouvernements qui ont réclamé l'exclusion de l'Espagne de l'espace Schengen, la zone de libre circulation sans passeport au sein de l'UE.
Le gouvernement italien a annoncé vendredi qu'il suspendait les accords de Schengen avec l'Espagne pour une durée d'un mois, alors même que les migrants arrivés à Ceuta se trouvaient encore sur le sol africain, sans moyen de se rendre en Europe, et ont depuis été pour la plupart reconduits à la frontière.
"Dans le contexte international actuel, l'UE ne peut se permettre ce genre de réaction égoïste, clivante et illégale", a fustigé Pedro Sánchez.
Dans leur lettre adressée par les gouvernements de l'UE à l'Irlande, qui assure la présidence tournante de l'Union, les signataires appellent à une réponse coordonnée, comprenant notamment un éventuel soutien supplémentaire de la part de l'agence européenne des frontières Frontex et une réévaluation de la coopération avec le Maroc. La France, le Luxembourg, le Portugal l'Espagne et l'Irlande n'ont pas signé cette lettre.
Contrairement à la plupart des pays européens, l'Espagne a adopté une position plus ouverte envers les migrants, en mettant en place un programme visant à accorder un titre de séjour à plus d'un demi-million de personnes sans papiers.
Mais elle a rejeté les allégations selon lesquelles ce dispositif de régularisation aurait encouragé l'afflux vers Ceuta, précisant que les demandeurs doivent prouver qu'ils résidaient en Espagne avant le 1er janvier 2026 et justifier de cinq mois de résidence ininterrompue au moment de leur demande.
(Reportage de Michael Francis Gore et David Latona ; version française Tangi Salaün)

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