Le secrétaire d'État chargé de la Réforme de l'État et de la Simplification, Jean-Vincent Place, le 21 février 2017, à l'Assemblée nationale, à Paris ( AFP / Jacques DEMARTHON )
Attouchements, remarques sexistes, humiliations: deux ans de prison avec sursis ont été requis vendredi à Paris contre l'ancien secrétaire d'Etat Jean-Vincent Placé, qui a nié avoir harcelé et agressé sexuellement son ancienne collaboratrice, tout en lui présentant ses "excuses sincères".
Egalement jugé pour l'agression d'une seconde femme, dont il dit ne pas se souvenir, l'ancien sénateur écologiste a reconnu des "excès" lors de ses derniers mots à la barre, "dix ans après les faits", et juré qu'il avait "beaucoup changé".
"Mettre une main sur la cuisse ou les fesses" n'était "pas plus admissible" à l'époque des faits qu'aujourd'hui, avait auparavant souligné le ministère public, dénonçant le comportement de "propriétaire" de l'ancien numéro 2 des Verts envers son employée de l'époque.
Jeudi, son ancienne collaboratrice a dénoncé avec précision l'atmosphère de "sexualisation" permanente du cadre de travail entretenue par l'ancien secrétaire d'Etat.
La jeune femme décrit "l'admiration politique et intellectuelle" qui l'anime au départ pour son ancien patron, alors "extrêmement puissant au sein des Verts".
Mais sa voix soudain se casse. Le 14 juillet 2016, au Palais Farnèse à Rome, elle est tirée du lit par son supérieur en pleine nuit, qui lui "ordonne" de danser un slow avec un sénateur français sur cette musique qu'elle ne plus entendre, le morceau-phare du film La Boum.
"J'arrive dans ce milieu avec des convictions, au service d’un projet politique" avec "des compétences aussi" et "j'en suis réduite" à être "agrippée par cet homme qui me dégoûte et qui pourrait être mon père", détaille-t-elle.
"Je me suis sentie sale", explique la jeune femme, qui "encaisse" pendant des mois, avant de se mettre en arrêt maladie en décembre 2016 et de démissionner le mois suivant.
"Evolution de la société"
Ses qualités professionnelles, Jean-Vincent Placé ne les nie pas à la barre, au contraire. "Efficace, intelligente, honnête et loyale", mais aussi "très protectrice et maternante" avec lui, il décrit une relation fusionnelle à 1.000 lieues du témoignage de son ancienne employée.
"Évidemment j'ai autorité sur Madame", répond-t-il au président, mais c'était un "poste d’alter ego", veut-il croire, décrivant une femme "extrêmement fine politiquement" et "autoritaire".
Sur une photo projetée d'eux jeudi à l'audience, tous sourires, la main de l'ancien secrétaire d’Etat l'enserre, dans un restaurant italien où il fête sa nomination au secrétariat d’Etat, en 2016, sous la présidence de François Hollande.
"C'est trop proche probablement", admet Jean-Vincent Placé qui "ne le referait pas" vu "l'évolution de la société". D'ailleurs aujourd’hui, il ne "fait plus de bises" et "serre la main à tout le monde."
Il reconnaît être "lourd", "insistant", avec un comportement "inadéquat", mais certainement pas de l'avoir "agressée", ni de lui avoir touché les seins dans une voiture. "Ce n’était pas ma meilleure période", précise-t-il.
La seconde plaignante, absente du procès, lui reproche également une agression sexuelle en Corée du Sud à l'arrière d'une voiture où l'homme politique lui aurait touché les cuisses, l'entrejambe et la poitrine.
Jean-Vincent Placé n'en n'a aucun souvenir. Il buvait trop à l’époque et reconnait à la barre une période "d’alcoolisme maladif" pour laquelle, celui qui est devenu conseiller dans la transition écologique, voit toujours un addictologue.
M. Placé a reconnu "des comportements de drague lourde", mais "le récit qui (a) été écrit n'est pas la réalité du dossier", a estimé l'une de ses avocates, Me Jade Dousselin, qui a plaidé la relaxe. Le 1er mars 2021, M. Placé avait été condamné à une amende pour harcèlement sexuel sur une gendarme en 2016.
En 2018, il a aussi été condamné à trois ans de prison avec sursis pour violences, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et injure raciale. Dans les deux cas, il était en état d'ébriété.
La décision sera connue le 10 décembre.

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